Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

L’Italie fasciste

dimanche 21 février 2021

 Le contexte

1915 : entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la Triple-Entente contre l’empire austro-hongrois.
1917 : défaite de Caporeto contre les Autrichiens.
Bilan :
600 000 morts, une économie affaiblie, des travailleurs luttent contre les possédants, occupations de terres en friche dans le Mezzogiorno, occupations d’usines au nord.
Le gouvernement, droite et PPI, laisse pourrir la situation. Le PS est dépassé (Gramsci), contre des promesses, les grévistes reprennent le travail.
Répression.

  • 1919 : Création des faisceaux [1] de combat par Mussolini.
    « Nous voulons » : 8 h de travail, impôt progressif, une milice nationale, confiscation des biens religieux...)
    avec des Arditi, des futuristes ( Marinetti manifeste 1913), des nationalistes, des anciens combattants, des syndicalistes, des anarchistes, des repris de justice.
    (D’Annunzio, le poète qui parle de « victoire mutilée », occupe Fiume le 2 septembre 1919. Très antinazi, il a des relations compliquées avec Mussolini.)
  • 1920 : Actions terroristes
    Les squadristi(fascistes) Me ne frego ! (je m’en fous ! s’attaquent aux socialistes, aux gens de gauche, aux Braccianti, à coups de manganello (gourdin) et d’huile de ricin, dans des expéditions punitives. La droite est complice. Mussolini est soutenu par les grands propriétaires terriens et des industriels (Agnelli, Pirelli), les classes dirigeantes.
    La violence se répand dans les campagnes et dans les villes.
  • 1921 : PNF Le Parti national fasciste (PNF) est fondé le 12 novembre 1921 avec des industriels, des grands propriétaires terriens, les classes moyennes. Prestige de l’État, interdiction grèves service public...
    L’électorat est faible. Le suffrage universel masculin date de 1912.
  • 1922 : Marche fasciste sur Rome
    Les chemises noires marchent sur Rome le 28 octobre 1922. Ils occupent les points centraux dans certaines villes. Mussolini est resté à Milan, prêt à fuir en Suisse en cas d’échec. Il est soutenu en armes et financièrement par la droite qui veut en finir avec le socialisme.
    Le 30 octobre, le roi Victor-Emmanuel III sans réaction, fait appel à Mussolini pour former le gouvernement. Mussolini, président du Conseil, nomme des gens du centre, de droite, des militaires et trois fascistes. 50 000 fascistes entrent alors dans Rome.
  • 1923 : Milice nationale avec les squadristi, des chemises noires, des jeunes de la guerre de 1915-18.
  • 1924 : Le PNF remporte les élections d’avril 1924. Giacomo Matteotti dénonce les élections truquées d’avril 1924. Il est assassiné par des squadristi. Le roi ne réagit pas. Des députés « se retirent sur l’Aventin » secessione dell’Aventino.
  • 1925 : janvier Mussolini revendique cet assassinat : « J’assume », et installe une dictature.
  • Les lois fascistissimes 1925-1926 : un chef, une société, un État
    Mussolini est le Duce (culte du Chef). « Mussolini a toujours raison. » Il est la vérité. Il a le pouvoir sur tout. Le roi signe les décrets.
    Un parti unique, PS et PCI dissous, des journaux interdits, éducation contrôlée, fils de la louve, ballilas, police, tribunaux d’exception. L’Opera Nazionale Dopolavoro oeuvre nationale du temps libre, chargée de l’assistance, de l’éducation et des loisirs des travailleurs. Les travailleurs sont organisés en corporations.
  • 1929 Compromis avec les catholiques : Accords du Latran en 1929 avec la reconnaissance de l’État de la Cité du Vatican par l’Italie et le royaume d’Italie par le Saint-Siège. Pie XI condamne l’invasion de l’Éthiopie en 1935.
  • Politique de grands travaux, des fouilles, des voies nouvelles, des autostrades, bataille du blé, bonification des terres.
    mais déséquilibres régionaux, les ouvriers sont surexploités, l’autarcie, un mythe.
  • Mise en place d’une société nouvelle, un homme nouveau, politique nataliste, culte du corps, de la terre.
  • Propagande, cérémonies grandioses, pose et culte de soi, des Romains, nourri d’antiquités, mythe de la Grande Italie et des colonies. Mussolini crée le pas romain.
    De nombreux intellectuels (Pirandello) soutiennent le régime.

