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Germaine Ribière (1917-1999), résistante catholique, Juste - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Germaine Ribière (1917-1999), résistante catholique, Juste

article de Marie-Paule Hervieu
mardi 26 mars 2019

Article suite à la conférence organisée par le Cercle d’étude, le mardi 12 mars 2019, au lycée Buffon.

Germaine Ribière (1917-1999), une jeune résistante catholique, Juste parmi les nations. [1]

Au terme d’un travail approfondi dans de multiples dépôts d’archives, et bénéficiant de quelques témoignages inédits, Claude Penin a présenté une biographie de Germaine Ribière, résistante méconnue, voire oubliée [2], dans une conférence organisée par le Cercle d’étude, le mardi 12 mars 2019, au lycée Buffon. Ce fut pourtant une jeune femme d’exception, par son engagement, dès 1941, dans la résistance civile. Elle est aussi très représentative du mouvement « Témoignage chrétien », de sa presse clandestine qu’elle diffusa, qui compta dans ses rangs 24% de femmes et 54% de moins de trente ans, d’après Renée Bédarida [3], ayant choisi ce que l’on appelle la résistance spirituelle.

Refusant les conséquences de la législation antisémite du gouvernement de Vichy, et la politique de collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie, elle appartient d’abord à la Jeunesse Étudiante Chrétienne (JEC), comme son amie Hélène Durand, et c’est par conviction religieuse qu’elle devient une résistante active, « infatigable ». Alors qu’elle avait entrepris des études de philosophie, avertie des nouvelles formes de persécutions antisémites par les autorités allemandes d’occupation, elle s’engage, avec son propre réseau de Jécistes, d’abord dans l’Amitié chrétienne fondée par le Jésuite Pierre Chaillet, et l’abbé Glasberg, en novembre 1941, à Lyon, puis dans le le mouvement Combat d’Henri Fresnay.

Amitié chrétienne est, d’après Denis Peschanski [4], une organisation créée fin 1941, par « des groupes de chrétiens (catholiques et protestants) de la région lyonnaise, résolus à travailler en liaison étroite, avec les œuvres juives d’entraide », c’est-à-dire essentiellement l’OSE (Œuvre de secours aux enfants, puis le réseau Garel à partir de janvier 1943) et les EIF (Éclaireurs israélites de France, la Sixième), en produisant des faux papiers pour les familles juives qui sollicitaient ce service d’entraide et « en créant une filière clandestine de camouflage, d’hébergement et de passage en Suisse » (et en Espagne) de Juifs menacés (5) et l’historien ajoute « sous la responsabilité de Germaine Ribière ». Ainsi a-t-elle caché, en février 1942, à Solignac (Haute-Vienne) Annette, la fille du Dr Gaston Lévy (OSE) et ses grands-parents, dans la maison de René Deville, un ami ingénieur à la SNCF, membre de Résistance-Fer, à 10 kilomètres de Limoges. Elle s’est aussi rendue dès mai 1942, auprès de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui rédigea une lettre diocésaine lue en chaire le dimanche 30 août 1942, dénonçant les persécutions contre les familles juives [5]. Pour être informée, elle avait réussi à pénétrer, clandestinement (?), dans le camp de Récébédou (Haute-Garonne).

Elle fut aussi engagée, comme agent de liaison, dans le mouvement Combat, dans lequel s’était opéré au printemps 1941, la jonction entre l’officier H. Fresnay, son principal dirigeant et P. Chaillet, ce dernier écrit alors dans Petites Ailes de France et Vérités. Elle a peut être travaillé avec Berty Albrecht, alter ego d’H. Fresnay, « féministe et antifasciste », qui a créé un service social gérant des assistantes sociales improvisées. Ce fut l’ amorce de ce qui est devenu, en 1944, le COSOR, le Comité des œuvres sociales des organisations de résistance, c’est-à-dire les MUR, les Mouvements unis de Résistance. Berty Albrecht est une des six femmes Compagnons de la libération. Germaine Ribière, se faisant passer pour une assistante sociale du Secours national de Limoges, avec la complicité de Renée Lévy et de l’infirmière de la pouponnière de l’OSE, parvint à accompagner jusqu’à Vierzon (Cher), le train de transfert à Drancy, précédant la déportation, des internés du camp de Nexon ( Haute Vienne), le 29 août 1942.

