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Le travail concentrationnaire de Paulette Sarcey à Birkenau et Auschwitz - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Le travail concentrationnaire de Paulette Sarcey à Birkenau et Auschwitz

mardi 5 avril 2016

Paulette Sliwka, résistante, déportée en 1943

Le travail de Paulette Sarcey, dans les camps de concentration et d’extermination de Birkenau et d’Auschwitz (1943-1944)

Paulette Sliwka (dite Szlifke), auteure du livre Paula- Survivre obstinément  est la fille de parents ouvriers polonais, juifs et communistes, immigrés en France.

Née à Paris, en avril 1924, elle est aujourd’hui nonagénaire. En 1941, elle est ouvrière salariée dans une usine fabriquant des piles électriques. Avec un certain nombre de jeunes camarades de son quartier de Belleville, elle est entrée en résistance, aux côtés d’Henri Krasucki (et d’Adam Rayski), dans la jeunesse communiste juive de la MOI (main d’œuvre immigrée) puis dans les FTP –MOI (Francs-tireurs partisans). Elle est arrêtée, le 23 mars 1943 par la Brigade spéciale chargée de la répression anticommuniste. Puis emprisonnée, hospitalisée, internée, elle est déportée de Drancy, le 23 juin 1943, à Birkenau, par le convoi N°55, avec ses amies, Jeanine Frydman, Bella Kirman, Léa Krasucki, Rita Kurchand et sa mère, Rywka, laquelle, comme Szandla Radzinski, est directement dirigée vers la chambre à gaz, à son arrivée à Birkenau. Paulette Sliwka, identifiée comme Juive, a alors 19 ans.

Le travail concentrationnaire à Birkenau et Auschwitz, jusqu’à l’évacuation (janvier 1945)
Paulette Sliwka est immatriculée N°46650, condamnée à travailler dans les Kommandos et usines de la Zone d’intérêts du camp de concentration d’Auschwitz. Elle est d’abord placée à Birkenau, dans le camp de quarantaine, mais avant même la fin, elle est mise au travail dans un Kommando extérieur, dit d’asséchement des marais, infestés de moustiques, dans le cadre des grands travaux d’agrandissement du camp. Exposée aux intempéries, et aux sanctions pour un travail jugé trop lent, pendant plus de 6 mois, elle creuse la terre glaise devenue boue, avec des pioches et des pelles, pieds nus pour épargner ses sabots de bois et ne tient le coup qu’avec la solidarité du groupe des Françaises déportées ensemble.
L’encadrement des Posten, des gardes lettons et ukrainiens, est brutal, sadique voire dangereux. Les femmes du petit groupe de quatre, décident de rester cachées mais elles sont repérées et déplacées au Canada I, entrepôt de stockage des biens confisqués aux arrivants, en attendant d’être triés, récupérés et distribués aux armées, aux civils allemands, situé à proximité d’Auschwitz I.

Être affectée au Canada I lié à l’Effektenkammer [1], situé à l’extérieur de Birkenau, près d’Auschwitz I, c’est d’ abord être davantage protégée du froid, de l’épuisement, c’est aussi pouvoir récupérer par exemple des chaussures, ou des vêtements de rechange, voire de l’argent ou des bijoux qui peuvent constituer de très utiles monnaies d’échange contre des médicaments, de la poudre (cf. la révolte du Sonderkommando le 7 octobre 1944, avec l’aide d’ouvrières juives polonaises), c’est aussi pouvoir se doucher et obtenir une ration supplémentaire. Mais c’est aussi le risque d’être arrêtée pour « sabotage », ce qui est arrivé à Rita Kurchand, 20 ans, affectée au pliage des chemises qui doivent être remises par paquets de dix à la surveillante, avec une étiquette portant le numéro matricule. Accusée d’être responsable d’un petit trou dans une chemise, elle est emmenée à Auschwitz I, dans le « Bunker » (c’est-à-dire le Block 11, le bâtiment disciplinaire), sans doute torturée, puis ramenée à Birkenau où elle meurt dans la nuit.

Paulette Sliwka travaille ensuite à la Weberei, atelier de tissage ou l’on tresse des lambeaux de tissu, pour l’équipement de l’armée de terre ( les chenilles des tanks ?) ou la marine (des coussinets ventrus qui protègent les flancs des bateaux [2] des chocs contre les jetées en pierre, comme l’écrit Boris Pahor).

