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V. Des décennies après, quels bilans ? CNRD 2015 - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

V. Des décennies après, quels bilans ? CNRD 2015

La libération des camps nazis, le retour des déportés, par Martine Giboureau
mardi 27 mai 2014

Le sommaire : CNRD 2015 La libération des camps nazis, le retour des déportés

V. Des décennies après, quels bilans ?

 Une santé toujours fragile

Antoinette Besseyre, née Tressard (Le convoi du 24 janvier) raconte à Charlotte Delbo qu’elle a vécu l’« anniversaire » du typhus pendant 17 ans connaissant au mois d’avril une grosse fièvre et un endolorissement général sans raison médicale objective. Marceline décrit le même phénomène : « Tous les ans, à peu près à la même époque, je suis prise d’une grosse fièvre qui dure des jours. Aucun médicament n’y fait rien. Les analyses de laboratoire, les radiographies ne révèlent rien. Mon médecin y perd son latin. Ma maladie n’a pas de nom. » (Mesure de nos jours )
Gaby(Mesure de nos jours) confie à Charlotte Delbo : 

Je ne sors pas parce que j’ai froid. Quand je sors, même en m’emmitouflant, même avec un gros manteau et des bottes fourrées, je prends froid. Froid aux pieds, et j’ai tout de suite la diarrhée. […] même en été j’ai froid. Nous chauffons presque toute l’année.

Plusieurs femmes de ce convoi du 24 janvier parlent de dépressions profondes.
Rolande Vandaele (Convoi du 24 janvier) est reconnue invalide à 100 % en 1964. Elle ne sort quasiment jamais de son pavillon : elle a comme peur de sortir, peur d’être seule dans la rue. Elle est vivante mais le ressort de la vie est cassé.
La décalcification, les problèmes pulmonaires sont des soucis récurrents.
La situation d’Alida Delasalle (Convoi du 24 janvier) est particulièrement grave : après avoir passé des mois à l’hôpital (péricardite aiguë, névrite, rhumatisme général, opération gynécologique), elle a perdu toutes ses dents ; les otites qu’elle a eues au camp l’ont rendue sourde ; elle souffre de troubles intestinaux graves et a les poumons sclérosés.
Ida Grinspan connaît encore des séquelles physiques en 1995 : elle ne peut pas se chausser, subit des rhumatismes permanents aux doigts de pieds qui ont été gelés. Elle a connu plusieurs dépressions avec hospitalisation et est encore sous lithium à cette date. Dans le livre de Charlotte Delbo (Mesure de nos jours) elle raconte :
 

 Un jour, justement quand tout allait bien – Sophie était un beau bébé, Charles avait du travail -, un jour, j’ai été prise d’une angoisse insurmontable. Ma gorge s’étranglait, ma poitrine était écrasée dans un cerceau de fer, mon cœur étouffait. Je me suis mise à crier de terreur. C’était la nuit. […] On m’a transportée dans une clinique. […] On me donnait des calmants, il fallait que je dorme. Je m’endormais, je me réveillais, je retombais dans un sommeil bizarre. J’avais l’impression d’être double. Quand j’ai repris mes esprits, j’ai eu un choc :’’ […] Je suis enfermée. On va me garder enfermée.’’ J’ai eu peur. […] Je devais fuir. […] J’ai sauté par la fenêtre. […] Les docteurs ont cru que j’avais voulu me suicider. Je n’ai pas réussi à leur faire comprendre qu’ils se trompaient. J’avais voulu fuir. D’ailleurs, c’est difficile à expliquer. J’étais double et je ne parvenais pas à réunir mes doubles. Il y avait moi et un spectre de moi qui voulait coller à son double et n’y arrivait jamais.

 

 Des angoisses récurrentes 

Des témoins disent leurs nuits souvent peuplées de cauchemars ou marquées par des insomnies.
Sylvain Caen (Le jour d’après) raconte que pendant 10 ans au moins

 j’avais encore des complexes de déporté, des complexes de Juif aussi. Si je voyais un policier sur un trottoir, je changeais de trottoir alors que je ne risquais rien ... ». En janvier 1995, au moment du témoignage, il reconnaît qu’« Il ne se passe pas une semaine où je ne revive un épisode des camps de concentration, en rêve, la nuit.

Lucie Mansuy (Convoi du 24 janvier) reste terrorisée, « 20 ans après » au souvenir du SS à cheval qui l’a volontairement piétinée avec son animal.
De même Yvette Lévy s’accuse d’avoir traumatisé sa fille par ses cauchemars la conduisant à hurler la nuit. Et il lui reste une méfiance incontrôlable envers les « chiens-loups », « bergers allemands ».

Certains expliquent qu’ils font semblant d’être « comme tout le monde » le jour, mais que la nuit ils peuvent se laisser aller, qu’ils ont enfin le droit d’abandonner la posture de la « normalité ».
Sam Braun précise :
 

Je n’ai pratiquement plus pleuré en public mais j’exprimais ma tristesse dans l’intimité de ma solitude : je pleurais alors sans retenue. Et plus tard, une fois marié, lorsque mon épouse dormait, je repensais à tout cela et ne pouvais retenir mes larmes.

Sam Braun formule aussi ce que beaucoup de déportés (et plus largement beaucoup de « survivants » lors d’une catastrophe particulièrement mortelle) ont ressenti quant à leur survie alors que tant d’autres à leurs côtés sont morts dans les camps :

Je me sentais coupable, coupable de vivre alors que mes parents et ma petite sœur étaient morts. Certes, je n’étais évidemment pas responsable de leurs morts mais je me sentais le sujet d’une injustice puisqu’il était injuste d’être encore en vie alors qu’ils étaient morts ! […] J’étais là, c’était donc suspect ; j’étais là, j’étais donc coupable de l’être. 

Des pulsions difficilement contrôlables :
Christiane Charua(Convoi du 24 janvier) précise à Charlotte Delbo qu’elle est constamment obligée de réprimer la violence qui monte en elle ; l’injustice l’exaspère au point de la rendre malade.
De même Henri Borlant reconnaît qu’il peut avoir des colères disproportionnées et qu’il a des comportements face à la nourriture qui restent liés à la peur permanente d’en manquer. Il ne peut retenir ses pleurs si, dans un film, un enfant perd sa mère. Il considère qu’il a un comportement trop respectueux face aux personnes en uniforme.
Le mari de Marie-Louise (Mesure de nos jours) confie à Charlotte Delbo :

Quand je l’ai vue ramasser des feuilles de choux jaunies qui étaient tombées d’un cageot, chez le marchand de légumes, je me suis demandé si elle redeviendrait une personne normale. Elle se réveillait au milieu de la nuit, elle sautait du lit parce qu’elle croyait que c’était le matin [le moment de l’appel et du départ en kommando.][…] Pour les feuilles de choux, cela a passé assez vite. Après, elle se contentait de les regarder comme avec regret.

Ne jamais pouvoir vraiment sortir du camp  :

Madeleine Doiret(Convoi du 24 janvier) précise qu’elle se sent encore dans le camp ; au moment de l’accouchement, elle ne pensait pas à l’enfant à naître mais aux femmes mortes dans la boue sans avoir connu cette joie. Mado (Mesure de nos jours) complète :

Quand mon fils est né, j’ai été baignée de joie. […] Une joie calme et bienfaisante. Je n’ai pas pu me laisser porter par cette joie, je n’ai pas pu m’y abandonner. En même temps que montait autour de moi, en moi, cette eau douce et enveloppante de la joie, ma chambre était envahie par les spectres de nos compagnes. Spectre de Mounette qui disait : ‘’Mounette est morte sans connaître cette joie.’’ […] L’eau soyeuse de ma joie s’est changée en boue gluante, en neige souillée, en marécage fétide.