 Un nationalisme agressif

  • L’Empire romain est une référence importante dans l’Italie fasciste qui organise des fouilles sur le Forum.
    Rome antique, la Ville éternelle, Mare Nostrum, Impera ! Impera sopra il mare Nostro) Malaparte
    « Notre impérialisme est romain, latin, méditerranéen. »
    1935 l’Ethiopie. Addis-Abeba est prise en 1936. Le roi est empereur d’Ethiopie.
    1936 Mussolini soutien les nationalistes de Franc, envoie des armes et des « volontaires ».
    1938 a des visées expansionnistes
    Mussolini voudrait l’Albanie, la Tunisie, la Corse, Malte, Chypre, le canal de Suez, Gibraltar, pour la « Marche à l’océan ». La Savoie et Nice aussi.
  • Guerre d’Espagne : Une aide importante est fournie à l’Espagne de Franco par peur de la contamination bolchevique.
    75 000 chemises noires « volontaires ». Mussolini envoie des avions, des tanks, des mitrailleuses, des canons, des obus, des cartouches, des camions pour aider Franco.
    La bataille de Malaga en 1937, puis de Guadalajara avec victoire du bataillon Garibaldi contre les troupes du Duce.
    - * « L’épée de l’islam »
    rapprochement avec les nationalistes arabes pour qu’ils présentent favorablement l’Italie. Le Mufti ne réagit pas après la conquête de l’Éthopie qui est l’« Italie musulmane ».
    Le film de Carmine Gallone, Scipion l’Africain, 1937, suggère des comparaisons avec Mussolini.

 L’Antisémitisme

  • Entre septembre et novembre 1938, l’Italie fasciste adopte une législation antisémite.
    Le premier ghetto a été créé en 1516, à Venise. Les plus fortes communautés sont à Rome, Milan, Trieste. L’antisémitisme est marginal en Italie jusqu’en 1938. Des juifs sont au PNF. Les fascistes ont du mal à définir qui est juif.
  • 14 juillet 1938 : manifeste de la Race
    manifeste des scientifiques racistes italiens par dix universitaires. Il existe désormais une pure « race italienne » qui appartient au groupe des « races aryennes ».
    Les juifs n’appartiennent pas à la race italienne. Les populations des colonies de l’empire italien sont aussi concernés.
  • Lois antisémites de 1938
    Une série de lois décrets royaux anti-juifs sont promulgués : interdiction des mariages mixtes, épuration dans l’armée, l’enseignement, les professions libérales, les métiers culturels.
    Mesures pour la défense de la race dans l’école fasciste, à l’encontre des juifs étrangers,
    des écoles élémentaires pour les enfants juifs, Mesures pour la race italienne. Le régime veut créer une identité nationale fasciste et raciste.

Les mesures antisémites sont mal vues, mais les « Italiens braves gens », c’est un mythe.
Avec la guerre et l’intervention des Allemands en 1943, les juifs sont internés et déportés. Ce mythe, Italiani brava gente, s’est répandu en Italie après la guerre.
Le 8 septembre 1943, date de l’armistice avec les Alliés, les Allemands prenaient la place des Italiens. Commence alors pour les juifs de la zone italienne, la déportation.
Déportation des Juifs de Venise, 6 décembre 1943 et 17 août 1944

Ghetto de Venise, photo UH

Arbit Blatas, peintre et sculpteur lituanien naturalisé américain, (Venise, bas-reliefs, monument de l’Holocauste, 1979).

 Les opposants antifascistes

  • Toute opposition est liquidée.
    Les opposants sont soumis au confino assignation à résidence, relégation dans le Mezzogiorno, dans les îles Lipari. La Sicile, siciliani nella Resistenza
    La violence s’exerce contre le peuple. Répression contre les idées de liberté, diffusion clandestine de journaux comme l’Unita.
    Les opposants sont isolés, mais actifs à l’étranger ou dans la clandestinité. Socialistes, républicins, anarchites, communistes, s’opposent à la dictature. Gramsci, membre fondateur du parti communiste italien est condamné à 20 ans de prison, Croce a répondu au Manifeste des intellectuels fascistes de Gentile par un contre manifeste, Carlo Levi confiné. Exil de Togliatti, Nitti, Pietro Nenni, Turati, Carlo (revue « Non mollare ») et Nello, les frères Rosslli (Giustizia e Libertà). La répression touche surtout les communistes. De nombreux camps sont dans le nord de l’Italie, au centre et au sud, en Calabre, en Sicile, en Molise et en Campanie en 1938.
  • Aide à l’Espagne républicaine
    Des Italiens dirigent la formation de Brigades internationales. Nenni est commandant de compagnie en Espagne. Assassinat des frères Rosselli en France par les Cagoulards en 1937.
    Tracts contre Hitler et la guerre.
  • 22 mai 1939
    Pacte d’acier
  • la deuxième guerre mondiale et la résistance contre le nazifascismo
    Mussolini le 10 juin 1940 déclare la guerre à la France alors que l’armée n’est pas prête.
    L’Italie est l’alliée de l’Allemagne contre la France et le Royaume-Uni, puis, en 1941, avec le Japon, déclare la guerre aux États-Unis et à l’Union soviétique. Les soldats italiens connaissent de lourdes pertes. La population se détourne peu à peu du régime.
    Des grèves éclatent en mars 1943.
  • Le Grand conseil se réunit, le 25 juillet 1943, le roi fait arrêter Mussolini et nomme Badoglio à la tête du gouvernement. Des manifestations de joie ont lieu.
    Entre le 25 juillet et le 8 septembre 1943 fut une période d’attentisme. Un armistice est signé avec les Alliés le 8 septembre 1943 en Sicile. Mais le roi fuit à Pescara. Les Allemands foncent sur Rome qui est abandonnée. Des civils défendent la ville, 10 septembre 43 bataille de Porta San Paolo.

