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Lazare Rachline, Les silences d’un résistant, de F. Rachline - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Lazare Rachline, Les silences d’un résistant, de F. Rachline

CR Marie Paule Hervieu
mardi 23 février 2016

« Mon Général, tous les Héros sont morts. Les autres n’ont fait que leur devoir ».

Mardi 15 mars 2016 à 17 heures, François Rachline dédicacera son ouvrage « L.R. Les silences d’un résistant ». paru aux Editions Albin Michel, 2015.
Salon de la Fondation de la Résistance et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 30 Boulevard des Invalides - 75 008 Paris

 Lazare Rachline

L. R. Les silences d’un résistant de François Rachline

Ce livre écrit par François Rachline, au terme d’un long travail de recherche dans les archives publiques et privées familiales, et de collecte de témoignages, est l’histoire de son père : Lazare Rachline, dit Lucien Rachet (L. R.), militant-combattant, co-fondateur en 1927, avec Bernard Lecache, de la LICA (la Ligue internationale contre l’antisémitisme), dissoute en 1940. Engagé volontaire dans une unité combattante, alors qu’il a trois enfants en bas âge, de neuf à trois ans, il est fait prisonnier dans les Vosges. Son internement dure neuf mois jusqu’à son évasion du Stalag IV B, situé en Saxe [1].

Rentré en France occupée, démobilisé, il devient à l’été 1941, un résistant engagé dans le principal réseau d’évasion d’agents du SOE britannique (Special Operations Executive), puis de personnalités politiques, avant de passer, en novembre 1943, dans les services français NM : non militaires, au côté du général de Gaulle, d’abord à Londres, puis à Alger et Paris dans la période qui précède et prépare la Libération d’août 1944. Il est donc doublement clandestin du fait de son action résistante et de son engagement dans les services secrets. Cela explique en partie les silences d’un homme resté fidèle à son devoir et à ses idées jusqu’à sa mort, en 1968, résistant méconnu, pour ne pas dire oublié par les historiens, mais honoré par ses amis et ses camarades, saluant en lui, comme le fit Dewavrin / Colonel Passy « un des représentants les plus authentiques et les plus désintéressés de ce que fut la Résistance ».
De son extraordinaire histoire, son fils François retient d’abord, pour y revenir, le drame que fut pour lui la mort de son jeune frère Vila, Vilquin Rachline, arrêté comme résistant, torturé « ongles arrachés, œil crevé, dents brisées », fusillé dans la région de Lyon, à Lissieu, le 10 juin 1944.

Les deux frères travaillèrent ensemble avec la reprise de l’atelier paternel et partagèrent les mêmes engagements, sans faillir. L’histoire de l’aîné des Rachline est celle d’un homme triplement exposé : d’abord parce qu’il est juif yiddishophone, né en Russie fin 1905, arrivé en France à trois mois, tardivement naturalisé du fait de ses responsabilités à la LICA et peut-être de son refus de faire son service militaire, le 18 février 1938. Devenu, à sa demande, combattant pendant les mois de guerre ouverte avec l’Allemagne, il est cependant dénaturalisé par le Gouvernement de Vichy (JO du 26 mars 1942) et spolié de ses biens, les établissements Lazare et Vila Rachline étant « aryanisés » sous le nom d’« usines métallurgiques de literie », ce qui crée une situation matériellement difficile pour sa femme et ses trois fils, la femme et la fille de son frère. Plus encore, il est menacé dans son existence de Juif apatride, comme le sont sa femme, Suzanne Abraham, d’origine juive roumaine, de nationalité française, de même que ses jeunes enfants : Michel, Daniel et Jean-Claude, qui restent cachés en Corrèze puis dans le Puy de Dôme, sans oublier leurs ascendants.