Sarah Montard lors de ses deux accouchements pleure : « Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai mis des enfants au monde alors qu’ils vont peut-être subir le même sort que moi ... ».

Ida Grinspan dit en 1995 qu’elle évalue toujours les gens en fonction du comportement qu’elle pense qu’ils auraient eu au camp. De même, Charlotte Delbo témoigne13 :

Devant tous ceux que je rencontre, je me demande : M’aurait-il aidé à marcher, celui-là ? M’aurait-il donné un peu de son eau, celui-là ? […] Ceux-là, je sais au premier regard qu’ils ne m’auraient pas aidé à marcher, qu’ils ne m’auraient pas donné une gorgée à boire, et que je n’ai pas besoin qu’ils parlent pour savoir que leurs voix sont fausses, fausses leurs paroles. […] Ceux dont je sais au premier regard qu’ils m’auraient aider à marcher sont si peu...

 
Charles Baron dit lui aussi se sentir différent des autres, mais reconnaît qu’un voyage en famille en 1993 à Auschwitz lui a fait beaucoup de bien et lui a peut-être enfin permis de commencer à ‘’sortir’’ du camp.
Mado (Mesure de nos jours) constate devant Charlotte Delbo :

 Depuis que je suis rentrée, tout ce que j’étais avant, tout s’est dissout, défait. On dirait que je l’ai usé là-bas. D’avant, il ne me reste rien. Ma vraie sœur, c’est toi. Ma vraie famille, c’est vous, ceux qui étaient là-bas avec moi. Aujourd’hui, mes souvenirs, mon passé, c’est là-bas. 

Toutefois, Sam Braun affirme que la parole est réellement libératrice :

Actuellement, après toutes ces années de témoignage, deux à trois fois par semaine certaines années, je crois pouvoir dire que je suis plus libre. Je suis sorti définitivement du camp même s’il occupe une partie de ma mémoire.

 

Trouver un équilibre toujours fragile
Joseph Huppert a toujours le sentiment de jouer à quitte ou double ; il ressent « une vitalité plus forte que la vie ». Il dit que « quand on a connu le néant complet, rien n’a d’importance, donc tout devient important. Il y a deux réactions possibles : se dire que rien n’a de sens et rester un survivant ; ou se dire que tout est possible et vivre. »
Adèle Mijoin n’a pas voulu vivre dans un milieu de déportation, n’a pas voulu aller en pèlerinage. Elle ne regarde pas les films sur ce sujet : « ce n’est pas la peine de se rendre malade »
Paul Schaffer constate la rareté d’une joie totale chez lui :

 elle est toujours voilée d’une ombre, ombre qui ne m’a jamais quitté ». Il ressent souvent une tristesse mêlée d’anxiété. Il considère que vouloir oublier est voué à l’échec et serait accepter de se taire ; ce serait donc manquer de solidarité avec les disparus, c’est-à-dire manquer à un devoir sacré. « La mémoire est à l’intelligence ce qu’est le rempart à la forteresse. » La question « pourquoi ai-je, moi, survécu ? » lui semble imposée aux plus fragiles par les Autres ; il ne ressent pas le « complexe du survivant ». Il a été persévérant, combatif, acharné pour surmonter tous les obstacles matériels, psychologiques auxquels il devait faire face, pour « s’en sortir ». « Je crois que la lutte pour ma survie et mon comportement dans la vie répondent à l’attente de mes parents. J’espère ainsi avoir honoré au mieux leur mémoire et avoir témoigné de ma fidélité envers eux.

Mado raconte à Charlotte Delbo (Mesure de nos jours) :

 Je ne suis pas vivante. Je me regarde, extérieure à ce moi-là qui imite la vie. Je ne suis pas vivante. Je le sais d’une connaissance intime et solitaire. Toi, tu comprends ce que je veux dire, ce que je sens. Les gens, non. Comment comprendraient-ils ? Ils n’ont pas vu ce que nous avons vu.
 [Et Mado ajoute] La vie que nous voulions retrouver quand nous disions :
Si je rentre …’’ devait être grande, majestueuse, savoureuse. N’est-ce pas notre faute si la vie que nous avons reprise est fade, mesquine, triviale, voleuse, si les espoirs y sont mutilés et les intentions trahies ?

Poupette (Mesure de nos jours) évoque leur fragilité : 

Depuis le retour il nous a encore fallu apprendre, apprendre qu’on ne paie jamais d’un coup. Si le camp nous avait endurcis … C’est tout le contraire. Tout nous atteint plus durement avec notre sensibilité écorchée.

Sam Braun affirme comme un principe fondamental qu’avoir été déporté ne doit pas conduire à se positionner comme une éternelle victime devant bénéficier de privilèges (être protégé, ménagé) et encore moins comme ayant une sorte de supériorité morale (‘’J’ai été déporté, tu n’as rien à dire’’). 

Je veux l’affirmer bien fort : nous sommes normaux et il faut nous dire certaines choses si ces choses doivent être entendues. Avoir été déporté, avoir vécu l’existence indicible des camps nazis, ne nous donne aucun droit mais nous impose, au contraire, des devoirs. […] Nous n’avons pas à nous glorifier de notre survie qui est due à la chance, à des circonstances particulières. Je ne suis maintenant ni la victime ni le héros d’une histoire malheureuse. Ces deux conditions sont indispensables pour devenir un être normal dans la quotidienneté de la vie.

 Des parcours personnels réussis

De nombreux témoins ont connu un parcours professionnel exceptionnel : Jean-Louis Steinberg est devenu astrophysicien. Nadine Heftler a réussi à devenir médecin de même que Henri Borlant ; Paul Schaffer a été enseignant dans une école professionnelle avant de diriger une entreprise industrielle de matières plastiques puis consultant en organisation du travail dans un groupe français de l’industrie du luxe…. D’autres ont eu des carrières moins prestigieuses mais tout aussi réussies car permettant un épanouissement personnel et une reconnaissance sociale : Ginette Kolinka a repris son métier de vendeuse sur les marchés, Charles Baron a travaillé vingt ans comme technico-commercial, Sarah Montard termine sa carrière professionnelle comme chef de secrétariat d’un laboratoire du Museum d’histoire naturelle, Yvette Lévy officie plusieurs années au magasin de linge de maison et de vêtements « À la ville du Puy » ….
Certains ont pu affirmer leur attachement à la France à travers cette insertion sociale. Isabelle Choko a remporté en 1956 le Championnat de France Féminin des échecs et raconte une mésaventure :

Juste avant la proclamation officielle de mon titre de championne de France, il s’est trouvé une personne de l’assistance qui a exigé la vérification de mes papiers d’identité. [Sans doute l’accent d’Isabelle avait-il contrarié cette personne.] En effet, seule une Française pouvait postuler au titre […] Les interviews des journalistes se sont succédé et un grand portrait en couleurs a paru en première page de l’Aurore, tandis que celui de Marilyn Monroe figurait en petit format, en noir et blanc, en bas de page, ce qui était plutôt drôle. Il y a eu de nombreux autres articles, même dans un quotidien polonais pour lequel j’étais redevenue Polonaise à cette occasion.

