Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Les Leçons persanes de Vadim Perelman

Fiction. Sortie française le 19 janvier 2022
mercredi 15 décembre 2021

Ce film n’est pas un documentaire sur la Shoah, c’est une fiction, une fable, un film très fort à voir avec des élèves.

Affiche Les Leçons persanes

Les Leçons persanes, film de Vadim Perelman, 2020, 2h07, avec Nahuel Pérez Biscayart (Gilles), Lars Eidinger (Klaus Koch), Russie / Allemagne / Biélorussie, d’après une nouvelle de Wolfgang Kohlhaase, Erfindung einer Sprache (Création d’une langue).

Une forêt, un homme marche au milieu de la voie ferrée. Gilles, fils d’un rabbin d’Anvers, brinquebale dans un camion bâché avec d’autres prisonniers, en France. Il échange de la nourriture contre un livre, Mythes de la Perse. Une clairière au bord d’un lac, des tirs de mitraillettes. Sur le point d’être exécuté, il dit qu’il n’est pas juif, mais persan.
Des soldats auxquels une récompense a été promise, l’amènent à un capitaine qui cherche un Persan.

Un camp de concentration. Sur la porte, Jedem das Seine. Des chiens aboient. Des cris. Le capitaine Koch (cuisinier) s’emporte violemment contre l’écriture de l’auxiliaire SS (Aufseherin) secrétaire qui tient le registre des détenus. Le capitaine lit Reza Joon sur le livre. - C’est toi ? Interrogatoire sur la Perse, capitale, langue, « Dis quelque chose ». La panique se lit sur le visage de Gilles. - Si tu me bernes, c’est la mort. Il récite une sorte de poème orientaliste. Koch veut apprendre le farsi, pour ouvrir un restaurant à Téhéran, après la guerre.

Gilles-Reza est affecté aux cuisines le jour, et le soir il doit enseigner le farsi au capitaine. Dans les cuisines, Gilles invente des mots qu’il apprend au capitaine pour échapper à la mort.







La secrétaire aux lettres confuses est remplacée par le Persan, suscitant jalousies et ragots. Un caporal pense que Reza est juif, qu’il a tout du juif, il sent le juif. Il complote avec la secrétaire humiliée pour créer une tentative d’évasion pour abattre Gilles. Mais le Persan est toujours dans le camp.

Le capitaine veut quarante mots. Reza apeuré, prend pour base les noms des juifs qu’il enregistre d’une écriture soignée, pour créer des mots en persan. Il marmonne des mots partout pour les créer et les retenir. Une langue secrète pour survivre.

Le pique-nique des SS. Les convives chantent EriKa [1], le caporal joue de l’accordéon [2]

L’album de Karl Höcker, avec les auxiliaires des SS (wikipedia)

Gilles qui a utilisé le même mot pour pain et arbre se fait rouer de coups. Il est envoyé à la carrière où le caporal veut sa peau. Le Persan délire sur son châlit.
A l’infirmerie des soldats, un vieux médecin voulait lui injecter de l’air dans les veines [3] pour abréger ses souffrances, mais le capitaine a refusé.

Une Aufseherin fait un témoignage sur l’anatomie du colonel au capitaine. Les prisonniers vont être évacués vers l’Est. Le capitaine demande à garder son Persan. Le colonel lui parle d’un rapport le concernant. Rumeur contre rumeur. Le Persan est envoyé dans une ferme.
- Je ne sais rien dit le capitaine, sur le sort qui attend les déportés, je suis chef-cuisinier.

Dans la cour, l’appel. Le détenu qui ne répond pas assez vite à l’appel de son numéro, est abattu. La secrétaire perfide est envoyée sur le front de l’est. Le caporal veut toujours la mort du juif.

Le camp de transit est vide. Une charrette avec des cadavres. Des SS et des chiens loups. Une brouette de neige se renverse. Le Kapo frappe à mort le détenu. Gilles aide deux détenus italiens affamés.
Des hommes en rang dans la nuit laissent leurs bagages, sous la lumière des projecteurs. Le caporal a trouvé parmi les Juifs un pilote anglais de la RAF qui est Persan. Il tient sa vengeance, mais peu après on trouve le pilote égorgé.
Évacuation du camp. En fond sonore, un chant de guerre à la gloire de l’Allemagne.

