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Le sauvetage des enfants cachés durant la dernière guerre - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Le sauvetage des enfants cachés durant la dernière guerre

les rafles, le réseau Garel, l’OSE, Georges Loinger, Dominique Laury
vendredi 19 décembre 2008

Le sauvetage des enfants, exposé de Sabine Zeitoun, témoignages de Georges Loinger, Betty Saville, Dominique Laury, Conférence du 19 mai 1999

Marie-Paule Hervieu, Présidente de la réunion, présente les intervenants de la soirée :

Madame Sabine Zeitoun, Directrice du Centre de la Résistance et de la Déportation à Lyon est l’auteur de deux livres, l’un qui reprend sa thèse sur l’Oeuvre du Secours aux Enfants (l’OSE ) et l’autre : Ces enfants qu’il fallait sauver.

Madame Zeitoun interviendra d’abord sur la politique nazie, les autorités militaires d’occupation et leur rapport aux enfants. Ensuite elle évoquera le rôle de l’OSE dans le sauvetage des enfants juifs en particulier.

Monsieur Georges Loinger, Président de l’Association des Anciens de la Résistance Juive et Officier de la Légion d’honneur, parlera de son vécu et de sa forte contribution au sauvetage des enfants en tant que passeur d’enfants vers la Suisse à partir de 1943.

Madame Betty Saville, Secrétaire générale de l’Association des Enfants Cachés, et enfant cachée elle-même interviendra particulièrement sur la politique du gouvernement de Vichy et les Camps de la zone sud.

Monsieur Dominique Laury, ancien journaliste à Antenne 2, enseigne aujourd’hui dans une grande école de commerce. Il a écrit Un hiver à voix basse qui est son témoignage d’enfant caché. Son propos de ce soir y est consacré.

Les livres des auteurs intervenant ce soir, ainsi que d’autres comme celui de Maryvonne Braunschweig, Les enfants d’Avon, sont à disposition également.

 SABINE ZEITOUN

Sabine Zeitoun, bien que née après la guerre, tient à rendre hommage aux organisateurs et aux autres intervenants, tous acteurs de cette période exceptionnelle.
Dans le cadre de mon travail d’historienne, j’ai commencé un doctorat d’histoire en 1981 et publié un livre en 1989, Le Sauvetage des enfants. Au début du travail de recherche, il n’y avait pratiquement pas d’ouvrages sur le sujet ; je travaillais dans un champ quasiment vierge. L’essentiel était un ouvrage, publié en 1947, en forme de monographie des différentes organisations clandestines de sauvetage d’enfants et de résistance, dont l’intitulé est : L’activité des organisations juives sous l’Occupation. Il y avait aussi quelques ouvrages "pointus" traitant de la Solution Finale mise en place par les nazis.
Schématiquement, si on reprend historiquement le pourquoi de ce manque d’ouvrages, on relève plusieurs périodes :
Au début, au retour des déportés, on ne parlait pas officiellement de la "déportation des Juifs", dont la terminologie était "la déportation raciale". On évoquait les déportés politiques qui étaient des hommes et des femmes qui avaient fait "quelque chose", à savoir les résistants. D’ailleurs, jusqu’en 1955/60, il n’y avait pas de distinction entre camp de concentration et camp d’extermination. Le champ de la déportation était unique sans distinction entre les déportations. Le film d’Alain Resnais Nuit et brouillard sur l’univers concentrationnaire, témoigne bien de cette époque où les déportés juifs n’apparaissent pas.
Ce n’est qu’en 1970 que l’on a commencé à faire une distinction entre camp de concentration et camp d’extermination.
Mais ce n’est qu’en 1980 avec les travaux de Raul Hilberg, de Serge Klarsfeld et l’ouvrage de l’historien américain, R.O. Paxton, sur Vichy et les Juifs, traduit en français dix ans après sa parution aux Etats-Unis, que l’on apprécie la difficulté de l’approche de l’étude de la Shoah.

Tout cela pour confirmer le peu d’informations qui étaient disponibles, en 1981, sur le sujet qui nous concerne ce soir. Cela explique aussi les difficultés que j’ai eues pour publier ma thèse, terminée en 1981 et publiée en 1990.

Depuis 1991, les ouvrages se sont multipliés sur la Shoah et sur le sauvetage des enfants ; il y a comme une boulimie d’écriture et pléthore d’ouvrages.
Je veux d’abord évoquer, pour le sauvetage des enfants, une organisation juive caritative créée dès 1912 en Russie, l’OSE. Son but était de venir en aide aux populations juives dans les Shtetls [bourgades juives de l’Est européen]. Lors de la Révolution russe, la question s’est alors posée de l’existence d’une spécificité juive. Comme il n’y en avait pas, il a donc été envisagé de créer l’OSE avec toutes les autres organisations. L’OSE a été conduite à quitter la Russie en 1923 pour rejoindre les populations juives qui avaient émigré dès 1917. Elle s’installe à Berlin. Albert Einstein en devient le Président d’honneur. L’association devra ensuite quitter Berlin pour s’installer en France. (1933)
L’action de l’OSE fut remarquable. Dans la tourmente, elle a su profiter des structures anciennes sur lesquelles elle pouvait compter pour s’adapter aux circonstances historiques, en Russie et en Allemagne notamment.
A Paris, l’OSE va secourir, en 1933, les familles qui viennent d’Allemagne, puis en 1938, après l’Anschluss, celles émigrées d’Autriche. L’objectif est de venir en aide aux populations juives, par le biais de cantines pour les enfants et d’aides diverses aux parents.
Toutes ces aides interviendront par des moyens légaux, mais à partir de 1942, plus rien n’est vraiment possible : l’OSE basculera dans la clandestinité, en particulier pour sauver les enfants. Il y aura des centres médico-sociaux, des aides dans les camps d’internement. Madame Saville parlera de l’action de l’OSE à propos de la création et de l’organisation de filières clandestines pour le passage en Suisse, et Monsieur Loinger également. Il y eut aussi des passages vers l’Espagne.
En 1940, l’occupation allemande a contraint les membres de l’OSE à quitter Paris pour venir installer son siège en zone sud, à Montpellier. Dans cette zone, elle y ouvre plusieurs maisons d’enfants. Un homme remarquable de cette organisation, le Dr Eugène Minkowski qui était le père de l’actuel pédiatre bien connu, n’a pas voulu quitter Paris. Il y est demeuré toute la guerre, avec quatre de ses collaborateurs. Ils garderont pignon sur rue, rue des Francs Bourgeois, dans un quartier à forte population juive.
L’OSE a donc une représentation officielle dans chacune des zones. Dans la zone sud, certaines conditions administratives pour les Juifs sont différentes de celles de la zone nord. Par exemple, dans la zone dite libre, les Juifs ne portent pas l’étoile jaune, mais il y a tous les camps d’internement que l’on connaît. Toutefois, il y a une sorte de possibilité de vivre pour ceux qui ont pu passer la ligne de démarcation, jusqu’au moment où la zone sud est occupée à partir du 11 novembre 1942.
Ceux de l’OSE qui travaillaient en zone nord, avaient toutes les difficultés inhérentes au statut des Juifs. Ce statut faisait d’eux des parias au ban de la société, ce qui souligne l’immense mérite d’avoir pu aider la population juive dans la clandestinité.