 

 S’impliquer dans une action collective

Le serment de Buchenwald
http://campmauthausen.org/images/media/01-BULLETINS/mauthausen%2026%20supplement.pdf

Les engagements d’après guerre sont divers en fonction des convictions personnelles et parfois des rencontres dans les camps : par exemple, adhésion au parti communiste pour une durée plus ou moins longue comme l’indiquent Addy Fuchs et Jean Louis Steinberg dans le film Après les camps la vie... , militantisme au sein du MRAP (Charles Palant), engagement dans une organisation de jeunesse sioniste (Paul Schaffer). Des témoins évoquent aussi dans le film le rôle des Amicales qui ont lutté pour obtenir une reconnaissance nationale et l’égalité des droits entre déportés juifs et déportés résistants

Henry Bulawko affirme qu’il y a un devoir spécifique pour les déportés survivants :

Oh ! Nous avons vite compris que le monde d’après-guerre n’était pas celui dont nous avions rêvé. Mais, contre vents et marées, nous avons conscience qu’une lourde responsabilité nous incombe. C’est à nous qu’il appartient de combattre la guerre, de dénoncer le racisme et l’antisémitisme, d’œuvrer pour la fraternité entre les peuples et entre les hommes. C’est à nous de démasquer ceux qui tenteraient à nouveau de diviser l’humanité entre races supérieures et inférieures. C’est à nous qu’il appartient de rappeler ans cesse ce que fut Auschwitz pour en éviter le retour.
La tâche est bien lourde et il nous est arrivé, plus d’une fois, de vouloir renoncer. Mais on ne lâche pas pied facilement quand on a tenu bon là-bas. 

- Adhésion et activité au sein d’associations, amicales des camps [1]. : Ida Grinspan rappelle l’importance des Amicales des camps :

 L’Amicale [des déportés d’Auschwitz] a été fondée dès 1945. J’y ai adhéré très vite. […] L’Amicale a tout de suite créé la ‘’rencontre ‘’, une réunion fixée le dernier dimanche de janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz.

-  Militer politiquement, syndicalement :
Beaucoup des communistes ont repris leur militantisme dans un parti qui glorifie la résistance et s’affirme comme une force dans la guerre froide. Les amies de Charlotte Delbo présentées dans son livre « Le convoi du 24 janvier » sont nombreuses dans ce cas.
Addy Fuchs, de son côté, raconte :

Je suis devenu très vite en 1946 un militant, puis un dirigeant communiste : j’avais besoin d’un idéal (J’ai été exclu en 1960 !)

Stanislas Tomkiewicz précise :

 Je commençais à m’intégrer ; grâce à l’abbé Bellec [son professeur dans le cadre de cours par correspondance destinés aux prisonniers et aux malades], mais aussi grâce aux camarades. J’avais noué très rapidement des liens fraternels avec des communistes espagnols et des anciens des Brigades internationales. Ce sont eux qui m’ont amené, très vite, à m’inscrire au parti communiste, et le Parti est devenu, pour ainsi dire, ma première famille en France.

Jean-Louis Steinberg raconte :

 J’étais rentré des camps fortement endurci et beaucoup plus intransigeant : il y avait les bons et les mauvais, ceux qui avaient tenu et combattu et tous les autres ou presque. J’ai rompu avec ma fiancée et me suis lancé dans l’action politique. J’ai retrouvé avec joie tous mes amis de l’organisation clandestine. […] La section du PCF avait réquisitionné la boutique d’un marchand de fruits et légumes ‘’collaborateur’’ au pied de notre immeuble. J’y passais beaucoup de temps.

 
Liliane Lévy-Osbert constate :

 En vérité j’ai la santé, la déportation ne m’a jamais collé à la peau. J’ai pu vivre, une vie de femme, puis de mère simultanément, dans un militantisme effréné, tant je voulais que la ‘’victoire’’ sur le nazisme, l’oppression et l’injustice trouve un prolongement inéluctable. Me suis-je trompée ? Non j’ai été trompée. Mes années d’élans généreux, je les ai données pleinement, voulant croire à ce que je croyais. Années d’engagement, paradoxalement autant frustrantes qu’exaltantes.

 D’autres ont choisi des familles politiques différentes.
Ce qu’a subi la jeune Simone en déportation a forgé à jamais la sensibilité, les analyses de Madame Veil. Elle y voit l’origine de son refus vigoureux et systématique de tout ce qui humilie l’Autre, de la promiscuité et de l’aliénation morale. C’est là, pense-t-elle, que se trouvent les racines de son militantisme en faveur de prisons françaises qu’il fallait (faut ?) rendre moins sordides, plus humaines. Sa volonté de lutter contre les discriminations est aussi liée à son passé. Elle est favorable à toutes les mesures de discrimination positive et n’a pas cessé d’être une militante de la cause des femmes. Ses responsabilités européennes sont entre autres dues à sa spécificité : sa candidature à la présidence du Parlement nouvellement élu au suffrage universel, était un « symbole de la réconciliation franco-allemande et la meilleure manière de tourner définitivement la page des guerres mondiales ». Elle évoque aussi la commission Mattéoli et son rôle de présidente du fonds d’indemnisation des victimes en 2003. Ses analyses concernant le droit d’ingérence et la justice internationale puisent leur argumentation dans un parallèle avec les procès de Pétain et de Laval, les poursuites engagées contre Alois Brunner, Paul Touvier, Maurice Papon. Madame Veil se prononce d’ailleurs contre l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité considérant qu’il est impossible d’instruire équitablement un procès, si longtemps après, dans un contexte totalement différent.

- Croire en Dieu après les camps ?
Ida Grinspan répond : « Quand on n’avait pas la foi, comme moi, le camp n’était pas un endroit pour la perdre ni pour l’acquérir ! »
Madeleine Goldstein explique :

Nous étions loin d’être pieux. […] Nos liens avec la religion s’étaient depuis longtemps distendus. Et nous avions rompu avec un dieu qui, s’il existait, avait selon nous oublié ses enfants à Auschwitz. Rosette [leur fille née avant guerre], sur la question, avait adopté notre point de vue. Mais elle se savait juive ; et partir en colonie avec une association de jeunesse juive était parfaitement naturel à ses yeux ;

Yvette Lévy dit que devant les petits laissés sans secours, on pouvait se demander « où était Dieu ? ». Il y a deux réponses possibles pour Yvette : ce n’est pas Dieu, ce sont les hommes qui ont fait le mal ou c’est grâce à Dieu si je suis revenue ! Lors d’un témoignage en octobre 2007, Yvette a précisé : « je m’arrange avec Dieu ». Elle continue à commémorer les fêtes juives, à respecter les traditions ; elle revendique son appartenance à cette communauté.

