Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Francine Christophe, une enfant dans le monde des camps

Fille de prisonnier de guerre, déportée à Bergen-Belsen
samedi 16 janvier 2021

Francine Christophe, née le 18 août 1933 à Paris, internée dans sept prisons et camps en France, de juillet 1942 à mai 1944, déportée à Bergen-Belsen le 2 mai 1944 avec sa mère Marcelle, âgée de 37 ans, de nationalité française.

  Sommaire  

 Chronologie

  • Francine Christophe, Dimanche 14 février 2021 à 15h

sur le site internet du mémorial et les pages Facebook et YouTube du Mémorial

Francine Christophe a publié plusieurs livres autour de son expérience de la guerre et des camps, notamment Une Petite Fille privilégiée. Elle présentera son dernier ouvrage L’Enfant des camps, paru en janvier 2021.

Les Rendez-vous de Drancy sont tous gratuits, sur réservation au 01 53 01 17 42 ou reservation@memorialdelashoah.org

Sept témoins rescapés  : (Elie Buzyn, Francine Christophe, Frania Haverland, Yvette Lévy, Victor Pérahia, Daniel Urbejtel et Julia Wallach) :
Ce que je veux transmettre. Témoignages  :
https://www.youtube.com/user/memorialdelashoah

- 18 août 1933 : naissance de Francine Christophe
Francine Christophe est issue d’une vieille famille bourgeoise française qui a compté des généraux, des médecins, des mathématiciens, des œnologues, des musiciens. Elle fait partie d’une famille non pratiquante, qui se sent française. Aussi, quelle a été leur stupeur devant ce qui va leur arriver.

Francine Christophe

24 juin 1940 : Robert Christophe, lieutenant de réserve, père de Francine : fait prisonnier à Clisson près de Nantes
10 juin 1940 : départ de Robert Christophe lieutenant de réserve, vers un Oflag [1], en Allemagne, interné dans l’Oflag XIII C à Nuremberg, dans l’ Oflag XVII A à Edelbach (Autriche) où eurent lieu des évasions et dans l’Oflag X C à Lübeck (camp de représailles).

26 juillet 1942 : Francine (8 ans et demi), et sa mère, arrêtées à la gare de La Rochefoucauld (Charente) en essayant de passer la ligne de démarcation. Elles sont enfermées à la salle des fêtes, avec une cinquantaine d’autres personnes. (4 jours)
30 juillet 1942 : prison d’Angoulême (4 jours)
3 août 1942 : camp d’internement de Poitiers (4 jours)
7 août 1942 : camp de Drancy (3 semaines)
La foule de Drancy est bruyante, atroce, bouge et crie. Francine voit arriver des enfants blessés, sales, hébétés, les frères et sœurs sont attachés au cou par des ficelles, les petits qui ne peuvent pas marcher sont portés par les grands, ces enfants qui arrivent à Drancy les enfants du Vél’ d’Hiv’. Ils ont de la souffrance en eux et ils vont partir pour Pitchipoï.
Le camp de Drancy, cité de la Muette, vu et vécu de l’intérieur
Drancy, Publication du cinquantième « Petit cahier » du Cercle
1er septembre 1942 : camp de Pithiviers (2 à 3 semaines)
24 septembre 1942 : camp de Beaune-la-Rolande (durée 9 mois)
21 juin 1943 : retour au camp de Drancy (durée 11 mois)

- 2 mai 1944 : déportées vers le camp de Bergen-Belsen (Francine : 10 ans et demi)
Elle a été déportée avec sa mère en mai 1944 avec d’autres femmes et enfants de prisonniers de guerre français, juifs. Ils ne vont pas à Auschwitz mais deviennent des « juifs d’échange » à Bergen-Belsen. Le père, officier prisonnier, a donné un statut spécial à sa femme et à sa fille qui sont non déportables selon la convention de Genève.

7 mai 1944 à début avril 1945 : camp de Bergen-Belsen (durée11 mois)
Bergen-Belsen, histoire du camp de concentration

- 8 avril 1945 : évacuation du camp de Bergen Belsen [2] et début d’une errance dans un train fantôme en Allemagne.
Le 10 avril 1945, cinq jours avant la libération du camp par l’armée britannique, les otages sont évacués par un convoi ferroviaire où ils endurent leur dernière épreuve. Plus question d’autre nourriture que l’herbe proche de la voie lorsque le train s’arrête ! Le trajet d’errance ne trouve son terme que le 23 avril près de la localité de Tröbitz sur l’Elbe, avec l’arrivée de l’avant-garde de l’armée soviétique, avançant à marche forcée vers Berlin.