L’année 1941 marque le début des rafles en zone nord : elles concernaient exclusivement les hommes.
Les femmes, restées seules, sont plongées dans une immense détresse économique et sont contraintes de subvenir aux besoins de la famille. Il faut aider ces femmes et sauver les enfants. Dès 1941, l’OSE va légalement placer des enfants, durant un ou deux mois, en province, en milieu rural, en Bretagne, dans la Sarthe, le Loiret.

Le changement, à partir du 16 juillet 1942, dans le processus de la "solution finale" conduit à l’arrestation des femmes et des enfants. Sur 12 280 personnes arrêtées par la police française, il y a 4 051 enfants de 1 an à 16 ans : 3 000 sont de nationalité française et sont nés en France. C’est un tournant décisif : les enfants sont envoyés à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande, ensuite à Drancy, puis déportés vers l’Est. A ce moment, on ignorait que tout se terminait à Auschwitz-Birkenau, par le gazage immédiat pour les enfants.

Concernant la zone sud, qui n’était pas encore occupée, les rafles commencent en août 1942. Darquier de Pellepoix, Commissaire Général aux Questions Juives, demande le refoulement, vers la Zone nord, en vue de leur déportation, de tous les Juifs qui étaient entrés en France depuis le mois de janvier 1936.
On assiste alors à de terribles rafles en zone sud. Par exemple, le 26 août 1942, on va arrêter des hommes, des femmes et des enfants qui seront parqués à Vénissieux (Rhône). C’est à partir de ce moment que l’OSE va basculer dans les activités clandestines. Déjà en zone sud, il y avait des assistantes sociales bénévoles qui arrivaient à entrer dans les camps, dont il faut savoir la dureté de vie, puisque 3 000 personnes y sont mortes de malnutrition et de maladie.
Devant toutes ces difficultés, l’OSE s’est interrogée sur l’action qu’elle devait mener pour une efficacité maximale. Ainsi fut créé un circuit clandestin au sein même de l’OSE que l’on dénomma du nom de son fondateur Georges Garel. Il faut y associer une femme d’une trentaine d’années, Andrée Salomon, et un homme d’une quarantaine d’années le Dr Joseph Weill. Cet homme d’expérience, par rapport à tous les jeunes cadres de l’OSE, avait vu la montée du nazisme. Il avait des relations, des amis en Suisse qui lui transmettaient des informations sur le sort des Juifs de l’Est de l’Europe.

Ce circuit clandestin Garel, comportait des jeunes femmes non-juives qui venaient en aide à la population enfantine. Leur organisation était structurée, chacune étant affectée à une zone d’activité, généralement un département géographique. Par exemple, certaines d’entre elles appartenaient à la Croix-Rouge et entreprenaient des actions de toutes sortes, souvent en entrant dans des camps, parfois même en bravant les directives de leur hiérarchie.
Il y avait également des femmes juives. Elles étaient choisies de sorte qu’il soit impossible à les différencier des autres par l’apparence. Les unes et les autres devaient placer des enfants en milieu rural et trouver un financement. La France rurale de l’époque était bien plus peuplée qu’aujourd’hui, avec de nombreuses petites exploitations, ce qui offrait certaines possibilités de camouflage d’enfants.

De surcroît, les assistantes se heurtaient à la résistance des parents, touchés d’un profond désarroi à la perspective d’avoir à confier leurs enfants et ce, malgré les risques maintenant avérés de déportation. Il fallait aussi modifier l’identité des enfants et leur faire comprendre qu’il fallait éliminer tout ce qui aurait pu faire découvrir leur passé : supprimer les photos de famille, les cahiers, les livres de culte, les médailles. Il s’agissait de leur apprendre à occulter leur véritable identité et à oublier leur passé. Il est cependant arrivé que des enfants conservent des objets prohibés, malgré toutes les consignes, ce qui mettait en danger une partie de l’organisation.
Toutes les organisations chargées du sauvetage des enfants connurent ces difficultés, ainsi que celles de faire comprendre aux jeunes leur nouvelle identité. Il se posa aussi la question, en 1943, de leur christianisation durant la période de l’occupation.
Quand cela était possible, les jeunes allaient d’abord dans une maison de l’OSE pour qu’on leur fasse comprendre la situation et qu’on leur apprenne leur nouvelle identité. Plusieurs méthodes furent employées y compris celle des jeux de rôle. Certains enfants n’arrivaient pas à s’adapter ; d’autres avaient un fort accent étranger ; d’autres étaient particulièrement religieux et ne mangeaient pas de porc etc. La filière de passage en Suisse vint à leur secours.

Durant la guerre, l’OSE a sauvé 5.000 enfants. Quand on parle des enfants juifs, on doit rappeler qu’il y a eu 11.000 enfants juifs déportés de France sans retour sur un total de 76.000 juifs déportés. Si on compare avec la Belgique, qui eut 5.000 enfants déportés sur un total de 25.000, c’est 20% d’enfants qui furent déportés : le pourcentage d’enfants déportés de France est donc plus faible. Pour reprendre un mot de Serge Klarsfeld, tous les Français n’étaient pas des veaux, comme l’avait dit le Général de Gaulle. Nombre de Français ont été admirables. La topographie du terrain français a rendu le sauvetage plus aisé qu’en d’autres pays. Disons encore objectivement, qu’une accalmie eut lieu en zone sud jusqu’en novembre 1942.

QUESTIONS :

- Question : sur les rapports entre l’OSE avec les familles d’accueil.
Réponse : La plupart des familles d’accueil accueillaient les enfants pour gagner de l’argent. A côté des enfants juifs, il y avait aussi des enfants issus de zones bombardées, qui étaient dans la même situation. Comment le sait-on ? Les documents d’archives sont rares ; j’ai toutefois retrouvé, à New York, des fiches d’assistantes sociales qui indiquaient le prix de pension et le suivi de l’enfant, et cela tous les mois. Vers la fin de la guerre, les difficultés s’accrurent. J’ai eu la chance en travaillant sur ma thèse de rencontrer des cadres de l’OSE qui maintenant ne sont plus. Leurs informations furent irremplaçables.

- Question : Quelles ont été les relations de l’OSE avec les autres mouvements de Résistance ?
Il y eut des relations avec "l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide "(UJRE), d’obédience communiste, en particulier, mais aussi avec d’autres mouvements dont les Éclaireurs Israélites de France (EIF).

Dominique Laury rapporte que durant l’exercice de sa profession de journaliste, il a eu connaissance de nombreux documents qui rectifient un peu ce qui a été dit. En effet, les familles françaises non juives furent très nombreuses à accueillir des enfants dans le seul but de les sauver et par conséquent, sans solliciter le moindre argent. Il y avait aussi des Français qui n’étaient pas des résistants les armes à la main, mais qui souhaitaient aider, contribuer à faire quelque chose. Dans cet esprit, il faut souligner ceux du sud-ouest ainsi que les protestants qui se sont appliqués à recevoir des enfants juifs ; certains l’ont payé de leur vie.