Edith Davidovici a toujours gardé la foi. Elle affirme :

 Si Dieu nous a fait don de la vie une seconde fois c’est justement pour témoigner. Survivre est un privilège qui impose des devoirs. […] Àpr ésent, nos enfants savent la vérité mais ne sont pas pour autant traumatisés. Nous avons su leur transmettre ce cadeau inestimable, l’Emouna, la foi, ce qui leur permet de prendre la vie du bon côté, avec optimisme mais sans naïveté. Ils remercient Dieu de nous avoir accordé une nouvelle vie grâce à laquelle ils sont venus au monde.
[… On] a trouvé que la guematria, la valeur numérique, de mon numéro de matricule 80661 est équivalente à celle du mot : “e’hié” qui signifie : je serai. Donc il était évident, m’a-t-il dit, que je devais survivre ! Comment Dieu a-t-il pu permettre une telle chose ? […] Question bien douloureuse face à tous ces innocents morts. Ces grands érudits de Torah savaient qu’ils mouraient pour la sanctification du nom de Dieu. Combien de prières ont traversé les murs des chambres à gaz ! Chaque individu naît avec une mission à accomplir tout au long de sa vie, même si par malheur celle-ci s’achève brutalement. Quant aux enfants disparus, je suis intimement convaincue que leurs âmes aujourd’hui ont réintégré d’autres enfants, qui profiteront de ce cadeau inestimable et de cette pureté d’âme dans le but d’élever le monde.

 Témoigner

Témoigner [2]. C’est souvent, pour les déportés juifs, dans les années 1980-1990 qu’ils ont témoigné publiquement, en particulier auprès des jeunes dans les classes : c’est alors la médiatisation du négationnisme et d’autre part ils arrivent à la retraite et ont plus de temps disponible. Beaucoup disent avoir pu plus facilement raconter à leurs petits-enfants qu’à leurs enfants leur expérience concentrationnaire.
Albert Bigielman décrit sa lente sortie du mutisme total :

[J’ai progressivement pu parler de mon expérience d’abord à ma femme]. Et puis, [au milieu des années 1970], c’est à travers l’éducation de ma fille que j’ai commencé à évoquer plus largement cette période. C’était l’époque de son adolescence. […] Laurence a commencé par puiser dans les livres concernant la déportation que j’avais commencé à acheter, petit à petit, depuis la fin des années 1960. […] Je crois qu’elle ne me posait pas beaucoup de questions. Ses enfants, mes petits-fils, me paraissent plus curieux par leurs questions plus directes. Cette relation à ma fille m’a fait beaucoup de bien, même si je ne lui racontais que peu de choses. […] Ma fille a été, ainsi, le déclencheur de ma parole. A cette époque pourtant, je ne me sentais pas suffisamment représentatif du monde de la déportation pour aller parler à l’extérieur, pour témoigner de l’horreur, et même dans mon milieu.

Liliane Lévy-Osbert explique comment elle a décidé de raconter :

 Les années de guerre, les années de déportation, les années de perversion font-elles une expérience positive ? L’injustice, l’indignation, l’adversité sont-elles source d’enrichissement ? La barbarie, la souffrance, les épreuves ont-elles un sens ?Pour certains individus oui, pour d’autres non.
Pourtant c’est cette expérience que je dois dire, conter, rapporter pour les autres. Pour ceux qui furent des non-témoins, malgré leur âge. Pour ceux très jeunes, trop jeunes qui n’ont pas gardé d’images. Pour ceux pas encore nés, et qui devront savoir. Déjà l’Histoire.
Je suis une femme de devoir. Dommage. Dommage pour moi, car je crois devoir faire ce qu’il faut faire. Et puisqu’il faut, je fais.
Me voici embarquée.

 
Sam Braun justifie ainsi sa prise de parole tardive devant les jeunes générations :

Ce matin-là, prenant conscience que j’étais devenu un vieux bonhomme, j’ai eu honte de ma lâcheté. Je me suis dit : ‘’Tu es lâche, mon vieux, car si tu ne vas pas parler aux enfants, c’est uniquement parce que tu ne veux pas souffrir. Tes parents, ta petite sœur et tous ceux qui sont morts là-bas sont donc morts pour rien !’’ […] Mon devoir m’est apparu alors clairement : je devais utiliser cet événement horrible pour essayer de rendre service aux jeunes, en leur permettant d’ouvrir les yeux sur le monde et la folie de certains hommes. […] Je vais rencontrer les enfants en tant que victime d’un génocide solidaire de toutes les victimes de tous les génocides de l’histoire.

Mado explique à Charlotte Delbo :

Je ne suis pas usée. C’est pire qu’être usé, être vidé de vie. Désabusée, s’il faut un mot. […] Comment n’être pas désabusé quand après avoir souffert ce que nous avons souffert et tant sacrifié et tant espéré, nous voyons que cela n’a servi à rien, que les guerres continuent , que des guerres plus terribles encore menacent, que l’injustice et le fanatisme règnent, que le monde est encore à changer ? […] Alors, il faut, il faut qu’elle serve notre revenue. C’est pour cela que j’explique ce que c’était, autour de moi ! J’en parle à mes collègues, surtout aux jeunes. […] Je veux qu’ils sachent, même s’ils ne sentent pas ce que je sens moi. 

Stanislas Tomkiewicz raconte comment il a surmonté une amnésie partielle.

Après avoir visionné mon témoignage sur Bergen-Belsen, enregistré en 1995, [Marie-Jo Chombart de Lauwe] m’a dit : ‘’J’ai eu l’impression que tu étais là-bas comme dans un pensionnat, cela ne colle pas vraiment avec les autres témoignages.’’ J’ai été quasi bouleversé par cette critique de ma retenue, cet understatement, comme disent les Anglais, et j’ai eu peur que cette cassette puisse servir un jour aux négationnistes pour dire que les Juifs étaient heureux dans les camps. Il me fallait aller plus loin pour débusquer mes souvenirs et mes résistances. J’ai fini par découvrir le phénomène subtil qui obscurcissait mes souvenirs. C’était la honte d’avoir été en quelque sorte ‘’privilégié’’ par rapport à ceux qui avaient connu les camps ‘’classiques’’, comme Buchenwald, sans parler d’Auschwitz.

[La relecture d’une brochure de sa sœur racontant Bergen-Belsen et la découverte du livre de Francine Christophe qui avait vécu les mêmes conditions que lui dans ce camp lui ont permis de sortir de l’oubli les horreurs ...]

C’est le récit de la ‘’jeune fille privilégiée’’ qui m’a brutalement, charnellement, remis en mémoire mes oedèmes de famine, mes jambes gonflées, couvertes de croûtes et de blessure. Pas étonnant que je sois devenu très calé sur ce sujet pendant mes études de médecine. J’avais fini par oublier que j’en avais eu moi-même. […] ‘’Privilégié’’, c’est ce terme dérisoire utilisé par la jeune fille qui a vaincu mes refoulements et m’a permis de regarder l’horreur en face.

- Retourner sur les lieux
Retourner sur les « lieux », mais quels lieux ? Certains camps ont été volontairement détruits par les nazis, d’autres transformés en musée, d’autres encore ont été modifiés par une nature reprenant ses droits. C’est ce que raconte Francine Christophe :

 Lorsque j’ai franchi la grille [de Bergen-Belsen], quelque chose m’a arrêtée, tout net : les oiseaux … ça chantait partout … On me demande s’il n’y avait pas d’oiseaux dans les camps. Je ne sais pas. Peut-être qu’il y en avait, mais on ne les voyait pas et on ne les entendait pas, parce qu’on voyait et entendait bien autre chose. A Bergen, maintenant, les oiseaux chantent partout. […] Alors j’ai marché, marché, presque les mains tendues comme un aveugle, cherchant des points de repère, essayant de situer ma baraque, mon infirmerie, ma place d’appel. Rien. Tout est beau, tout est vert, tout est paisible. […] Et puis, dans le musée, j’ai vu les photos des charniers, la charrette aux morts, les mourants dans la boue. Alors je me suis calmée, j’avais retrouvé mon enfance …

Des membres de L’UDA et du Cercle d’étude, Raphaël Esrail, Ida Grinspan, Yvette Lévy, Ginette Kolinka, Sarah Montard … retournent régulièrement à Auschwitz Birkenau accompagnant des groupes d’élèves ou de professeurs (voir Petit Cahier n° 13, Lettres à témoins ). Il semblerait toutefois, d’après Ida Grinspan, que les trois quarts des anciens déportés soient incapables de retourner à Auschwitz.