Mussolini est libéré par des parachutistes allemands le 12 septembre et installé dans la République de Salò la RSI République sociale italienne , près du lac de Garde.
L’Italie est divisée en deux. Les Allemands occupent le nord et le centre.

  • Déclaration de guerre du Royaume d’Italie à l’Allemagne le 13 octobre 1943. Victor Emmanuel III est envoyé à Brindisi.
    « L’ »empire mythique« créé en Afrique : Libye, Éthiopie, Somalie, Érythrée, avait déjà été abandonné. La défaite en Russie, avec toutes les conséquences tragiques pour les soldats italiens envoyés au bord de la défaite, avait déjà eu lieu. »
  • Guerre des partisans contre l’Allemagne nazie et le régime fasciste collaborationniste.
    Le Comitato di Liberazione Nazionale est composé des différents courants :
    Parti communiste italien (PCI), Démocratie chrétienne (DC), Parti d’action (PdA) ex- justice et liberté, Parti libéral (PLI), Parti socialiste italien d’unité prolétaire (PSIUP) et Parti démocratique du travail (PDL).
    Des soldats sont perdus. Des règlements de comptes ont lieu. guerra patriottica et guerra civile.
    De nombreux soldats sont restées en Italie ou sont sur les différents fronts de guerre.
    Des divisions Garibaldi opèrent en Yougoslavie et en Albanie. En Céphalonie, Rhodes et dans de nombreuses régions de Yougoslavie, en Albanie, en Grèce, beaucoup refusent de combattre pour les nazis, et certains rejoignent la résistance. D’autres vont se faire arrêter par les nazis et envoyer dans des camps (les “Internati Militari Italiani” internés militaires italiens.

Chasse aux partisans, déportation des juifs et massacres et travail forcé.

- 23 mars 1944. 32 soldats allemands sont tués dans un attentat à Rome par des résistants Groupes armés partisans. Le 24 mars 1944, par représailles, dix Italiens par Allemand tué, 335 hommes sont fusillés aux fosses Adréatines.

- Rome ville ouverte, est libérée de l’occupation nazie le 4 juin 1944.

- Septembre 1944 : opération Piave du haut commandement allemand en Italie, pour éliminer les formations de partisans opérant sur Monte Grappa, un lieu stratégique où sont retranchés la brigade « Giacomo Matteotti », le bataillon « A. Garibaldi », la Brigade « Gramsci ». En bas de la montagne, la Wehrmacht, des SS, des Alpenjäger, des volontaires ukrainiens, des brigades noires, lourdement armés.
Les partisans sont fusillés, pendus ou déportés.
Sur le cours central, Bassano del Grappa, 31 personnes ont été pendues le 26 septembre.

Le CLN Comitato di Liberazione Nazionale lance le mot d’ordre d’insurrection générale.
Des partisans libèrent des villes comme Milan, Turin.

- Arrêté par des partisans le 27 avril 1945 alors qu’il tente de passer en Suisse, Mussolini est fusillé sur ordre du CLN, le 28 avril 1945. Le 30 avril 1945, le corps de Mussolini est exposé avec celui de sa maîtresse Claretta Petacci, Piazzale Loreto, à Milan.

  • Opposants et conservateurs
    D’une part, des opposants à la dictature fasciste comme Pompeo Colajanni, l’ancien président de la République italienne, des jeunes et des gens ordinaires, dans le Nord et à l’étranger, sont partis combattre les nazis-fascistes. Les i volontari della libertà n’auront aucune reconnaissance de la part de la société et soupçonnés d’être des communistes, seront suspects aux yeux des autorités.