Une personne dans la salle, rappelle que l’OSE existe toujours et poursuit un travail social d’aide aux enfants.

 OSE 2012

- Colloque Prévenir et guérir dans un siècle de violences : L’Oeuvre de Secours aux Enfants par-delà les frontières , organisé par l’OSE, le lundi 11 juin 2012, dans l’amphithéâtre Foch de l’École Militaire, et consacré notamment aux débuts de la mission médico-sociale de l’association en Europe de l’Est.
OSE France, 117, rue du Faubourg du Temple 75010 Paris
Tél : 01 53 38 20 20
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article219

- L’OSE présente l’exposition Sauver les enfants, 1938-1945, du 9 au 18 janvier 2012, au Collège des Bernardins

http://www.ose-france.org/

 GEORGES LOINGER,

(Propos recueillis lors de la conférence sur le sauvetage des enfants cachés, le 19 mai 1999 et complétés par une interview le 14 juin 1999 )
Aîné d’une fratrie de sept enfants, Georges Loinger est né à Strasbourg, le 29 août 1910. Il appartient à la deuxième génération née dans cette "contrée" tantôt française, tantôt allemande. Sa famille est originaire d’Europe Centrale. Peu pratiquante, elle demeure néanmoins très attachée au respect des traditions. Son père tient un commerce d’antiquaire, tandis que sa mère élève les enfants. Pendant la guerre de 1914 – 1918, alors que son père est mobilisé comme tous les Alsaciens dans l’armée de l’Empire allemand, sa mère se révèle être une femme entreprenante, capable d’assurer la vie matérielle de la famille.

Vers l’âge de 12 ans, Georges Loinger devient membre d’un mouvement de jeunesse sioniste, la Hatikwah (Espoir). Créé et dirigé par des descendants de juifs allemands, intellectuels pour la plupart, et venus s’installer en Alsace après la défaite française en 1870, ce mouvement de jeunesse fait connaître à Georges Loinger, parfaitement bilingue, les écrivains et philosophes juifs allemands dont Theodor Herzl qui annonce dans son livre : L’Etat Juif (1896), le futur Etat d’Israël. Comme tous ses camarades,Georges Loinger envisage son avenir dans un kibboutz en Palestine.

En outre, il entreprend avec succès des études techniques d’ingénieur. Durant son service militaire, ses supérieurs remarquent ses qualités athlétiques et pédagogiques et l’envoient parfaire sa formation au bataillon de Joinville. Avec son diplôme de moniteur sportif et d’éducateur physique en poche, il rejoint son régiment. De plus, sa rencontre à Strasbourg avec le Docteur Joseph Weill est déterminante : il envisage de confier au jeune homme le rôle d’éducateur sportif pour l’ensemble de la jeunesse juive de France. Georges Loinger monte à Paris, passe ses examens de professeur et d’entraîneur sportif civil, se marie et cumule la double fonction de professeur et de directeur adjoint du nouveau lycée Maimonide.

La guerre, annoncée de longue date par J. Weill, observateur angoissé et pessimiste mais lucide, éclata. Après avoir assisté à l’ascension et à la prise du pouvoir en Allemagne par Hitler, Georges Loinger est convaincu qu’après avoir soumis l’Europe, il y appliquera ses projets d’extermination. Il est à noter que la lecture de Mein Kampf par les juifs alsaciens les plus éclairés, inquiétait. Georges Loinger se rappelle l’entrée triomphale des Allemands dans Paris et le défilé des troupes devant le Führer sur les Champs-Élysées. Il ne leur avait fallu que 34 jours, souligne-t-il, pour vaincre la France. La défaite rapide était aussi totale. Georges Loinger, mobilisé sur les bords du Rhin est fait prisonnier avec son régiment, et envoyé dans un camp, le Stalag 7A, près de Munich.

Quant à Flore Loinger, directrice de l’œuvre de La Guette, elle travaillait peu avant la mobilisation de son époux pour le réconfort, le bien - être et la sécurité de 125 enfants juifs allemands, garçons et filles, âgés de 8 à 14 ans dont les parents avaient été arrêtés puis internés dans des camps en Allemagne. La Baronne Edmond de Rothschild avait, en effet, pris l’initiative de les faire venir dans son château de chasse, La Guette, près de Lagny en Seine-et-Marne. Ils étaient arrivés en France en 1938, accompagnés de leurs éducateurs, internés dès la déclaration de guerre par ordre du Gouvernement de la troisième République de Monsieur Edouard Daladier. Les enfants étaient bien conscients qu’ils ne reverraient plus jamais leurs parents et posaient de graves problèmes psychologiques.

Georges Loinger rappelle alors que jamais avant l’effroyable confit de 1939-1945, on n’avait vu dans l’histoire de la Civilisation Occidentale, des enfants être la proie systématique d’une chasse à l’homme. Organisée par les nazis, elle fut accomplie en France avec la collaboration du Gouvernement de Pétain.

Faisant alors référence au grand écrivain autrichien, Stefan Zweig, Georges Loinger lit alors un passage de son ouvrage : Le Monde d’Hier, qu’il écrivit avant de se suicider : "J’ai été témoin de la plus effroyable défaite de la raison et du plus sauvage triomphe de la brutalité de tous les temps. Jamais une génération n’est tombée comme la nôtre d’une telle puissance intellectuelle à une telle décadence morale".

Quand le Nord de la France fut occupé, les enfants furent installés à la Bourboule, en zone libre, à l’Hôtel des Anglais, loué par la Baronne. C’était un bâtiment désaffecté, sommairement arrangé où les conditions d’existence étaient difficiles. Par une lettre transmise par la Croix Rouge, Madame Loinger informa son époux, prisonnier à cette époque, des soucis que lui causaient ses enfants. Or, le couple n’avait à ce moment- là qu’un seul petit garçon de trois ans. Et Georges Loinger d’expliquer : " J’ai compris qu’il s’agissait du groupe d’enfants juifs dont elle était responsable. J’ai donc décidé de m’évader et j’ai mis un mois à rejoindre la Bourboule ".

Georges Loinger devint alors, pour un temps, formateur d’éducation physique des Compagnons de France (institution crée par Vichy), responsable de la région d’Auvergne. Pour l’exercice de ses nouvelles fonctions, il reçut des papiers d’itinérant officiel, ô combien précieux pour circuler à l’intérieur du territoire. D’autre part, fin 1941, les enfants furent pris en charge par l’O.S.E. dont Georges Loinger devint un membre très actif. Si la zone libre représenta "un cadeau extraordinaire pour les Juifs ", pourtant ces enfants étaient menacés. En effet : "Ils avaient très rapidement appris la langue française, mais le soir dans les dortoirs, ils parlaient entre eux en allemand ce qui intriguait le personnel français et la population informée du pays. " A la longue, leur présence à la Bourboule devenait dangereuse d’où la décision de les disperser. La Guette fut la première organisation à le faire.