Primo Levi est retourné à Auschwitz en 1965, à l’occasion d’une cérémonie commémorative de la libération des camps.

 La visite au camp principal ne m’a pas fait grande impression : le gouvernement polonais l’a transformé en une sorte de monument national. […] Cela reste un musée, quelque chose de figé, réordonné, d’artificiel. […] Quant à mon Lager, il n’existe plus ; l’usine de caoutchouc à laquelle il était annexé, et qui est devenue propriété polonaise, s’est tellement agrandie qu’elle en a complètement recouvert l’emplacement. Par contre, j’ai éprouvé un sentiment de violente angoisse en pénétrant dans le Lager de Birkenau, que je n’avais jamais vu à l’époque où j’étais prisonnier. […] Là, rien n’a été enjolivé. […]
Face au triste pouvoir évocateur de ces lieux, chaque ancien déporté réagit de façon différente, mais on peut cependant distinguer deux catégories bien définies. Appartiennent à la première ceux qui refusent d’y retourner ou même d’en parler. […] J’ai remarqué que ce sont tous en général des individus qui ont échoué au Lager ‘’par accident’’, c’est-à-dite sans engagement politique précis ; pour eux, la souffrance a été une expérience traumatisante mais dénuée de signification et d’enseignement. […] Dans la seconde catégorie par contre, on trouve les ex-prisonniers politiques, ou des individus qui possèdent, d’une manière ou d’une autre, une éducation politique, une conviction religieuse ou une forte conscience morale. Pour eux, se souvenir est un devoir : eux ne veulent pas oublier, et surtout ne veulent pas que le monde oublie, car ils ont compris que leur expérience avait un sens et que les Lager n’ont pas été un accident, un imprévu de l’Histoire.

Ida Grinspan a participé à son premier voyage à Auschwitz en mars 1988. Bertrand Poirot-Delpech, co-auteur du livre, raconte : « Ida titubait entre les restes de baraques, cherchant la sienne éperdument. […] Pour Ida, le site était d’abord un cimetière, la sépulture de ses parents. […] A raison de deux ou trois fois par an, Ida a dû [ensuite] rendre à Auschwitz une vingtaine de visites. Elle ne s’y est jamais faite. C’est à chaque fois une épreuve douloureuse à surmonter. »
Yvette Lévy est allée avec ses camarades, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération du camp (1995), dans ‘’son’’ usine des Sudètes, a eu l’autorisation de visiter tous les ateliers ; elle a retrouvé le sien ... et a reçu des fleurs – ainsi qu’un boulon-témoin/souvenir - en hommage de la direction de l’usine !
Sam Braun est retourné avec sa femme et ses enfants en 1995 en Pologne : 

Je ne pouvais pas retourner là où j’avais été déporté, puisque le camp de Buna-Monowitz […] a été entièrement brûlé par les Russes. Il ne reste plus rien, une stèle et c’est tout. [… Mais à Auschwitz] lorsque je suis passé sous le portail d’entrée, sous l’inscription Arbeit macht frei […], maintenant que je savais ce que signifiait, pour les SS, ce travail, que je connaissais la signification qu’avait ici la liberté, j’ai éclaté en sanglots. […] J’avais besoin de faire ce chemin-là. Ce n’était pas très raisonné. J’en avais besoin sans savoir exactement pourquoi. [Cette visite en famille] je ressens qu’elle nous a permis de faire un grand pas, peut-être aussi de grandir un peu. […] Il me semblait que j’étais enfin arrivé au terme d’un long voyage avec moi-même, voyage au cours duquel, durant des années, tout en me cherchant, je redoutais de me trouver. Dès mon retour à Paris, le soir même, j’ai ressenti un soulagement énorme.

Madeleine Goldstein raconte leur voyage :

 En 1995, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la libération des camps, Jacques et moi fûmes invités à nous joindre à un voyage en Pologne, pays que nous n’avions jamais revu depuis notre retour de déportation. Nous étions alors âgés respectivement de soixante-quatorze et soixante-quinze ans. Nous en avions vingt-trois et vingt-quatre à l’époque. Retrouvant la rampe où les SS nous avaient séparés, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. En ce lieu, dans un moment de grande détresse, nous nous étions dit naguère au revoir ; ce fut comme se dire de nouveau bonjour. […] Le fait d’avoir revu les baraquements, les miradors et les barbelés du Lager nous a aidés à mieux accepter ce qui nous était arrivé – quand bien même ce qui nous était arrivé n’était pas et n’est pas acceptable.

 Pardonner ?

Cette question est souvent posée par les élèves qui rencontrent un/une déporté/déportée. Dans certains écrits on trouve la formule : pour pardonner, il faudrait déjà qu’on m’ait demandé pardon.
Victor Pérahia explique cette position :
 

Certains disent que l’on doit tout pardonner, que l’on peut tout pardonner. Moi, je ne pardonne pas ! Il est d’ailleurs facile de pardonner quand on n’a pas été soi-même victime. Le pardon se demande d’abord à la victime. C’est elle seule qui peut l’accorder. Vous tous qui conseillez de pardonner, allez donc demander leur pardon aux six millions d’hommes, de femmes et d’enfants exterminés ! Si vous arriviez à obtenir de leur part une réponse positive, alors seulement là je pardonnerais. On nous a conseillé de nous aimer les uns les autres. Mais est-il possible d’aimer ceux qui ont été coupables et capables d’imaginer et de réaliser de telles atrocités ? […] Je n’ai pas honte d’affirmer que je ne peux pas aimer tout le monde et n’importe qui.

 
Sam Braun écrit de nombreuses pages sur ce thème. En voici quelques extraits :

On pourrait distinguer deux formes de pardon : le pardon officiel et public qu’on qualifie aujourd’hui de ‘’repentance’’ en français. […] On pourrait réserver le mot de pardon à la démarche privée, individuelle que fait une victime.
Si on devait pardonner que le pardonnable, on n’aurait aucun mérite. […] Oui, il y a des actes impardonnables et ce sont justement ceux-là qui méritent d’être pardonnés … Il faut se garder aussi de tout mélanger, la vengeance, le pardon, la justice, la clémence, que sais-je encore. […] Il est possible de pardonner des actes impardonnables et de poursuivre néanmoins le bourreau en justice pour les actes qu’il a commis. Le pardon n’implique pas forcément la clémence qui, elle, est d’une autre nature. […] Je n’ai jamais éprouvé le besoin de me venger, je n’ai jamais ressenti de haine à l’égard des bourreaux que je pouvais découvrir parfois, par le biais des actualités. […] Ma réaction première serait de plaindre, plutôt que blâmer, ceux qui sont restés dans ce sentiment de haine. Non, je ne les blâme pas car leur souffrance perdure, étouffe leur vie et les freine dans leur possibilité de revenir à une existence ordinaire. […] Le pardon, quant à lui, est, à mon avis, un sentiment purement et intimement personnel. Il est difficile d’en faire la publicité ou de le rendre public. Il est solitaire. Le pardon, tel que je le ressens, ce n’est pas donner sa bénédiction aux criminels, c’est être en paix avec soi-même, c’est ne pas être habité par la haine, c’est ignorer la vengeance.