D’autre part, parmi l’establishment, les forces conservatrices, des juristes, des bureaucrates, des intellectuels, des d’universitaires siciliens ont soutenus le fascisme jusqu’au bout, et cela n’aura guère de conséquences dans leur carrière après la Libération, même lorsqu’ils ont été complices des pires aspects du régime."

1946 : La République, symbole de l’antifascisme, l’emporte au référendum en Italie.

De nos jours : Populisme, fascisme, national-populisme en Pologne et en Hongrie
Nationalpopulismus.

 Médiagraphie

- Films
Rome ville ouverte ( Roma città aperta), Roberto Rossellini, 1945
Les Egarés, Francesco Maselli, 1955, Italie)
Avec Isa Miranda, Lucia Bosé, Jean-Pierre Mocky
Le général Della Rovere, de Roberto Rossellini, 1959, 2h12
Avec Vittorio De Sica, Hannes Messemer, Vittorio Caprioli
Le Jardin des Finzi-Contini, 1970, par Vittorio De Sica d’après Giorgio Bassani
1900 (Novecento) acti I et II, film réalisé par Bernardo Bertolucci, 1976
Une Journée particulière, Hitler à Rome, Etore Scola, 1977
Amen, film de Costa-Gavras, 2002
Les Partisans attaquent à l’aube1961 de Nanni Loy, Avec Renato Salvatori, Carla Gravina,

- Bibliographie
ISTRA, Dossiers d’histoire, classe de première, 1982.
BASSANI Giorgio, Le jardin des Finzi-Contini, traduit de l’italien par Michel Arnaud, Gallimard, 1964 ; Folio 1975. (se passe à Ferrare)
Le jardin des Finzi Contini, Giorgio Bassani
D’ERAMO Luce, Le Détour, traduction et postface de Corinne Lucas Fiorato, Le Tripode, 2020
Le Détour de Luce d’Eramo
FRIEDLÄNDER Saul , Pie XII et le IIIe Reich, éd. du Seuil, 1964, rééd. 2010
GINZBURG Natalia, Tous nos hiers, ‎ Liana Levi, 2003
(Nathalia avec ses deux enfants, a suivi son mari en confino (exil intérieur), dans les Abruzzes. Leone Ginzburg, cofondateur de la maison d’édition Einaudi, antifasciste, arrêté par la Gestapo, meurt des suites de tortures dans la prison Regina Coeli à Rome, en 1944.
HOCHHUTH Rolf, Le Vicaire Der Stellvertreter, Seuil, Paris, 1963, réédité en 2002
KAHN-WOLOCH Madeleine, De l’oasis italienne au lieu du crime des Allemands, Bénévent, 2004
sur Angelo Donati, Angelo Donati, ami des Juifs
https://www.lesenfantsetamisabadi.fr/fr/article20160505.html
LEVI Carlo, Le christ s’est arrêté à Eboli, 1945, Gallimard 1977
MALAPARTE Curzio, Kaputt, 1946, Gallimard, 1972
MATARD-BONNUCI Marie-Anne, L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, Paris, Perrin, 2007, 699 p.
https://www.franceculture.fr/oeuvre/l-italie-fasciste-et-la-persecution-des-juifs
MASPERO François, II tempo degli Italiani, Turin, Einaudi, 1998
PAVONE Claudio, Una guerra civile. Saggio storico sulla moralità nella resistenza, Bollati-Boringhieri, 1991.
SCURATI Antonio, M. L’enfant du siècle, Les Arènes, 2020, un roman démagogique.

CERCLE D’ÉTUDE, PC 22 - Les juifs dans les zones d’occupation militaire italienne. Conférence de Davide Rodogno, texte de Madeleine Kahn. Témoignages de S. Floercheim et S. Solonovitch.

Les Juifs dans la zone d’occupation italienne
Site italien de la Fondation de la mémoire de la déportation :
http://www.deportati.it/a/default.html
https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2016-1-page-201.htm
Primo Levi, écrivain et témoin
Jean Samuel, le Pikolo et Primo Levi
L’Affaire Collini de Ferdinand von Schirach
De l’exposition Ciao Italia ! un siècle d’immigration italienne aux migrants aujourd’hui
La Sicile, siciliani nella Resistenza
http://www.linformazione.eu/2018/04/i-partigiani-siciliani-che-fecero-la-resistenza/

NM

[1Verges liées avec une hache au milieu selon l’époque dans la Rome antique, portées par des licteurs précédant les magistrats, un symbole de l’imperium, flagellation et peine de mort.