D’où procèdent ses multiples engagements, en relation avec des groupes d’amitié se situant à Limoges, Lyon(en zone non occupée jusqu’au 11 novembre 1942), Poitiers et Paris, en zone occupée, déterminant de multiples voyages en train (d’où la représentation de la gare de Limoges sur un des trois visuels précédant la sortie du timbre poste, émis à son effigie et à son nom en 2017) et des passages incessants de la ligne de démarcation ? D’abord de son éducation familiale et des valeurs humanistes transmises par son père, Léon Ribière, décorateur sur porcelaine, qui l’avait « mise en vigie », dès 1933, sur l’incompatibilité entre le caractère raciste, antisémite, et païen, de l’idéologie nazie et sa foi chrétienne, père qu’elle perdit en 1937, elle avait alors 20 ans. Puis des informations transmises par des Juifs persécutés, d’origine allemande, dès 1933, réfugiés autrichiens, en 1938, puis français repliés d’Alsace-Moselle ou chassés par l’annexion des trois départements par le Troisième Reich, arrivés en Limousin et en Poitou, dès 1939 jusqu’à l’été 40. Certains perdant leur nationalité française, du fait de la politique de dénaturalisation du régime de Vichy qui se met en place en juillet 1940. Enfin de sa relation privilégiée avec le groupe dit de Fourvière des théologiens jésuites (Pierre Chaillet, Yves de Montcheuil, Henri de Lubac), fondateurs de Témoignage Chrétien, de ses Cahiers clandestins, le père Gaston Fessard étant le rédacteur anonyme du premier numéro paru en novembre 1941, à Lyon, sous le titre « France, prends garde de perdre ton âme ! ».

Après guerre, toujours très soucieuse d’un lien entre Chrétiens et Juifs religieux, elle resta la personne de confiance d’une fraction de l’épiscopat français, le cardinal Gerlier, mais aussi celle du Grand rabbin, Joseph (Jacob) Kaplan, chargée de permettre le règlement de l’Affaire Finaly en 1953 [6]. Il s’agissait de deux enfants Robert et Gérald Finaly, nés en 1941 et 1942, confiés par leurs parents à la pouponnière de Meylan(Isère), des parents juifs arrêtés, déportés et assassinés en 1944. Orphelins baptisés en 1948, ils ont subi ce que l’historienne Katy Hazan [7] appelle « L’affaire Finaly ou « la croix des Juifs », soit a minima : « les manœuvres folles et perverses » d’Antoinette Brun, directrice de la pouponnière, et tutrice provisoire des deux garçons, aidée de la mère Antonine, de la Congrégation Notre Dame de Sion. Elles refusèrent, et elles ne furent pas seules, au mépris de la légalité, de rendre les enfants à leur famille, à leur tante et tutrice, Hedwige Finaly-Rosner, allant jusqu’à organiser un rapt d’enfants. G. Ribière a donc œuvré au retour à la raison, au droit et à la morale, dans une conjoncture d’après guerre caractérisée par le retour des passions.

Toujours attachée à la cause des enfants, elle fut chercheure en neurobiologie et anthropologie, travaillant sur une pédagogie adaptée à des petits ayant des difficultés d’apprentissage de la langue, expérimentée dans l’ école Montessori de Rennes. Elle a aussi, dès 1944, avec Yves Farge, commissaire de la République, fait ouvrir des lieux d’hébergement, y compris des hôtels, et en faisant intervenir des instituteurs détachés de l’Éducation nationale (in K. Hazan, page 74) .
Outre la Croix de guerre en 1947, la Légion d’honneur, en 1956, G. Ribière est titulaire du titre de Juste parmi les nations depuis 1967.

Marie-Paule Hervieu, mars 2019

Germaine Ribière (1917-1999)

[1Cet article a été rédigé suite à des notes prises en conférence, des lectures de livres d’historiens, des consultations de sites. Il a été relu et amendé par Claude Penin que je remercie pour l’intensité de son travail et le partage de ses informations.

[2Si Jacques Sémelin, dans son livre publié en 1998 : Sans armes face à Hitler. La résistance civile en Europe -1939-1945, ne la mentionne pas, elle est par contre citée dans un livre paru en 2017, de Robert Gidea Comment sont ils devenus résistants ?, Les Arènes, et, en 2018, dans «  Ces Chrétiens qui ont résisté à Hitler » Dominique Lormier, éditions Artège.

[3Renée Bédarida, Les Armes de l’Esprit, "Témoignage chrétien", 1941-1944, Éditions ouvrières, Albin Michel, 2001.

[4Denis Peschanski in « Dictionnaire historique de la résistance », article « Amitié chrétienne », page 164.

[5Sonia Wajsbrot, jeune femme juive, habitant Paris dont le mari fut interné à Beaune-la-Rolande en 1941, et déporté par le convoi 6 du 17 juillet 1942. Le 16 juillet, elle prit le train, avec deux accompagnateurs devenus Justes, et arriva en Zone non occupée à Limoges. C’est Germaine Ribière qui, par l’intermédiaire de la sœur d’E. Michelet, lui trouva un hébergement chez un couple d’épiciers, les Cipan, à Brive-la-Gaillarde, en Corrèze. Elle y resta deux ans, avant de rejoindre la Maison d’enfants de l’OSE, appelée Le Masgelier, dans la Creuse

[6voir son texte : « L’Affaire Finaly, ce que j’ai vécu »-CDJC-1998- 63 pages – dédié à J. Kaplan, avec pièces et photographies. Et le Petit Cahier du Cercle d’étude -2e série – N°18- « L’Église catholique et la persécution des Juifs pendant l’occupation en France »- Conférence de S. Bernay (2011) et témoignages, paru en 2013.

[7Katy Hazan, Les Orphelins de la Shoah. Les Maisons de l’espoir (1944-1946), Les Belles Lettres, 2000, pages 92-95.