Primo Levi développe lui aussi la différence entre justice et pardon mais avec des prises de position personnelles un peu différentes :

Lorsque j’ai écrit ce livre [3] , j’ai délibérément recouru au langage sobre et posé du témoin plutôt qu’au pathétique de la victime ou à la véhémence du vengeur : je pensais que mes paroles seraient d’autant plus crédibles qu’elles apparaîtraient plus objectives et dépassionnées ; c’est dans ces conditions seulement qu’un témoin appelé à déposer en justice remplit sa mission, qui est de préparer le terrain aux juges. Et les juges, c’est vous.
Toutefois, je ne voudrais pas qu’on prenne cette absence de jugement explicite de ma part pour un pardon indiscriminé. Non, je n’ai pas pardonné à aucun des coupables, et jamais, ni maintenant ni dans l’avenir, je ne leur pardonnerai, à moins qu’il ne s’agisse de quelqu’un qui ait prouvé – faits à l’appui, et pas avec des mots, ou trop tard – qu’il est aujourd’hui conscient des fautes et des erreurs du fascisme, chez nous et à l’étranger, et qu’il est résolu à les condamner et à les extirper de sa propre conscience et de celles des autres. Dans ce cas-là alors, oui, bien que non chrétien, je suis prêt à pardonner, à suivre le précepte juif et chrétien qui engage à pardonner à son ennemi ; mais un ennemi qui se repent n’est plus un ennemi. 

L’attitude des anciens déportés vis-à-vis des Allemands [4] est complexe.
Isabelle Choko évoque plusieurs réactions symptomatiques. La première se passe dans le bateau qui l’emmène en Suède, de suite après sa libération :

Mon corps se couvre de pustules blanches, pleines de liquide, et surtout mes avant-bras. A bord, il n’y a qu’un médecin allemand. Il doit percer les boutons et désinfecter les plaies. Il s’approche avec des ciseaux, et alors que je suis d’habitude calme, insensible à la douleur, je me mets à hurler. Jamais plus un Allemand me touchera. » Elle accepte finalement l’intervention de ce médecin. Un peu plus tard, elle doit se résoudre à parler allemand en Suède pour pouvoir communiquer : « J’aurai bien voulu l’éviter mais cela ne fut pas possible. ». Elle redit sa réticence quelques pages plus loin : « Nous parlions entre nous [convalescentes venant de Hongrie, de Roumanie, de Pologne et d’ailleurs] allemand, bien à contrecœur, mais c’était la seule [langue] dans laquelle nous pouvions communiquer.

Bien sûr, la notion de génération compte :
Les petits-fils d’Yvette Lévy ont « fait allemand première langue vivante » et ont reçu régulièrement des correspondants allemands. Cela s’est toujours bien passé pour Yvette sauf une fois où un jeune garçon allemand ne lui a pas adressé la parole ni même dit bonjour, merci ...
La fille de Madeleine et Jacques Goldstein née en 1956 choisit « l’anglais et l’allemand. Bien qu’anciens déportés, nous n’étions pas du genre à nous offusquer de voir notre fille s’initier à la langue de Goethe. Nous l’avons même autorisée à faire des séjours à Berlin, dans une famille qui n’ignorait pas qui elle était, et où elle fut accueillie avec grande hospitalité. Tel fut le lien que nous avons entretenu avec l’Allemagne après la guerre : une amitié conforme à l’état d’esprit qui régnait désormais en Europe. Lors d’un voyage à Berlin, je m’entendis un jour interpeler par une adolescente : - Comme vous devez nous en vouloir ! – A vous, personnellement, non, répondis-je. »
Quand Ida Grinspan répondait aux questions de sa fille, encore très jeune, elle parlait des ‘’méchants’’.

Les Allemands n’étaient pas nommés. C’étaient des ‘’méchants’’, point. [… Ida] avait-elle pris en détestation la langue allemande, comme le philosophe Jankélévitch ? “Je peux comprendre sa décision de principe. C’est vrai, j’avais un mauvais souvenir de la langue dans laquelle on nous avait torturées. […] Il ne me serait pas venu à l’idée d’aller en touriste en Allemagne ou en Autriche. […] Je reconnais devant les élèves que, bien sûr, nous avions de la haine pour les gardiennes, les Kapos. Après la guerre, quand je croisais des Allemands d’un certain âge, des touristes, je me demandais ce qu’ils faisaient pendant la guerre. […] J’ai témoigné devant de jeunes Allemands. Pour moi, ce sont des Européens. […] Ils appartiennent à la troisième génération. Ils ne sont en aucun cas coupables de ce qui s’est passé, même si certains de leurs proches ont été concernés de près par le nazisme.”


- Les valeurs morales et politiques sont aussi essentielles :
Primo Levi quand on le questionne sur la haine à l’égard des Allemands, ou la rancœur, le désir de vengeance répond : 

La haine est assez étrangère à mon tempérament. […] La haine est personnelle, dirigée contre une personne, un visage ; or, […] nos persécuteurs n’avaient pas de nom, ils n’avaient pas de visage, ils étaient lointains, invisibles, inaccessibles [5]. Prudemment, le système nazi faisait en sorte que les contacts directs entre les esclaves et les maîtres fussent réduits au maximum. […] Je dois avouer que face à certains visages, à certains vieux mensonges, aux manœuvres de certains individus en mal de respectabilité, à certaines indulgences et connivences, la tentation de la haine se fait sentir en moi, et même violemment. Mais je ne suis pas un fasciste, je crois dans la raison et dans la discussion comme instruments suprêmes de progrès, et le désir de justice l’emporte en moi sur la haine.

Albert Bigielman a vécu une situation très particulière : 

L’armée a fini par m’appeler, au début de 1953. […] Cependant, j’avais essayé, avant mon incorporation, de me faire dispenser de cette obligation, en tant qu’ancien déporté. Mais au ministère de la Défense, on m’a expliqué que la disposition sur laquelle je m’appuyais venait juste d’être supprimée, du fait que l’administration pensait qu’il ne restait plus de déportés de mon âge, donc j’étais mobilisable … J’ai demandé à aller en Allemagne, et j’ai été incorporé dans un très bel endroit, Constance et son lac. […Après mes classes] je suis resté six mois à Villingen. […] Je ne m’étais ouvert de mon passé qu’à deux personnes : le capitaine commandant ma compagnie, et le lieutenant chargé de l’habillement. Je faisais travailler des ouvrières allemandes, à qui il avait été annoncé qu’elles allaient être placées sous les ordres d’un ancien déporté, qui avait carte blanche. Jamais, pourtant, je n’ai abusé de cette situation, je n’ai dépassé le cadre de mon autorité hiérarchique. Ce qui est sûr, c’est que revenir en Allemagne n’était pas neutre. Je le désirais comme une forme de revanche. C’était un désir fort, que je ressentais depuis que j’étais parvenu à l’âge de comprendre ma situation. J’ai effectué cette partie de mon service militaire en étant très conscient d’être membre d’une armée d’occupation, d’être Français et juif à la fois.