Dans un quatrième temps, fin 1944, Paulette Sliwka intègre le nouveau Block de Revier (infirmerie) mis en place dans l’ancien camp des Tsiganes qui ont été assassinés par le gaz, et la baraque des enfants dépendants des pseudo-expériences médicales pratiquées par le médecin-chef Joseph Mengele.

Dans son livre de mémoire, Paulette Sarcey déclare que son transfert à Auschwitz I , le 2 ou 3 janvier 1945, est lié au Comité de résistance clandestine du camp qui « décide de déplacer les filles les plus valides de Birkenau pour travailler dans une usine au camp d’Auschwitz I : il y a quatre places », c’est-à-dire à la DAW (Deutsche Ausrüstungwerke) [3] qui travaille pour le camp et l’armée. C’est d’Auschwitz I qu’elle est évacuée le 18 janvier 1945, vers Gross-Rosen et Ravensbrück.

Un témoin, déportée résistante
De par ses multiples affectations dans divers Kommandos et de par son réseau de relations liées à la Résistance, Paulette Sliwka peut témoigner : de la condition des femmes « cobayes » dans le Block 10, à Auschwitz I, transférées dans le Block XXVI à Birkenau, des expérimentations dans la recherche agronomique (Raisko), de la tentative d’évasion de Mala Zimetbaum et de son compagnon Edek Galinski, le 24 juin 1944 et des pendaisons qui en résultèrent après qu’ils aient été repris, ainsi que de celles des quatre femmes, le 5 janvier 1945,qui avaient aidé un Sonderkommando dans son projet de destruction du Krema IV, le 7 octobre 1944. Elle dit aussi la longue durée de la résistance, depuis Claudette Bloch, déportée en 1942, avec Marie-Claude Vaillant Couturier, déportée politique arrivée en 1943 avec le convoi du 24 janvier, avec laquelle elle est en liaison.

La résistance dans les camps d’Auschwitz et de Birkenau, ce sont d’abord des tentatives de sabotages, toujours dangereuses parce que punies de mort, des actions de récupération et d’entraide par ceux ou celles qui travaillent au Canada ou dans les cuisines, des échanges d’informations et des paroles qui réconfortent ou aident à tenir, le 1er mai 1944 chanté à Birkenau, le 1er mai 1945 chanté sous la neige à Neustadt-Gleve, camp annexe de Ravensbrück. Mais c’est aussi la capacité à faire changer de Kommando, voire de camp, des camarades à bout de forces, ou d’organiser des échanges avec le camp des hommes ou ces deux femmes, Rose Besserman et Cypora Gutnic, déportées le 31 juillet 1943 (convoi N°58) qui arrivent à se faire désigner comme accompagnatrices de femmes atteintes de troubles psychiques et à rencontrer leurs maris, Alfred Besserman, déporté le 7octobre 1943 et Waldemar Gutnic, qui travaillent à l’usine Buna, dans le camp d’Auschwitz III – Monowitz. La résistance a aussi permis des évasions pendant la marche de la mort (Samuel Radzinski, Alfred Besserman) et de sauver des vies (Jean-Louis Steinberg, évacué vers Buchenwald-Dora, et les femmes restées au camp et libérées le 27 janvier 1945 : Rose Besserman, Jeanine Frydman, Régine Grynberg,Cypora Gutnic, Bella Kirman, Annette Zylberstein…)

Paulette Sliwka a retrouvé son père, sa mère et son jeune frère Robert. Elle a milité à l’UJRE : Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide et dans l’Amicale des anciens déportés juifs de France, aux côtés d’Henry Bulawko. Elle continue de témoigner inlassablement.

Marie-Paule Hervieu, avril 2016.

Paulette Sliwka-Sarcey

Le langage des camps de concentration

[1Baraque où sont rassemblés les vêtements et les objets confisqués aux détenus

[2Des badernes ou pare-battage pour empêcher le frottement contre un quai ou un autre navire.

[3Les DAW Die Deutschen Ausrüstungswerke GmbH, Rüstungsunternehmen sont des entreprises d’armement dépendant de la SS, dont le siège est à Berlin, qui sont liées à de nombreux camps de concentration)