Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Simone, le Voyage du siècle

un film d’Olivier Dahan
jeudi 17 novembre 2022

Le film, « Simone, le voyage du siècle », retrace le parcours de Simone Veil (1927-2017), déportée et ses combats en tant que ministre, présidente du Parlement européen.

Simone, le voyage du siècle, film réalisé par Olivier Dahan avec Rebecca Marder, Elsa Zylberstein, Élodie Bouchez, 2022, 2h20 min.

Simone Veil, Marceline Loridan, photo NM
Hôtel de Beauharnais, résidence de l’ambassadeur d’Allemagne

À la Ciotat, au bord de la Méditerranée, Simone écrit ses Mémoires.

 Une enfance heureuse

- La Ciotat, la maison de vacances construite par le père, au bord de la mer :
les jeux des enfants, Madeleine, Denise, Jean et Simone Jacob, la petite dernière, née le 13 juillet 1927 à Nice, dans une famille juive, patriote, laïque. Yvonne est une mère aimante et dévouée aux siens. Simone et ses sœurs participent aux activités des éclaireuses, Jean est louveteau.

- La guerre 1939
Stupeur. La défaite, l’armistice.
La zone « libre ». La France de Vichy. Obligation pour les Juifs des se déclarer. Faut-il accepter le tampon juif, Simone doute.
La famille vit à Nice où le père, André, architecte, ancien combattant de la guerre 1914-1918, ne peut exercer son métier à cause du Statut des juifs émis par Pétain le 4 octobre 1940, dont des mesures d’interdiction professionnelle.

Dans la zone italienne où vit la famille Veil, les juifs sont protégés jusqu’au 9 septembre 1943, date à laquelle la Gestapo débarque, avant l’armée allemande. Il faut se disperser dans la masse.
Denise est agent de liaison Franc-Tireurs à Lyon.

- L’arrestation
À Nice, Simone, 16 ans et demi, vient de passer le bac qui a été avancé en mars 1944. Elle est arrêtée avec deux garçons, suite à un contrôle dans la rue, le 30 mars 1944. Par malchance ce jour-là, alors que Simone voulait faire avertir les siens que leurs faux papiers n’étaient pas valables, la Gestapo arrête une partie de la famille sauf le père. Ils sont confinés à l’hôtel Excelsior centre de la Gestapo, avant d’être envoyés au camp de Drancy.

 La Déportation

  • Drancy, 7 avril 1944. Son frère Jean, s’engage pour faire partie de l’organisation Todt avec la promesse de rester en France. Leur père est arrivé quelques jours après. (Ignorant pendant longtemps leur sort, Simone apprend par Serge Klarsfeld qu’ils ont été déportés de Drancy à Reval (Tallinn), en Estonie, par le convoi 73 et sans doute exécutés à leur arrivée.)

Parties de la gare de Bobigny par le convoi 71, le 13 avril 1944, dans un wagon à bestiaux, les trois femmes se réconfortent. Dans le wagon, on entend au milieu des pleurs des enfants, « où va-t-on ? ».
Nuit, arrêt brutal du train. Un fracas de cris, d’aboiements de chiens, des lumières violentes de projecteurs. La « porte de l’enfer ». C’est Auschwitz-Birkenau. On distingue les camions, les gardes SS, les détenus « les rayés ». La foule désorientée avance dans le vacarme, les coups. Un détenu lui glisse « Dis que tu as 18 ans ».
La sélection est faite par un SS qui pose à chacun la question : Quel âge ? Simone, 16 ans et demi, dit « 18 ans ».

  • Le camp Auschwitz-Birkenau
    Birkenau. Dans une grande salle, la dépersonnalisation commence : cheveux coupés mais pas rasés pour ce convoi, le tatouage d’un numéro, le 78651. Les femmes sont entassées dans « la Sauna die Sauna  », déshabillées, désinfectées, en attendant des vêtements usagés passés à l’étuve. Où sont Les autres ? Des Kapos montrent la cheminée qui fume.
    Les nouveaux sont en « quarantaine ». Simone fait du terrassement pour prolonger la voie de débarquement des juifs. Une déportée, travaillant au « Canada », touchée par son jeune âge, lui donne deux robes. Simone en offrira une à Ginette, en haillons, ce qui lui a sauvé la vie dit cette dernière. Chacun se bat pour sa vie.
    Une Polonaise Tenia, Lagerälteste vient à son secours. Elle la trouve trop jolie pour mourir. Simone négocie, et elles sont transférées toutes les trois à Bobreck, un petit camp près de Birkenau. Simone fait encore du terrassement. Puis elle travaille pour Siemens, toujours du terrassement.
  • Évacuation du camp de Bobreck, le 18 janvier 1945.
    Les Soviétiques approchent. Les déportés sont lancés sur les routes,les Marches de la mort, dans la neige, 70 km à pied. Des personnes s’agrippent à sa mère, il faut les décrocher. Simone est dure.
    - Camp de Gleiwiz, l’enfer de Dante où convergent les évacués du complexe d’Auschwitz, puis elles sont mises dans des trains sur des plates-formes de wagons à bois, avec la crainte de tomber et d’être abattues. Elles sont en compagnie de femmes tsiganes. Froid, faim, soif.
    Le convoi s’arrête à Mauthausen, mais il n’y a pas de place, puis à Dora, et repart. À Prague, les habitants leur jettent du pain.
    - Camp de Bergen-Belsen. Camp surpeuplé. Saleté, épidémie de typhus, faim. Elles attrapent de la neige avec leurs gamelles. La mère est épuisée, malade du typhus. Tenia, la Polonaise, chef de camp, vient à nouveau en aide à Simone et lui trouve une place à la cuisine où elle peut « organiser » de la nourriture pour sa mère et sa soeur. La mère meurt le 15 mars 1945 du typhus pendant que Simone est aux cuisines.