 Vivre sa judaïté

Isabelle Choko, alors qu’elle est convalescente en Suède, prend une décision radicale :

 Nous avons décidé qu’au mois de septembre 1945, nous nous enfermerions dans notre chambre, dans le noir, porte et fenêtre bouclées durant vingt-quatre heures. C’était pour Yom Kippour, jour de jeûne, jour de recueillement, pour nous jour de douleur. Bien que non croyantes, nous avons tenu à marquer ce jour pour nous souvenir des victimes, de ceux qui n’étaient plus là, qui, massacrés, ont disparu de ce monde.

Henri Borlant, bien qu’ayant été catholique dans son enfance et avoir fait au camp le vœu de devenir curé s’il retrouvait sa mère, se sent juif, est très sensible au folklore yiddish qui « lui remue les tripes ; il respecte une fête juive par an pour ses enfants : c’est une façon d’affirmer l’échec des nazis.
Mado Roland reste en liaison étroite avec une seule soeur, qui s’est convertie au catholicisme pendant la guerre et qui, avec son deuxième mari d’origine italienne, refuse que Mado dise qu’elles sont juives. Mado, elle, est athée (elle a des difficultés pour énumérer les principales fêtes juives aujourd’hui) mais est très attachée à son identité juive : « J’ai trop souffert avec ce peuple ; je n’ai pas demandé à naître juive mais je ne veux pas renier mes parents qui ont été formidables ». Elle vit donc le choix de sa soeur comme une trahison (d’autant que sa soeur invente des racines auvergnates à leur mère), mais elle accepte le mensonge pendant des décennies « parce que c’est sa soeur ».
Sam Braun explique ce qui fut difficile à vivre pour lui :

J’ai eu aussi beaucoup de difficultés à accepter mes origines juives. Il n’est pas simple de se sentir appartenir à une communauté si on ne respecte pas les rites et coutumes de cette communauté. […] Maintenant, je sais ou crois savoir [ce qu’est une culture et en quoi elle peut être dissociée de la religion] et je ne souffre plus d’être juif, je le revendique même. Mais la difficulté que j’avais à m’accepter comme juif m’a fait beaucoup souffrir au début. […] Je trouvais que je n’avais vraiment pas eu de chance en naissant dans cette communauté ! Je cachais mon numéro tatoué sur le bras car il était pour moi le symbole de l’appartenance au judaïsme. Même s’il y avait à Auschwitz dix pour cent de non-juifs.

Gilbert Michlin approfondit cette thématique : 

Si nous voulons rester [en France, plutôt que d’aller en Palestine …], il ne faut plus que nous soyons ce que nous sommes ou, plus exactement, que nous fassions oublier aux autres que nous sommes juifs. Quand je passais de camp en camp, je perdais, à chaque interrogatoire, un peu de mon identité : juif, demi-juif, plus juif du tout. C’était pour me préserver, certes, essayer d’adoucir le régime qui m’était réservé, mais aussi, d’un point de vue uniquement intime, garder pour moi quelque chose que les autres ne seraient jamais prêts à accepter. […] En revenant […], je demande que mon nom soit orthographié différemment : Michelin. Mi-che-lin. Un ‘’e’’ pour oublier. Mais cela ne dura que quelques semaines. Je compris vite que cela ne changerait rien et que c’est en soi qu’il faut vivre et non dans le regard des autres. Je serai Michlin, sans ‘’e’’, à nouveau. Je suis juif et que les gens le veuillent ou non je le resterai.

D’autres ont fait le choix de changer définitivement de nom : le cas le plus connu est Marcel Dassault. Jacques Sémelin [6] présente aussi la décision d’autres juifs :

Durant la guerre, [des juifs] avaient cherché à se fondre dans la population pour échapper à l’arrestation. Après-guerre, [certains] aspirent à ne plus du tout se faire identifier comme juif. A cette fin, des milliers d’entre eux vont changer de nom après 1945, phénomène aujourd’hui oublié. […] Pour ces immigrés juifs, le changement de nom constitue un procédé symbolique permettant de rompre avec un passé douloureux. Quand on écorchait leur nom, ils le vivaient comme ‘’une blessure narcissique’’, ‘’une blessure nominale’’, qu’ils ‘’ressent[ai]ent comme une mutilation presque physique’’ [7].
Alors, mieux valait en changer. Ainsi ‘’de 1945 à 1957, 2 150 décrets (par le Conseil d’État) ont été accordés à des Juifs, six fois plus que durant toute la longue période antérieure de 1809 à 1939, et la plupart concernaient [sic] des patronymes venant d’Europe orientale. […] Dans la mesure où ces changements s’appliquaient également aux épouses et aux enfants mineurs, cela touchait de 8 000 à 10 000 personnes sur une population juive alors estimée à 200 000. […] Si, pour ces personnes, changer de nom est d’abord une manière de ‘’protéger leur descendance contre un éventuel regain d’antisémitisme’’, c’est également pour elles une façon de renouveler leur attachement à la France, en laquelle ils continuent toujours de croire (Nicole Lapierre).

On peut remarquer que quelques déportés, très peu semble-t-il, ont fait effacer leur tatouage [8]

 Solidarité avec Israël pour des déportés juifs 

Albert Bigielman explique sobrement ses liens avec Israël :

Durant l’été 1961, j’ai découvert Israël, qui auparavant ne m’intéressait pas particulièrement. Désormais, j’y retourne de temps à autre, avec fidélité. […] J’ai aimé et j’aime Israël, mais je n’ai jamais songé à m’installer dans ce pays parce que je ne m’y sens pas chez moi. […] Mais si par malheur, malgré mon âge, Israël était en danger vital, je souhaiterais le défendre. C’est le sentiment que j’ai très fortement éprouvé en 1967 au moment de la guerre des Six Jours. D’ailleurs à cette occasion je m’étais rendu au Cirque d’Hiver où se tenait une réunion d’alerte. Mais du fait de la brièveté des événements, les demandes de départ n’ont pas été prises en considération par les autorités. Plus tard, la guerre du Kippour de septembre 1973 a été un traumatisme. J’ai eu peur, comme beaucoup, de voir disparaître l’État d’Israël. […] C’est aussi en étant à Jérusalem, en 1961, que j’ai appris que se déroulait sur place le procès d’Adolf Eichman. […] Ce procès, pour tous les déportés, pour tous les juifs était un événement extraordinaire. On avait retrouvé le responsable de la déportation, pour le juger selon des formes normales et démocratiques. J’ai été fier de l’existence d’Israël dont la création prenait encore plus de sens à travers cet acte.

Paul Schaffer raconte :

[…] Durant l’année scolaire [1945-1946] j’ai été envoyé à Bâle, attaché au service d’ordre du Congrès Sioniste, qui devait être le dernier d’une longue série [...]. Le drapeau israélien flottant sur le bâtiment du congrès avait remplacé l’étoile de David cousue sur nos vêtements. Après l’humiliation, nous accédions à la reconnaissance ! […] Pour tous les Juifs de la Diaspora, la création de l’État d’Israël a marqué un tournant de l’histoire, qu’ils décident d’y venir vivre ou non. Cet État leur conférait une sécurité pour l’avenir tout en les délivrant des innombrables humiliations subies au cours des siècles. […] (Extrait de Le soleil voilé, édition des écrivains, 2002 p.139-140)

Madeleine Goldstein explique comment son mari s’est brouillé avec son vieil ami du maquis, Paul :

Paul était rouge. En tant que tel, il s’autorisait à laisser échapper des mots très durs à l’égard de l’Etat hébreu. – Tu ne crois pas que les Juifs ont aussi une cause à défendre ? lui lançait Jacques. Le ton montait aussitôt. – On n’a pas le droit de critiquer Israël, alors ? – Si, répliqua Jacques. Tu as tous les droits. Mais à condition de ne pas être injuste. Et de ne pas renier ta propre judaïté. Il venait de piquer chez Paul un nerf particulièrement sensible. Ce n’était ni la première ni la dernière fois que les événements du Moyen-Orient feraient des dégâts chez les Juifs de France.