Le capitaine nazi n’est pas un robot, des liens se sont créés avec son Persan, il lui confie qu’il a rejoint les chemises brunes en 1932, il a été séduit parce qu’ils parlaient, rigolaient, et il avait faim.
Les Américains approchent. Les SS brûlent les registres des noms. Les preuves des crimes doivent disparaître.
Le capitaine a préparé sa fuite. Il saisit dans la colonne de la Marche de la Mort son Persan qu’il abandonne en pleine forêt.

La fin du film que nous ne révélerons pas ici, est un moment très fort.

 Un film réaliste ?

Perelman raconte une histoire, comme Jakob le Menteur [4]

Le camp de transit, avant la déportation à l’Est, complètement inventé, mais sur des bases réelles, comprend des éléments du camp de Natzweiler-Struthof avec le portail, la carrière de pierre qui fait penser à celle de Mauthausen, l’inscription à Buchenwald Jedem das Seine (À chacun son dû) mais visible à l’intérieur du camp, en Bauhaus-Schrift et d’Auschwitz I avec les pylônes électrifiés et les barbelés.

Auschwitz I La Caserne, photo Cercle



Le camp est en France, mais on pense aux fusillades à l’Est. La forêt. « Aller en forêt », les fusillades massives en Ukraine, les juifs exterminés.

Les prisonniers sont traités avec violence, les bourreaux prennent du bon temps, comme on a pu le voir dans un album retrouvé avec des photos de SS.
Un suspense est entretenu tout au long du film, Gilles va-t-il mémoriser tous ces mots qu’il invente, va-t-il être confondu par ses mensonges. Va-t-il survivre ?

Entre farce et tragédie, un film de fiction basé sur le mensonge entre victime et bourreau, sans caricaturer les personnages. Le suspense est maintenu jusqu’à la fin.
Ce n’est pas un film violent, insoutenable. L’humour permet d’avoir du recul.

 Un film à voir avec les élèves.

A travers les scènes on peut comprendre ce qui arrive aux juifs, le comportement des SS vis à vis des détenus, la bêtise, la jalousie, les relations entre les SS.
Les professeurs d’histoire peuvent travailler avec les professeurs de langue, comment fonctionne une langue, pas que des mots appris par coeur, comme au début du film.
La vie des bourreaux, avec leurs petitesses, des éléments de leur vie, des hommes capables du pire, pas des machines, ce qui doit révolter le spectateur, empêcher toute empathie pour les personnages.
De nombreuses pistes peuvent être exploitées en classe.
Le langage des camps de concentration
Les différents types de camps (Lager)

ZDF Im TV-Programm : Allemagne, Autriche et Suisse
14.01.2022, 23:15 - 01:15
Altersbeschränkung :
FSK 12
Verfügbarkeit : Video verfügbar ab 15.01.2022, 01:20
https://www.zdf.de/filme/spielfilm-highlights/persischstunden-102.html

 L’accompagnement pédagogique par le distributeur KMBO

Mise en place d’un service dédié à l’accompagnement des enseignants pour organiser des séances scolaires du film :
scolaires@kmbofilms.com
tél : 01 43 54 46 06

 Pour en savoir plus

Lars Eidinger interprète un chercheur sur l’Holocauste au Bureau central d’enquêtes sur les crimes nationaux-socialistes à Ludwigsburg :
Die Blumen von gestern, Les fleurs d’hier, film de Chris Kraus

NM

[1Auf der Heide blüht ein kleines Blümelein la bruyère

[2L’album des SS de Karl Höcker, site du Mémorial de Washington, 2007.

[3On peut y voir une allusion à des expériences pseudo-médicales comme au Block 10 d’Auschwitz Adélaïde Hautval par Georges Hauptmann

[4Jurek Becker, l’auteur du livre et du scénario, 8 ans, se retrouve « sans » langue après les camps. Il ne lui reste plus qu’à apprendre l’allemand.