La situation se dégrada rapidement dans la zone sud : la première rafle eut lieu le 26 août 1942, avant son occupation au mois de novembre. C’est pourquoi, au mois de décembre, lors d’une réunion des responsables de l’institution, le Docteur Joseph Weill (responsable du service médico-social de l’O.S.E.),informé par Gerhart Riegner, (Représentant le Congrès Juif Mondial à Genève), de la future déportation des enfants et de l’assassinat des vieillards, des femmes et des enfants dans l’est de l’Europe, confia à Georges Garel, (ingénieur à Lyon et engagé dans la résistance), la charge de créer un réseau clandestin de sauvetage des enfants juifs, connu sous le nom de "réseau Garel". Doté de règles et de structures, il avait pour mission de cacher les enfants chez des particuliers ou dans des institutions laïques et religieuses. Préalablement, les enfants étaient préparés psychologiquement par une équipe spéciale de l’O.S.E. Georges Loinger fut chargé, quant à lui, d’organiser la mise en place des passages clandestins vers la Suisse.

Le placement de certains enfants s’avérait, en effet, parfois difficile pour les motifs suivants : refus de la nouvelle identité "aryenne", attachement à l’observance religieuse, accent étranger prononcé, pathologies diverses. Dans les faits, des enfants "tout simplement" en danger, trouvèrent aussi refuge en Suisse. En outre, pour les responsables de l’O.S.E., ce pays, "île de paix", offrait au moins trois avantages : c’était un pays neutre, le passage de la frontière était physiquement plus facile pour des enfants (à la différence de l’Espagne) et des dirigeants de l’Union - O.S.E. (Direction centrale pour l’Europe) étaient installés à Genève.

Dans un premier temps, de son P.C. d’Aix-les-Bains, Georges Loinger repéra les lieux et prit des contacts. Par l’intermédiaire du Réseau Bourgogne, réseau de résistance, il rencontra Monsieur Jean Deffaugt, Maire d’Annemasse, ville frontalière avec la Suisse. Résistant, lui aussi, il le présenta à Monsieur Eugène Balthazar, Directeur du Centre d’Accueil du Secours National (institution créée par Vichy) qu’il savait sûr.

C’est ici que Georges Loinger put regrouper les enfants, arrivés de Limoges et de Lyon 2 à 3 fois par semaine par petits groupes de 15 à 20 généralement. Ils arrivaient à date fixe selon un planning établi mensuellement. Officiellement, ils se rendaient dans des colonies de vacances, nombreuses dans la région. Les responsables prétextaient même des problèmes de santé qui nécessitaient un séjour à la montagne. En effet, il fallait pouvoir sortir de la gare sans éveiller les soupçons du personnel de la S.N.C.F. Georges Loinger repérait les enfants à l’instinct. Ils lui étaient remis par des "assistantes sociales" qu’il ne connaissait pas toujours. Pour des raisons évidentes de sécurité, les "maillons" du circuit ne savaient qu’un pseudonyme et le lieu de la rencontre. Georges Loinger était connu sous celui de Léo.

La deuxième difficulté consistait, après le repos des enfants au centre d’accueil, à passer la frontière.
Georges Loinger avait repéré un terrain de football, en dehors de la ville (un à deux km.) qui présentait l’avantage majeur d’être situé juste à la frontière. Ainsi, sous le couvert d’un jeu de ballon des enfants passèrent en Suisse, leurs papiers cousus dans leurs vêtements. Mais, ces passages furent marginaux : ils étaient aléatoires et dangereux. La zone frontalière était l’une des plus protégées d’Europe. "Toutes les polices, française et allemande, étaient là pour surveiller, écouter ". En outre, les passages s’effectuant en plein jour, le manège pouvait être repéré par des paysans qui travaillaient dans les champs. C’est pourquoi, en accord avec G. Garel, ils furent interrompus.

Georges Loinger organisa alors, une véritable filière de passage : il contacta des passeurs. Le risque était grand. Pouvait-on leur faire confiance ? Ne jouaient-ils pas un double jeu ? N’allaient-ils pas livrer les enfants aux autorités après avoir touché environ 300 francs pour chacun ? Les sommes énormes, indispensables au fonctionnement de la résistance juive provenaient principalement du Joint. Elles lui parvenaient par des filières diverses : le Secours Suisse, les Quakers…

Les enfants ne passaient pas plus de 24heures à Annemasse. Arrivés en fin d’après-midi, ils dormaient au centre et franchissaient la frontière dès le lendemain. Les passages s’effectuaient à pied, toujours la nuit et après le couvre-feu. Le passeur retrouvait les enfants en dehors de la ville. G. Loinger accompagnait chaque groupe, le plus loin possible et payait le passeur, souvent en or. Les plus âgés, 16 ans au plus, tenaient par la main les plus jeunes qui pouvaient avoir 6 ou 8 ans. L’estomac noué par la peur, ils marchaient serrés les uns contre les autres pendant plus ou moins une heure avant d’atteindre la frontière. La liberté était là, toute proche, mais des imprévus pouvaient tout faire échouer : un enfant qui pleure, une patrouille qui modifie ses heures.

Les passeurs choisissaient, si possible, un lieu de passage pas trop éloigné d’un poste de garde suisse dont certains possédaient le numéro de téléphone de l’Union-O.S.E. à Genève. Passés sous la double rangée de grillage, séparée environ de 4 mètres de distance et d’une hauteur de 3 mètres, les enfants accueillis par les autorités helvétiques étaient placés en camp de quarantaine puis pris en charge par l’Union-O.S.E. ainsi que d’autres institutions comme le Comité suisse d’aide aux enfants d’émigrés et placés dans des familles d’accueil ou des maisons d’enfants le plus fréquemment.

Pendant une année environ, du printemps 1943 au printemps 1944, plus de 1000 enfants furent sauvés. Pourtant lors du premier passage, le groupe frôla la catastrophe : les Suisses avaient, en effet, durci leur politique et refoulèrent les adolescents de plus de 16 ans, heureusement sans les remettre aux Allemands. Ils passèrent ultérieurement, munis de faux papiers qui les rajeunissaient.À partir du 11 septembre 1943, la présence des Allemands dans les départements savoyards, occupés jusque là par les Italiens, rendit les opérations de sauvetage vers la Suisse plus périlleuses. Puis à cause des bombardements alliés des voies ferrées, les passages furent interrompus.
Pour terminer, Georges Loinger rend hommage à l’expérience, au dévouement, au courage et à la générosité de ces hommes et de ces femmes qui contribuèrent avec succès au sauvetage des enfants.

Une personne de la salle, Madame Ida Krongelb, née Rozanski, parle de son passage clandestin en Suisse. Elle avait 13 ans et demi. Elle a été placée dans une famille suisse allemande dont elle garde un bon souvenir. Son passage a été organisé par l’O.S.E. IL s’est effectué dans les mêmes conditions que celles décrites par Georges Loinger
Prise en charge à Limoges, elle a transité par Lyon et a franchi la frontière la nuit, à Annemasse. Elle sera de retour en France dès les premiers jours de la Libération.

NOTES :

- Le chef de la police Heinrich Rothmund a demandé aux Allemands de mettre un signe distinctif sur les passeports des juifs, un J dans un cercle.

- L’article 9 de l’arrêté fédéral du 7 octobre 1939 prévoit l’expulsion par la force de tous les réfugiés entrant illégalement sur le territoire. C’est à dire sans visa.

