Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Famille Siedlecki-Bornstein, Carmen résistante

Three Letters, exposition au MDRD, Toulouse
samedi 31 juillet 2021

La famille Siedlecki de Pologne, émigre en France « patrie des droits de l’Homme » en 1920.
Emmanuel Bornstein montre par l’histoire de sa grand-mère Carmen, la place des juifs français et étrangers dans la Résistance.

 La famille

Hersz Siedlecki est né à Varsovie le 27 juin 1900. Sa femme, Rajzla, est née Michlecicz, le 29 mai 1898 à Radom. Ils s’installent en France en 1920 pour fuir les persécutions. Ils habitent dans le Marais. Hersz est tapissier. Ils ont un premier enfant, Carmen, née le 11 novembre 1923 à Paris 12e, suivie de Mauricette, née le 16 septembre 1930 à Paris, et Simone, née le 6 août 1933 à Paris.
Hersz, Rajzla et Simone sont naturalisés français le 9 mai 1937 (loi de 1927).

- Les lois antisémites
Ils sont dénaturalisés. Loi du 22 juillet 1940.
Leur nationalité française leur est retirée, en juillet 1941.
La famille est spoliée de tous ses biens.

- La déportation de la famille
Rajzla est déportée par le convoi N°15 du 5 août 1942, depuis Beaune la Rolande à destination d’Auschwitz.
Le reste de la famille part alors à Lyon fin 1942.

Hersz Siedlecki et ses filles Mauricette et Simone sont arrêtés à Lyon suite à l’arrestation de Carmen, et sont déportés à partir de Drancy par le convoi N°71 du 13 avril 1944. Ils ont été gazés à l’arrivée au camp d’Auschwitz-Birkenau, le 18 avril 1944.

 Carmen Siedlecki, 1923-1966, résistante, déportée à Auschwitz, survivante

Carmen Siedlecki entre dans la résistance à 18 ans. Elle a fait de la contre-propagande à Paris ; arrêtée, elle a été relâchée. Lorsque la famille part à Lyon, elle continue la lutte à Combat à Lyon, puis à la section de l’AO des MUR, où elle est chargée des missions de sabotage dans les usines.
Le lieutenant Carmen Siedlecki, alias Eliane, secrétaire et agent de liaison du chef de réseau Jean Gay alias Mortier Jacqueline, de l’ Action ouvrière des Mouvements Unis de la Résistance (AO-MUR). Jean Gay a été arrêté.

Sur dénonciation, elle est arrêtée par la milice le 24 mars 1944 à Lyon devant le funiculaire de la station Croix-Paquet, en tant que résistante. Les miliciens avaient son portrait et connaissaient son identité. Torturée par la Gestapo à la Maison de santé militaire de Lyon, elle ne parle pas. Internée au fort Montluc, puis envoyée comme juive au camp de Drancy, elle est déportée le 31 juillet 1944 par le convoi n°77 (voir Yvette Lévy, une biographie ), à Auschwitz où elle arrive dans la nuit du 2-3 août 1944. Matricule A-16817.
Elle est transférée au Kommando de travail pour femmes à Kratzau, camp annexe de Groß-Rosen, en Tchécoslovaquie où elle est libérée le 9 mai 1945 par l’Armée rouge.
Rapatriée le 2 juin 1945, elle passe par l’hôtel Lutetia.

Carmen est redevenue française par son mariage en 1945.
En 1947, elle apprend la disparition des siens. (Actes de disparition).

La lutte de Carmen pour être reconnue déportée résistante
Carmen a une carte de déportée politique en 1948.
Femme et juive, déportée à Auschwitz, elle est mal reçue pour faire son homologation de résistante.
Carmen a un certificat d’appartenance aux FFI
Groupes francs MUR Rhône 1/1/43-24/3/44
Elle est soutenue par son chef et ses camarades de résistance.
On lui demande de rendre ses papiers prouvant son action dans la Résistance.

Enfin, en 1954, elle obtient la
.Carte de combattant volontaire de la Résistance, 20 septembre 1954
.Carte de Déportée Résistant en 1954, internée du 24 mars 1944 au 30 juillet 1944
déportée le 31 juillet 1944 au 9 mai 1945.

Elle décède en mai 1966, des séquelles de son arrestation et de sa déportation. Une héroïne, avec mention « Mort pour la France ».

Convoi 77, témoignage d’Hélène Ramet

 L’exposition

MDR&D, Toulouse

Emmanuel Bornstein, petit- fils de Carmen Siedlecki a réalisé une exposition : Three Letters. Peinture. Écriture. Résistance. au musée de la Résistance à Toulouse, du
13 mars au 20 septembre 2021.
Musée de la Résistance, 52, allée des Demoiselles, 31400 Toulouse
http://musee-resistance.haute-garonne.fr/fr/evenements-1/exposition-temporaire.html

Emmanuel Bornstein peint sur des reproductions d’archives et dialogue avec Carmen, sa grand-mère résistante, avec Kafka, par la « lettre au père » et avec Eric, l’ami, condisciple au lycée Saint-Sernin.
Puissant et émouvant.

Sources : exposition à Toulouse
Musée départemental de la résistance et de la déportation, 52, allée des Demoiselles
31400 Toulouse
NM