Ce qui l’expose aussi, ce sont ses engagements d’avant-guerre : antifasciste, anti-hitlérien, socialiste et franc-maçon. À l’origine de la future LICRA, dont il devient le vice-président, jusqu’à sa mort, il crée dès mars/mai 1933, un « Comité de défense des Juifs persécutés en Allemagne ». Il milite par ses écrits dans Le Droit de vivre, ses discours à la tribune, ses actes, y compris dans son activité professionnelle, pour développer le boycott des produits allemands.

Il déclare, le 27 novembre 1938 (après la « Nuit de cristal ») : « Lorsque nous disions, depuis des années, que le racisme c’est la guerre, nous ne le disions pas seulement parce que nous étions des Juifs, mais parce que nous sentions profondément que les Juifs vivent dans le monde, que le principe qu’on attaque en eux atteint en même temps le monde lui-même. Il ne s’agit pas des Juifs pour lesquels nous n’avons aucune particulière prédilection, il s’agit des principes qui sont en jeu ».

C’est par le réseau de ses amitiés à la LICA qu’il entre en résistance politique dès l’été 1941, puis dans les services secrets à l’été 1942, faisant d’innombrables allers et retours entre les Résistances intérieure et extérieure, emprisonné puis libéré dans l’Espagne du général Franco, arrêté puis relâché du fait de ses faux papiers (ceux de Louis Ragot ou de Lucien Rachet) et de l’exceptionnelle maîtrise de soi dont fait preuve celui que son plus jeune fils appelle « le guerrier de l’ombre ».
En avril 1944, à la veille du débarquement, il devient délégué du Gouvernement provisoire de la République française, présidé par le Général de Gaulle, investi de la mission « clé » [2], pour préparer, politiquement, le retour à la démocratie et à l’état de droit en métropole. Il démontre à nouveau, comme l’écrit le général de Gaulle, « les plus éminentes qualités de courage et de dévouement », il restera « son ami et son compagnon ».

Revenu à la vie civile, il reprend son activité professionnelle d’ingénieur de formation, il aura six enfants mais reste un gaulliste historique, adhérant au RPF, un des co-fondateurs du journal l’Express et, avec la LICRA, un antiraciste et un défenseur de l’État d’Israël. Ce livre d’une écriture vive, structuré par chapitres thématiques, nous apprend beaucoup sur cette haute figure de la Résistance que fut Lazare Rachline.

RACHLINE François, L. R. Les Silences d’un résistant, Albin Michel, 2015, 400 p.

Marie-Paule Hervieu , octobre 2015.

 Site avec de nombreux documents

LR. Les silences d’un résistant :
"archives françaises, britanniques, familiales, lettres, attestations, pièces d’identité, ordres de missions, agendas, notes intimes, extraits de presse, témoignages, photos, le tout s’étalant de 1927 à 1968"
http://lr-lelivre.com/

« Les vrais héros sont morts ».
http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/09/03/le-paradoxe-du-heros-invisible_4744193_3260.html

Mardi 15 mars 2016 à 17 heures, Salon de la Fondation de la Résistance
et de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 30 Boulevard des Invalides - 75 008 Paris
François Rachline dédicacera son ouvrage « L.R. Les silences d’un résistant ».
paru aux Editions Albin Michel, 2015.
E-mail : memoresist@m-e-r.org

http://clioweb.canalblog.com/archives/2016/02/23/33413859.html

 Jardin Lazare Rachline

vendredi 5 février 2016, 9, rue Payenne, dans le Marais, inauguration du Jardin Lazare Rachline.
Sur la plaque « Jardin Lazare Rachline (Lucien Rachet) (1905-1968) Socrate dans la Résistance Délégué du gouvernement provisoire en août 1944 Industriel Cofondateur de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA)".

N.M. février 2016

[1Le Stalag IV B est situé près de Dresde. http://lr-lelivre.com/Document/situation-du-stalag-iv-b-en-allemagne

[2La mission « Clé » consiste à réorganiser entièrement la Résistance. http://lr-lelivre.com/Document/mission-cle-confiee-par-le-general-de-gaulle