- Durant l’hiver 1942-1943 le verrouillage des frontières fut complet. Les Juifs ne sont pas considérés comme des réfugiés politiques. "Das Boot ist voll" (le bateau est plein).

- tous les réfugiés de plus de seize ans doivent être refoulés

 BETTY SAVILLE

D’après certains historiens, dont Serge Klarsfeld, en 1941, 70.000 enfants juifs de moins de 16 ans vivaient en France. Serge Klarsfeld a établi ces chiffres à partir des statistiques qui ont été faites en zone occupée en 1941 et en 1942 dans la zone sud, dite libre.
Ces chiffres sont importants, puisque comme l’a dit Sabine Zeitoun, les organisations juives et non juives ont caché plus de 10000 enfants. Globalement, on peut admettre que quelque 45000 enfants ont été sauvés par des familles d’accueil trouvées par les parents ou avec leurs parents eux-mêmes, qui avaient compris qu’il fallait cacher d’abord les enfants.
Mon sujet concerne les camps du sud de la France. Les premiers ont été créés, en 1938, dans le sud de la France, pour les républicains espagnols ; ceux des Brigades Internationales et pour les Tsiganes. Tous arrivaient en famille. Immédiatement après, au début de la guerre, on y interna les étrangers immigrés venus des pays en guerre avec la France. On les appelait les "indésirables". C’était des gens opposés au nazisme, des Allemands, des Autrichiens, des Tchèques, non juifs ou juifs.

Le Statut des Juifs, promulgué par le gouvernement de Vichy, recommandait aux préfets de la zone libre d’interner, d’ "héberger" disait-on, les étrangers. Ces étrangers étaient nombreux. Venus en France en catastrophe avec l’exode provoqué par l’avance allemande, ils furent pris au piège au moment de l’Armistice ; les préfets avaient tout pouvoir pour les interner.
Nous avons parmi nous aujourd’hui, une enfant cachée arrivée d’Allemagne par la Belgique : elle fut l’une des premières internées en France, d’abord au Camp de Saint-Cyprien puis ensuite au Camp de Gurs. Vous pourrez lui poser des questions. Laure Schindler-Lévine a écrit un livre L’impossible au revoir qui est sans doute l’un des livres les plus profonds que l’on ait pu lire sur le parcours d’un enfant caché.
Dans tous ces camps, à partir du 24 octobre 1940, sont arrivés les Juifs de Bade et du Palatinat : il y en eut 6500. Une organisation humanitaire travaillait déjà dans les camps : il s’agissait de la CIMADE [Comité inter mouvements auprès des évacués] d’obédience protestante. Cette organisation avait été créée pour aider les évacués d’Alsace et de Lorraine. Pour pouvoir pénétrer dans les camps d’internement, deux femmes admirables, Madeleine Barot et Jeanne d’Aubigné ont eu l’idée de se déclarer assistantes sociales. Après elles, se sont engouffrés tous les autres organismes : L’O.S.E., les Eclaireurs Israélites de France (EIF), les Quakers, le Secours Suisse aux enfants, que l’on oublie souvent et qui possédait huit maisons d’enfants en zone libre. Il y avait aussi des organisations américaines Young Men Christian Association (YMCA) : c’était de jeunes hommes chrétiens qui s’occupaient plus particulièrement des adolescents. Une association regroupant trois organismes américains a également pénétré dans les camps d’internement, celui de Rivesaltes en particulier.
Il faut savoir que durant toute la période d’existence de la zone libre, les camps y furent très nombreux. Citons, les camps du Vernet, de Noé, de Recebedou, des Mille, d’Argelès, etc. Tous reçurent des enfants. Mais les principales actions de sauvetage des enfants eurent lieu à Gurs et à Rivesaltes.
Dans l’impossibilité de les faire libérer, toutes les organisations de sauvetage ont tenté d’apporter une amélioration aux conditions de vie des détenus. Les organisations américaines gênaient le gouvernement de Vichy, par les informations qu’elles transmettaient aux Etats-Unis, sur la situation épouvantable des gens dans les divers camps. Les baraques d’habitation laissaient passer la pluie, le vent, le froid ; la nourriture manquait, la dysenterie était toujours présente comme les poux, les punaises, les rats. Par exemple, à Gurs, lorsque les Juifs du Palatinat arrivèrent, rien n’était prévu pour recevoir les femmes, les vieillards et les enfants (300 en octobre 1940).
Les organisations humanitaires dans l’improvisation, ont soulagé, aidé, essayé de donner le maximum de nourriture, de vivres, pour atténuer le dénuement le plus complet.
Je vous recommande le livre d’une Suissesse, Friedel Bohny-Reiter qui a écrit un journal récemment publié : Le journal de Rivesaltes, 1941-1942. Elle s’occupait particulièrement des nourrissons qui étaient souvent malades de dysenterie. Vichy finit par accepter de laisser sortir des enfants des camps, mais souvent les parents refusaient qu’on les confie à des familles d’accueil. Il faut souligner le cas d’une assistante sociale, Madame Lambert, qui eut l’idée de demander et obtint que les parents accompagnés par des gendarmes puissent rendre visite à leurs enfants. Ces derniers ne reconnaissaient plus leurs parents et ne comprenaient plus leur langue maternelle, à savoir l’allemand : quel choc pour les parents !

Dans les Camps de Gurs et de Rivesaltes, les réfugiés espagnols étaient dans des îlots particuliers avec leurs familles ; tandis que chez les Juifs, les hommes étaient séparés des femmes. Les enfants, jusqu’à l’âge de 12 ans, restaient avec leur mère ; ensuite, les garçons intégraient la partie réservée aux hommes. Leur détresse était grande lorsqu’ils n’avaient pas leur père qui assurait une protection suffisante, y compris pour leur permettre d’obtenir leurs rations de nourriture. Les enfants mouraient de faim, fouillaient les poubelles.

Toutes les organisations avaient préparé des lieux pour recevoir les enfants à leur sortie du camp. L’O.S.E., par exemple, possédait des maisons dans la Vienne et la Creuse, les Quakers étaient à Aspet. La CIMADE et le Secours Suisse avaient le Chambon-sur-Lignon, des lieux en Ariège et dans les Alpes et d’autres comme le Château de la Hille En cet endroit, il y eut des arrestations qui furent, semble-t-il, les seules qui aient eu lieu.
Que s’est - il passé le 26 août 1942 ? Tous les adolescents ont été arrêtés et envoyés au Camp du Vernet qui était un camp de répression. Monsieur Dubois, le directeur du château, est allé à Vichy et a fait du chantage à Laval : "Si vous ne libérez pas les jeunes, nous ne prendrons plus de convalescents allemands en Suisse et dans nos maisons". A la suite de l’entrevue, les enfants ont été libérés et passèrent clandestinement en Suisse avec l’aide de passeurs, dont beaucoup furent des résistants.
Il y eut également un sauvetage œcuménique spectaculaire, celui de Vénissieux. Après l’arrestation d’environ 1200 Juifs qui arrivèrent au centre de triage de Vénissieux - dont une centaine d’enfants et d’adolescents - l’abbé Glasberg, fondateur des Amitiés Chrétiennes, ainsi que d’autres organismes - la CIMADE, les EIF, l’UJRE - ont fait en sorte de libérer les enfants durant toute la nuit, en y incluant de nombreux jeunes de plus de 16 ans malgré l’interdiction de Vichy. Ils ont convaincu les parents de se séparer des enfants qui ont été dispersés dans des pensions, des couvents, des familles.
Rappelons que les Allemands n’avaient pas prévu de déporter les enfants, mais que Laval l’avait demandé et obtenu, y compris pour les enfants de moins de 2 ans.
Revenons en arrière : en 1941, dans le camp de Rivesaltes, il y avait 3000 enfants. Lors des déportations de Gurs et de Rivesaltes, en août 1942, il ne restait pratiquement pas d’enfants au départ des trois premiers convois en direction de Drancy. Ces trois premiers convois eurent lieu le 5 et le 9 août.