- 23-avril 1945 :Libération par l’Armée rouge à Tröbitz, à 80 km au sud de Berlin
2 mai 1945 : Robert Christophe libéré dans l’Oflag de Lübeck par l’arrivée des Britanniques.
6 juin 1945 : Robert Christophe, ex-prisonnier de guerre dans un Oflag, retrouve sa fille et sa femme à Tröbitz

- 12 juin 1945 : Arrivée à l’hôtel Lutetia à Paris. (Francine Christophe : 11 ans et demi)

Francine Christophe et Yvonne Salamon
https://www.arte.tv/fr/videos/097407-105-A/28-minutes/

Le Cercle d’étude a publié de nombreux articles concernant Francine Christophe :
Juillet 1942 - Mai 1944, Une enfant dans les camps de Pétain par Francine Christophe
Les enfants juifs de prisonniers de guerre déportés à Bergen-Belsen en 1944
« Bergen-Belsen libéré, 15 avril 1945 » de Francine Christophe

 Le typhus

De fortes fièvres terrassent les déportés, un peu dans tous les enclos, et pénètrent dans notre baraque. La première atteinte est une belle jeune femme saine. Sa température monte à près de 41°. Nous la regardons avec inquiétude, bouillante et délirante. Elle parle à tort et à travers et s’agite tout le temps. Le bruit se répand que cette fièvre s’appelle TYPHUS !
Et le bruit se révèle exact. Le typhus fond sur nous. L’horrible maladie, complètement ignorée de nous toutes. Température à 41° ou plus, délire proche de la folie, et puis aveuglement et surdité temporaires, quelquefois définitifs.
Transmis par les poux de corps…Et pourtant, nous nous épouillons tous les matins. Quoi qu’il arrive, quel que soit le temps, nous inspectons tous nos vêtements, un à un. Les poux se logent surtout dans les coutures, au fond des poches, sous les cols, dans les coins noirs, en grappes serrées, ou en bandes allongées.
Et clac, et clac, entre les deux ongles des pouces, on les écrase. Trente seulement aujourd’hui, contre cinquante hier ! Et celui-là qui vient de m’échapper, je dois le rattraper. Ah ! le salopard, crie la voisine, il a sauté sur moi.
C’est leur piqûre qui nous introduit cette fièvre inhumaine. Les poux de tête aussi sont à tuer. Mes cheveux qu’on recoupe dès qu’ils repoussent ! Envahis par les oeufs des poux collés, clac clac clac, là aussi entre deux ongles.
Je vois tant de crânes rasés depuis des années que je rêve de longues chevelures. Quand je sens les ciseaux dans mes mèches, je tremble à l’idée d’être tondue. Je crois bien que devient une hantise.
Le typhus gagne. Une épidémie.
CHRISTOPHE Francine, Une petite fille privilégiée : une enfant dans le monde des camps : 1942-1945, rééd. Paris, Pocket, 2001, p. 126, 127

CHRISTOPHE Francine, Une petite fille privilégiée, Paris, L’Harmattan, 1996, (1ère éd., Orléans, Cercil, 1995, 84 p.), Une petite fille privilégiée. Une enfant dans le monde des camps 1942-1945, rééd. Paris, Pocket, 2001, 217 p.

CHRISTOPHE Francine, MARLIÈRE Pierre, L’enfant des camps, Grasset, 2021
( Yvonne Salamon, née à Bergen-Belsen.)
Francine Christophe et Yvonne Salamon
jeudi 21 janvier 2021 à 20h05 dans 28 min sur ARTE.
« Je suis née à Bergen-Belsen »
https://www.arte.tv/fr/videos/097407-105-A/28-minutes/

Bergen-Belsen, La mémoire meurtrie, Sydney Bernstein, film anglais, images 1945
Les enfants otages de Bergen-Belsen, film de Teri Wehn-Damisch, 53 min, 2013

NM

[1Oflag Offizier-Lager, camp pour les officiers prisonniers de guerre

[2Avril 1945 : des juifs d’échange du camp de l’Etoile, du camp des Hongrois, du camp des neutres et du camp spécial sont évacués par 3 trains pour Theresienstadt : l’un arrive le 21 avril à Theresienstadt,un autre arrive à Magdebourg le 14 avril, le troisième, « le transport perdu » arrive seulement le 23 avril près de Tröbitz, Saxe.