 Quelle reconnaissance publique ?

Virginie Linhart, dans son film Après les camps, la vie …  donne quelques dates essentielles ponctuant la reconnaissance du génocide des juifs, et celle de la responsabilité de l’État Français dirigé par le Maréchal Pétain : en 1956, est inauguré le Mémorial du martyr juif inconnu ; en 1967, la victoire israélienne, lors de la guerre des Six Jours, revalorise l’image qu’ont les citoyens des juifs ; en 1978 est publiée pour la première fois la liste des déportés juifs à partir de la France ; en 1987, l’interview du négationniste Faurisson diffusé à la télévision motive les déportés pour intervenir publiquement et témoigner auprès des élèves ; en 1995, Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l’État Français dans la déportation des juifs.

Yvette Lévy a reçu plusieurs médailles ... à partir de 1995 ! médailles des Anciens Combattants, des Combattants volontaires de la Résistance, de la Reconnaissance de la Nation, d’Officier du Mérite, et de la Légion d’Honneur.
Adèle Mijoin a vécu une très difficile « expérience » en 1955 : ayant été déchue de sa nationalité pendant la guerre (jugement du Conseil d’État car elle était considérée comme récidiviste), elle s’est retrouvée « apatride », sous la menace d’expulsion pendant 3 ans : il fallait un décret ministériel pour lui rendre sa nationalité. Elle a ensuite été bien sûr réintégrée dans ses droits mais cet épisode lui a été insupportable.
Les naturalisations ont souvent été longues et difficiles à obtenir pour les déportés étrangers ayant choisi la France après 1945.
Paul Schaffer a été naturalisé Français en 1949. Il considère qu’être apatride c’est encore une fois être orphelin ; il a accompli son service militaire !
Sarah Montard a été apatride de 1946 à 1951 (elle a renoncé à sa nationalité polonaise devant l’accueil au consulat de Pologne). Elle n’a été naturalisée qu’en 1951.
Francine Christophe reprend tous ces thèmes sur l’héritage de la déportation en deux pages d’une grande efficacité :

Que me reste-t-il de mes camps ? Je me réveille parfois encore en sursaut, en proie à d’hallucinants cauchemars. Je me moque de moi-même en me surprenant à loucher vers l’assiette du voisin. Si je suis dans un groupe d’Israélites, je cherche immédiatement par où je vais fuir si on vient nous arrêter. J’aime mieux vivre dans un immeuble à deux sorties pour cette raison. J’ai peur des chiens. J’ai peur des armes. J’ai peur de la nuit. Tout massacre d’un juif, quelle que soit sa nationalité, me bouleverse, car je le ressens aussitôt comme la suite de la ‘’solution finale’’. Nous sommes tous des pendus dont la corde a cassé. Le contact avec les Allemands s’est révélé pénible. Pas avec les jeunes. Mais dès qu’un Germain a “l’âge”, tout en moi se recroqueville. Malgré moi, je l’imagine en uniforme, je le vois agir, ordonner, cogner, crier. La langue, également, me donne un certain malaise. Le plus beau lied, le plus beau poème ne sont qu’aboiements à mes oreilles. Je ne ressens pas de haine envers l’Allemagne, sinon, je ne vaudrais pas mieux que mes bourreaux. Au fond, c’est peut-être ça, être juif : posséder une communauté de souffrance et pratiquer le refus de la haine.

En guise de conclusion, un poème de Charlotte Delbo, extrait de Mesure de nos jours :
Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs
quand c’est d’un ailleurs
aux autres inimaginable
c’est difficile de revenir

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs
quand c’est d’un ailleurs
qui n’est nulle part
c’est difficile de revenir
tout est devenu étranger
dans la maison
pendant qu’on était dans l’ailleurs

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs
quand c’est d’un ailleurs
où l’on a parlé avec la mort
c’est difficile de revenir
et de reparler aux vivants.

Qu’on revienne de guerre ou d’ailleurs
quand on revient de là-bas
et qu’il faut réapprendre
c’est difficile de revenir
quand on a regardé la mort
à prunelle nue
c’est difficile de réapprendre
à regarder les vivants
aux prunelles opaques

Martine Giboureau, mai 2014
Retour au sommaire CNRD 2015 La libération des camps nazis, le retour des déportés

[1Au retour des camps en 1945, se créent des associations qui veulent unir les déportés et internés pour lutter contre le nazisme, garder le souvenir des morts, lutter pour défendre les droits des survivants et des familles... Dès le début de 1946, l’unité ayant échoué, deux grandes fédérations existent : laFNDIRP (d’abord appelée FNDIP) et la FNDIR (devenue en 1950 l’UNADIF-FNDIR). La Fédération Nationale des Déportés et Internés, Résistants et Patriotes abrite dans ses murs le siège de la plupart des amicales de camp jusqu’au début des années 1990 (amicales d’Auschwitz, de Ravensbrück par exemple). La FNDIR ou Fédération Nationale des Déportés et Internés de la Résistance défend les seuls déportés et internés de la Résistance. En 1950 une autre Fédération est créée, l’Union nationale des Associations de Déportés, Internés et Familles de Disparus ou UNADIF, très vite complémentaire de la FNDIR. A cette division selon les catégories de déportés à affilier se sont ajoutées des divergences politiques à l’époque de la guerre froide. (Cf. Mémoire de maîtrise d’histoire de Stéphane Maurel, Aux origines de la FNDIRP - 1944-1946, 1992, Université Paris-VII-Diderot sous la direction de Michèle Perrot et Henry Rousso)

[2Primo Levi consacre un livre entier à sa réflexion sur ce qu’il faut dire, à ses yeux, sur sa déportation. « C’est arrivé et tout cela peut arriver de nouveau : c’est le noyau de ce que nous avons à dire ». « Les naufragés et les rescapés ; quarante ans après Auschwitz » ; Arcades Gallimard ; 1989 – édition italienne de 1986

[3Cet extrait se trouve dans l’appendice de 1976 consacré à Si c’est un homme

[4Allemands et nazis ne sont pas assimilables : il y eût une résistance allemande. Des Allemands (socialistes, communistes, syndicalistes, puis asociaux, Tsiganes, juifs, homosexuels …) furent les premiers internés dans les camps de concentration – le premier étant ouvert dès mars 1933

[5Il évoque là les SS et les dirigeants nazis ; les Kapos étaient eux dans la proximité des déportés, eux-mêmes d’ailleurs déportés

[6 Persécutions et entraides dans la France occupée ; comment 75% des juifs en France ont échappé à la mort , les Arènes – Seuil, 2013

[7Nicole Lapierre, Changer de nom, Paris, Stock, 1995 ; édition revue et augmentée ; Paris, Gallimard, coll. »Folio Essais » ; 2006

[8Ce ne sont que des déportés à Auschwitz-Birkenau qui ont été tatoués. Les autres étaient enregistrés lors de leur arrivée dans les divers camps nazis sous un matricule visible sur leurs vêtements mais pas tatoués sur le bras.


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