Après les rafles du 26 août 1942, les camps se sont remplis à nouveau. En zone sud, la plupart des camps ont été fermés en 1943. Quasiment la totalité des enfants de cette zone a été sauvée par les différentes organisations humanitaires précitées.
On remarquera qu’il n’y avait pas d’organisation catholique. Le premier prélat qui s’en est préoccupé est Monseigneur Saliège. Pour son information, il envoya sur place son bras droit, Germaine Ribière, au camp de Recebedou en mai 1942. Cela explique l’arrivée tardive des Amitiés Chrétiennes dans les Camps (juin 1942). Ensuite, l’abbé Glasberg avec les Amitiés Chrétiennes put cacher, en accord avec l’O.S.E., des enfants à Vic-sur-Seille et cela officiellement, évitant toute déportation. Ce ne fut pas le cas des maisons de la Creuse où il y eut des internements et des déportations des enfants de certaines maisons de l’O.S.E.. Ce fut également le cas à Palavas-les-Flots et à Lisieux.
Le traumatisme des enfants était toujours immense. Madame Lambert raconte qu’un jour, faisant sortir du camp un enfant de 3 ans qui avait séjourné près de deux ans dans des baraques, et n’avait connu que cela, ce dernier s’écria en allemand en voyant un escalier dans une maison : "Quelle belle baraque ! "

En zone occupée, il y eut aussi des organismes qui firent des sauvetages d’enfants ; l’OSE, les EIF, le Comité de la rue Amelot ou la Mère et l’Enfant, qui plaçaient les enfants dans les milieux ruraux. On doit souligner ici, le silence de tous ceux qui connaissaient l’identité de ces enfants juifs et qui maintinrent un mur de silence absolu malgré l’impossibilité dans laquelle se sont parfois trouvées, les assistantes sociales, de passer pour régler les pensions.
Les enseignants se turent également, même s’ils devaient déclarer les enfants juifs ; généralement ils ne le firent pas.
La recherche de lieux pour cacher des enfants obligeait à de constants stratagèmes. Un éclaireur israélite raconte qu’il se déguisait en parfait "collabo", portant des bottes, une canadienne, une serviette et circulait avec un vélomoteur. Il mettait des annonces en Auvergne, dans un journal ayant une tendance proche de Laval, du style "prisonnier de guerre, veuf, cherche à placer une petite fille de 4 ans ou un garçon de 6 ans... ". Les réponses étaient nombreuses. Alors, il allait dans le village et prenait contact d’abord avec le Maire, pour connaître ses opinions, puis allait voir le curé. Tout cela permettait de se forger un avis général et particulier sur la famille qui lui semblait convenir.

En se présentant à la famille, il n’était plus ancien prisonnier, mais celui qui voulait éviter le Service du Travail Obligatoire (STO). Après avoir discuté avec la famille, s’il le jugeait possible, il disait ce qu’il en était réellement en exposant les risques courus. Si la réussite était au rendez-vous, c’était le point de départ : la famille indiquait d’autres adresses pour d’autres enfants à camoufler.

QUESTIONS :

Q : Qu’a-t-on pu faire pour les enfants qui étaient internés à Beaune-la-Rolande ?
R : Des sauvetages ont eu lieu par l’intermédiaire des maisons de l’UGIF, il y eut les malades contagieux dirigés vers l’hôpital, et ceux qui furent ramenés vers les maisons de l’UGIF. Les responsables parvinrent ainsi à en récupérer lorsque les contingents de déportation étaient complets. (Je ne peux développer ici, faute de temps, cette question bien compliquée).

NOTES
. AFSC : American friends service commitee. (Quakers).
. CIMADE : Comité inter-mouvements auprès des évacués.
. JOINT : American jewish joint distribution commitee.
. EIF : Eclaireurs israélites de France.
. OSE : Oeuvre de secours aux enfants, réseau de sauvetage d’enfants juifs.
. SSE : Secours suisse aux enfants.
. UGIF : Union générale des israélites de France.
. USC : United States Commitee pour le secours aux enfants.
. UJRE, Union des Juifs pour la Résistance et l’entraide.
http://www.mrj-moi.com/allocution.html

 DOMINIQUE LAURY

( auteur d’Un hiver à voix basse)
Puisque nous sommes dans un lycée, et sans vouloir jouer sur la corde émotive, je tiens à dire que si je suis ici, c’est grâce à un homme exceptionnel, mon instituteur qui m’a sauvé de bien des situations difficiles.
Toute expérience d’un enfant caché, qu’elle soit douloureuse ou sans grande turbulence, le marque et le suit tout au long de sa vie. On ne peut oublier cette situation d’apparence paradoxale, au sens philosophique du terme, au même titre que Primo Levi se posait la question "pourquoi ? ", sans pouvoir apporter de réponse.
Au même titre, un enfant de dix ans se disait : "Mais pourquoi ai-je besoin de me cacher" ? Je ne comprenais pas. Je n’étais ni plus, ni moins malin que les autres. Je partageais cette expérience avec un copain juif de mon âge et nous nous disions : "Nous avons dû faire quelque chose de mal pour que les Allemands veuillent nous tuer et que les Français nous détestent. Pourquoi ma mère doit-elle obligatoirement, à Paris, faire ses achats dans les deux heures autorisées aux Juifs. Pourquoi doit-on porter une étoile juive ? Cela signifie quoi ? Pourquoi les autres copains de l’école ne portent-ils pas de signes distinctifs ? "
Voilà les questions que se posaient des enfants qui ont eu 10, 11, 12 ou 13 ans en 1942. Rien d’autre ne nous préoccupait autant. Il est vrai que l’on était un peu insouciant, on ne connaissait pas les Camps, les déportations, Auschwitz, ni même Drancy ou Beaune-la-Rolande ; nous l’avons su un peu après. Nous étions poursuivis par ces interrogations.
Au cours de la rafle du 16 juillet 1942, ma mère a été arrêtée ; mon père était alors prisonnier de guerre. Par une bizarrerie de l’histoire peu connue, les femmes de prisonniers de guerre, ce même jour, le 16 juillet, ont été relâchées. Après cette rafle monstre, nous avions le sentiment d’être seuls à Paris à porter l’étoile jaune. C’est alors que ma mère a décidé de se cacher, dans Paris même ; quant à moi j’ai été envoyé chez une nourrice, sans l’intermédiaire d’organisations juives.
Ma mère voulait que je sois placé dans une famille bien française ; c’est d’ailleurs le titre du premier paragraphe du livre que j’ai écrit, et qui rend hommage à mon instituteur.
Le destin m’a ainsi placé dans une famille effectivement bien française : ma nourrice n’était pas "collabo ", ce serait excessif, mais elle n’aimait pas les Juifs, "sans pour autant être antisémite ", disait-elle. Son mari était résistant et écoutait tous les soirs radio Londres ; quant aux deux filles de la maison, l’une détestait les Juifs, l’autre ne s’en préoccupait pas. Lorsque j’ai vu ma mère, - car j’allais tous les mois chercher l’enveloppe pour payer ma nourrice - elle m’a demandé : " Es-tu tombé dans une famille bien française ? C’est tout à fait ça, lui ai-je répondu ". Avec le recul du temps, je pense que cette famille symbolisait bien la France de l’époque de l’occupation ; c’est-à-dire des "collabos ou semi-collabos ", des gens qui profitaient d’une situation pour gagner de l’argent avec les Juifs, ou étaient des résistants, des Gaullistes, ou encore des antisémites qui détestaient les Juifs sans savoir pourquoi. Enfin, quelques-uns ont joué un rôle important comme mon instituteur.