 Le retour

Le camp de Bergen-Belsen touché par le typhus, est libéré par les Anglais le 15 avril 1945.
Simone et Milou très malade, évacuées en camion, arrivent au Lutetia seulement le 23 mai 1945. Elle n’arrive pas à dormir dans un lit, fait des crises.
Elle veut faire des études de droit, et s’inscrit à Sciences Po, où elle rencontre Antoine Veil. Mariage 1946 - 3 enfants - une famille. Antoine est attaché parlementaire de Pierre-Henri Teitgen. Grâce à Alain Poher [1], ils partent en Allemagne dans la zone d’occupation américaine à Wiesbaden, puis à Stuttgart où Antoine, nommé au consulat, peut préparer le concours de l’ENA. Mais en août 1952, un drame se produit, Milou dont elle était très proche, et son bébé sont victimes d’un accident de voiture.

 Une femme très engagée

Ce qu’a subi Simone en déportation va lui donner une ligne de conduite. Elle lutte contre l’injustice, l’humiliation, les mauvais traitements infligés aux autres.

  • La magistrature
    Simone, mère de famille, veut reprendre ses études et être avocat. Mais ce n’est pas un métier pour une femme dit Antoine. Elle se souvient de sa mère qui a dû abandonner ses études. Elle veut être indépendante financièrement. Alors elle fera la magistrature. Elle occupe un poste de haut fonctionnaire dans l’administration pénitentiaire au ministère de la Justice.
    - Les prisons 1957-1964, 7 ans de combat.
    Elle fait des tournées d’inspection, les détenus vivent dans des conditions scandaleuses. Elle s’intéresse aussi à leur santé avec des camions de dépistage contre la tuberculose. Envoyé par Edmond Michelet, elle se rend en Algérie visiter les prisons, voit la vie des prisonniers menacée, surtout les femmes, victimes de tortures et de viols (Djamila Boupacha).
    - Elle est nommée par le président Pompidou en 1970, secrétaire générale du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM).
  • Ministre de la Santé avec Chirac premier ministre, elle se bat pour l’IVG [2], et fait adopter la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse, « l’ultime recours pour des situations sans issue ». Les débats sont houleux. Des hommes au visage déformé par la haine (à la Daumier, dans le film défendent « la famille ».)
    La loi sur l’IVG est promulguée le 17 janvier 1975.
  • Présidente du Parlement européen élu au suffrage universel
    L’Europe en 1979,
    Elle participe à des meetings que l’extrême droite vient troubler.
    Puis sous Balladur, premier ministre de Mitterrand, elle est ministre de la Santé et des Affaires sociales, ministre d’État (1993).
    Membre du Conseil constitutionnel de 1998 à 2007
    Élue à l’Académie française en 2008.

 La Mémoire

Le 9 février 1978, Simone Veil ministre de la Santé pose la première pierre d’un bâtiment de l’hôpital de Blois, au côté de Pierre Sudreau. Elle montre qu’elle sait manier la truelle et gâcher le ciment, à la grande surprise des officiels. « C’était mon métier au camp de concentration » dit-elle.

Elle revient sur la différence de traitement entre les Résistants et les déportés.
Denise, résistante déportée à Ravensbrück, est revenue en France dès sa libération et a témoigné tout de suite.
La déportation de répression, la déportation de persécution.

Une amitié solide issue des camps la lie à Marceline Loridan, à Ginette Kolinka, et à Paul Schaeffer ; Elle aime les retrouver. Elle ne peut pas parler des camps avec Antoine.
Elle effectue un voyage à Auschwitz-Birkenau avec sa famille, ses petits enfants.

Présidente de la FMS (Fondation pour la mémoire de la Shoah), elle dit détester l’expression « devoir de mémoire », elle préfère un « travail » de mémoire, d’histoire et de réflexion.

Faire échec à la haine, au racisme, à l’antisémitisme.

Les témoins : l’INA et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah proposent 105 entretiens filmés sur la déportation juive :
https://entretiens.ina.fr/memoires-de-la-shoah
NM

[1Commissaire général aux affaires allemandes et autrichiennes