J’ai ainsi passé deux années à Norancy. Ce nom de village n’existe pas, c’est une pure invention, parce que je suis si sévère pour des membres de cette famille que je ne souhaitais pas que ses enfants et petits-enfants soient touchés par les comportements de leurs parents. Pour cette raison, j’ai choisi des pseudonymes, sauf pour moi qui ai mis mon véritable nom : Dominique Laury est mon pseudonyme de journaliste !

C’est l’histoire du petit Marcel qui arrive, complètement perdu, dans ce village. J’étais issu d’une famille profondément juive, d’origine polonaise, où l’on parlait à peine le français. J’étais malheureux à l’idée de vivre dans une famille qui m’était totalement étrangère. Le lendemain de mon arrivée, je suis allé en classe et mon instituteur m’a dit : " Tu vas d’abord t’arranger et te couper les cheveux pour avoir l’air d’un bon petit Français. Tu ne diras à personne que tu es Juif et si tu as le moindre problème, tu viendras me voir. "

Une petite anecdote : ma mère, en me quittant, m’avait bourré de chocolat, et lorsque le premier soir, autour de la table, Madame Samin distribua du "rab" comme on disait, tous en prirent, sauf moi, prétextant que je n’avais pas faim. Je vis alors Mme Samin se tourner vers son mari et lui dire : " Au moins celui-là ne nous coûtera pas trop cher ". Comme je lisais ’Les Misérables de Victor Hugo, j’appelais Mme Samin "la Thénardier ". Ce nom fit le tour du village durant deux ans, et son mari avec lequel j’étais en connivence, me dit un soir, où nous écoutions ensemble, dans la cave, la radio anglaise : " Avec ma femme, tu exagères de l’appeler la Thénardier ".

Dans cette famille, il y avait également une femme de ménage juive qui travaillait en véritable esclave. Elle était là avec sa petite fille de deux ans qui avait la mauvaise fortune d’être incontinente. Un jour, la fille de la maison dit à l’enfant : "Si tu continues, je te barbouille avec tes excréments ", ce qui fut fait et entraîna la colère de M. Samin envers sa fille qui rétorqua : - "Tu défends les Juifs maintenant ? - Et toi, tu prends bien leur argent, alors respecte-les ". Voilà, tracé à grands traits, le portrait de la famille dans laquelle je me trouvais.

Une autre anecdote qui illustre mon parcours. Un jour à l’école, intrigué par ma mauvaise mine, la femme de mon instituteur me demanda ce que j’avais. Ne sachant que répondre et humant une odeur de cuisine, je finis par lui avouer que j’avais faim. A partir de ce moment, je puis assurer, que pendant un an et demi ou deux, je pris chaque jour un deuxième repas chez mon instituteur.

Ce n’était pas pour moi un simple déjeuner, mais un moment d’éducation : j’avais l’instituteur rien que pour moi. Il m’a fait aimer la lecture, la poésie. Un jour, je lui dis : " Je veux faire de la résistance. Mais tu en fais, me dit-il, en tant qu’enfant juif qui veut passer son certificat d’études à la barbe des miliciens et des Allemands. Tu es un résistant."

Ce village était très à l’abri de la guerre. Un jour, deux camions allemands s’arrêtèrent sur la place. Ils venaient chercher de la bière. Mon instituteur, inquiet, avait immédiatement fait mettre une échelle contre le mur de l’école afin que les deux enfants juifs, que nous étions, puissent, si besoin, s’échapper dans la forêt et attendre l’instituteur sur place.
Une autre fois, allant à la messe, je suis devenu parrain d’une petite fille. Disant au prêtre que je ne pouvais être parrain puisque j’étais juif, celui-ci me dit : " Ici tu n’es pas un enfant juif ; ici, tu es un enfant comme les autres". La famille Samin, qui avait adopté un enfant de prostituée, s’était mise en tête de le baptiser. Comme personne ne voulait en être le parrain, je suis ainsi devenu le parrain d’une fille de prostituée.
Tout cela pour dire que mon livre Un hiver à voix basse est dédié à mon instituteur, maintenant décédé depuis cinq ans. Je l’ai écrit depuis, profitant de ma retraite. J’ai pensé qu’il était temps de rendre hommage à cet homme exceptionnel et de participer très modestement, par mon témoignage, au devoir de mémoire.

Henry BULAWKO, Président de l’Amicale d’Auschwitz Résistant- Déporté
Ce n’est pas facile de conclure après avoir entendu tous les orateurs de ce soir qui sont également mes amis.
J’ai suivi les recherches de Sabine Zeitoun lorsqu’elle effectuait son travail sur l’O.S.E. Elle est devenue depuis une historienne de référence et la directrice du Musée de Lyon, l’un des plus actifs pour la recherche historique.
Je connais aussi Georges Loinger. Ce qu’il a dit aujourd’hui, je l’ai appris comme vous, n’étant pas en Zone sud pendant cette période. La France s’est prêtée à une action de sauvetage dont on ne trouve pas son pareil dans d’autres pays. C’est bien d’avoir marqué ce caractère particulier qui a permis, avec toutes les difficultés et aléas que l’on sait, de sauver autant d’enfants juifs.
Dominique Laury est un professionnel de la parole qui non seulement a rapporté son témoignage mais l’a fait avec le recul qui s’impose.
Avec Betty Saville, nous avons été pris sous le charme, et puis, pour moi, elle a rappelé le Centre Amelot.
En ce lieu, nous étions les premiers en automne 1940 à commencer un travail d’entraide et de solidarité, d’ailleurs avec de l’argent qui venait de Suisse par l’intermédiaire d’une personne de la Croix Rouge. Notre travail de sauvetage des enfants commença avec les premières arrestations, notamment celle de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Nous utilisions des passeurs pour faire traverser la frontière suisse, souvent avec bonheur, mais aussi parfois avec des arrestations par les Allemands, sur dénonciation.
Nous faisions beaucoup de faux papiers : c’était d’ailleurs mon rôle essentiel, avec des lieux de naissance dans des villages alsaciens. Le "planquage d’enfants" fut bien sûr essentiel, nous le faisions avec des femmes de camarades non juives.
Le "Centre Amelot" a été désigné ainsi après la guerre, car il se trouvait au 36 rue Amelot, dans le XIème, c’était la colonie scolaire.
Nous fûmes aussi témoins de la rafle du 20 août 1941, qui vit apparaître, dans le vécu juif, le Camp de Drancy devenu l’antichambre de la mort. Au bout de quelques mois, on en libéra un certain nombre de crainte d’épidémie (rien n’était prévu pour les accueillir ).
Cette rafle, suivant celle qui remplit les Camps du Loiret, Pithiviers et Beaune-la-Rolande (14 mai 1941) fut le signal de la nécessité non seulement d’aider les Juifs sans ressources, mais de chercher pour eux des planques et d’en aider beaucoup à passer en Zone sud.
En 1942, j’étais arrêté, peu après ce fut le tour du directeur, David Rapoport, mort à Buna-Monowitz ( Auschwitz III), qui fut un héros de la Résistance au plein sens du terme.
Le temps est venu de conclure une suite passionnante, bouleversante de témoignages.

J’insisterai (on l’a fait) sur le problème cruel posé à la mère juive appelée à se séparer de son enfant, dont elle devait ignorer le lieu où il se trouvait caché. Il ne fallait surtout pas qu’elle le cherche pour lui rendre visite. Les mères eurent le courage, nombre d’entre elles ne sont plus ; mais leurs enfants ont été sauvés. Heureux ceux qui retrouvèrent leur mère.
Une anecdote illustre le regard posé par le Français moyen sur le Juif, objet de campagne de rejet et de haine.
Une "assistante" (une résistante, en fait ) avait emmené un petit garçon de 7 ans chez un paysan breton qui avait accepté de le prendre en pension. Quand il vit le gosse qu’on lui amenait, il demanda :
". Quel âge a-t-il ?
. Sept ans, répondit l’accompagnatrice
. Quoi, fit le brave paysan, 7 ans et déjà Juif !"

 BIBLIOGRAPHIE

BOUSSINOT ROGER, Les guichets du Louvre, Gallimard, 1980

— Des enfants dans les arbres, Robert Laffont, 1985
BRAUNSCHWEIG MARYVONNE, GIDEL BERNARD, Les Déportés d’Avon, enquête autour du film de Louis Malle, Au revoir les enfants, La Découverte, 1989
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JOUTARD PHILIPPE, Terre de refuge, 1940-1944, Cévennes, Presses du Languedoc, 1987
KLEIN-LIEBER, LILIANE, Journal de Rivesaltes, Zoé, 1993
LAURY DOMINIQUE, Un hiver à voix basse, Calman Lévy 1998
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MULLER Annette, la petite fille du Vél’ d’Hiv’, Editions Cercil, 2009
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ZEITOUN SABINE, L’œuvre de secours aux enfants, L’Harmattan, 1990
ZEITOUN SABINE,Ces enfants qu’il fallait sauver, Albin Michel, 1989
ZEITOUN SABINE, L’Histoire de l’OSE, de la Russie tsariste à l’Occupation en France, L’Harmattan, 2012.

FILMOGRAPHIE

BERRI CLAUDE, Le vieil homme et l’enfant, 1966 (un petit garçon juif à la campagne, chez des chrétiens)
CARASSO Jean Gabriel, Nous étions des enfants :
http://www.editions-attribut.fr/IMG/pdf/DOSSIER_DVD_CARASSO-2.pdf
Dix DVD :
http://www.nousetionsdesenfants.com/
BOBER Robert, La Génération d’après, « Les femmes aussi » d’Eliane Victor, 1971.
BOSCH Roselyne, La Rafle, 2010, 115 min.
DOILLON JACQUES, Un sac de billes, 1975 (dans la zone occupée par les Italiens)
DRACH MICHEL, Les violons du bal, 1973 (le passage de la frontière suisse)
ESKENAZI Frank, LÉVY-KUENTZ François, Les enfants de la nuit, The Factory Productions, avec la participation de Monique Itic, Max Kohn, Marc Perelman, Sylvia Simon, Ghislaine Spitzer, Dominique Vidal, Jean-Jacques Zylbermann, 2014, 54 min.
HOLLAND AGNIESZKA, Europa, Europa, 1990 (d’après le témoignage de Sally Perel, un jeune juif dans les Jeunesses hitlériennes)
KAPTUR Michel, Le Sauvetage des enfants, 1938-1945, documentaire 2011
LILIENTHAL PETER, David, 1979 (un garçon juif traqué en Allemagne)
LOSEY Joseph, Monsieur Klein, 1976 (un marchand d’art raflé, pris pour un juif)
http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/Mire/teledoc_monsieurklein.pdf
MITRANI MICHEL, Les guichets du Louvre, 1974 (sur la rafle du Vél’ d’Hiv’)
MULLER Samuel, Un voyage pas comme les autres, 2011, 71 min.
Enfant, Michel Muller a été arrêté avec sa mère et sa soeur Annette lors de la Rafle du Vél’ d’Hiv’ en juillet 1942.
http://www.dailymotion.com/video/xgney1_un-voyage-pas-comme-les-autres-un-film-de-samuel-muller_webcam
STEVENS GEORGE, Le journal d’Anne Frank, 1959
Les garçons Ramponeau de Patrice SPADONI, 2007, avec Etienne Raczymow. Jacob Szmulewicz. Gaston Largeault Canal Marches, 122 rue des Couronnes, 75020, Paris

- SITES INTERNET
Marianne Cohn :
http://finkelstein.free.fr/shoah/marianne-cohn.html
Si tu parles Marianne, Bruno Doucey
Madeleine Dreyfus :
http://www.ose-france.org/wp-content/uploads/2013/05/Dreyfus-Madeleine.pdf
Rachel Jedinak, enfant cachée :
http://clioweb.canalblog.com/archiv...
Daniel Letouzey : http://aphgcaen.free.fr/cercle.htm, les textes du Cercle d’étude
Dominique Natanson : http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/shoah.htm , des documents personnels
Evelyne Py :http://www.memoire-net.org le concours résistance et des travaux d’élèves
Conférence du 19 mai 1999.
En coopération avec le Ministère de l’Éducation Nationale, l’ Amicale des Déportés d’Auschwitz, 73 avenue Parmentier, 75011 Paris, l’APHG, 98-100 rue Montmartre, 75002 Paris
Lycée Edgar Quinet, 63 rue des Martyrs, 75009 Paris
Petit Cahier n°6 - Conférence du 19 mai 1999 : - Le sauvetage des enfants pendant la seconde guerre mondiale : Dominique Laury, Georges Loinger, Betty Saville, Sabine Zeitoun.

Carte des enfants juifs arrêtés à Paris :
http://www.liberation.fr/societe/2012/09/28/les-arrestations-des-enfants-juifs-a-paris-sous-un-jour-nouveau_849302

N.M.