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Le sauvetage des enfants juifs pendant l’Occupation. Une forme de résistance civile - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Le sauvetage des enfants juifs pendant l’Occupation. Une forme de résistance civile

par Claude Penin
mercredi 29 avril 2020

"Sauver le plus grand nombre possible de ces enfants, privés de la protection de leurs parents"...

Pouponnière vue de la rue Varlin



Ils ne sont que juifs…
Le téléphone sonne nerveusement
Dans toutes les maisons d’enfants.
Y a-t-il des places encore
Dit la voix sur le fil,
Dans les maisons d’enfants, question inutile.
On trouve des bras, on trouve des lits,
On trouve des draps et du lait qui nourrit,
On trouve des coeurs qui gardent les p’tits.
Maman, maman
Ce cri qui vous glace,
Et donne aux soignantes la force de tenir,
La nuit et le jour,
Sans jamais faillir.
À l’oeuvre, à mon mari, à ses collaboratrices,
À Germaine, notre toute dévouée infirmière chef,

Renée LEVY



Extrait du poème 1942, ©"Musée de la Résistance" Limoges. Cet extrait d’un poème de l’épouse du Dr Gaston Lévy [1], qui fut souvent présente à la pouponnière pendant ces années sombres, résonne de façon particulière, ces temps-ci…

Dans l’attente de la prochaine publication du Cercle d’étude, celle du printemps 2020 : "Le sauvetage des enfants juifs pendant l’Occupation. Une forme de résistance civile" il est temps d’introduire le contenu de ce Petit Cahier assez volumineux, plus de 160 pages. Il rapportera d’autres parcours, d’autres regards, de ceux qui font réfléchir ; c’est ce qui fera son intérêt. Il me semble que l’on peut en proposer la lecture à partir de ce lieu, symbolique.

De l’histoire de la pouponnière de Limoges, on retiendra que l’OSE/Oeuvre de secours aux enfants, institution juive dont Katy Hazan parle en spécialiste dans sa conférence, avait fait le choix de cette grande maison pour y placer les plus petits des enfants, parmi ceux que l’on réussissait à faire sortir en 1942 des camps d’internement du Sud de la France, Gurs ou Rivesaltes en particulier. C’était alors légal, la maison d’enfants étant gérée par une oeuvre qui la finançait ; il fallut pourtant mettre à plusieurs reprises des enfants à l’abri ailleurs, momentanément. Même pourvus d’une fausse identité, ils étaient en danger, les enfants ou les jeunes filles juives embauchées là… L’infirmière en chef débordait d’amour ; « Maman Germaine » s’appelait Germaine Lévy –d’une autre famille Lévy – Lutz sur ses faux papiers, Germaine May après-guerre. Elle était très aimée dans ce quartier où elle était restée vivre. Le poème qui lui fut adressé est conservé au musée de la Résistance de la Ville de Limoges.

Lorsque les temps étaient calmes, la maison était un havre de paix, des jeunes filles bénévoles venaient promener les petits dans le quartier. Jeunes filles juives réfugiées ou repliées en famille sur Limoges, jeunes filles chrétiennes, ou autres, elles rendaient service. Les gens du quartier ne posaient pas de question.
Lorsque la situation devenait dangereuse, alors on pouvait voir surgir Germaine Ribière, bien souvent de passage et active sur Limoges, sa ville, son point d’attache.
Germaine Ribière, Juste parmi les Nations, fut une figure majeure d’Amitié Chrétienne et du mouvement de résistance Témoignage Chrétien, à l’échelle de la France.

Carte d’identité de Renée Lévy
 © Archives familiales Lévy

On sait que « Maman Germaine » garda à la pouponnière des enfants juifs que lui amenait Germaine Ribière. Comme celle-ci avait à Limoges et à Solignac (à 10 km, avec une petite gare discrète) des amis chrétiens très sûrs et tous résistants, à son initiative c’est dans ce bourg que l’on cacha pendant 18 mois la grande famille du Dr et Mme G. Lévy, et leur petite fille, Annette [2], tandis qu’ils étaient obligés, eux, de demeurer en ville. À Solignac on put aussi, ponctuellement, dissimuler quelques enfants de la pouponnière, et déjà fin août 1942 au moment de la rafle, concomitante de celle de Vénissieux.

Entre mai 1944 et avril 1946, Amitié Chrétienne poursuivit l’oeuvre entreprise par l’OSE, les enfants de ses maisons, nombreuses en Limousin, ayant été dispersés pour leur sécurité. On accueillit à la pouponnière jusqu’à 70 enfants de moins de 5 ans, des orphelins, des enfants en danger, il y eut même des enfants de résistants engagés au maquis…

Ce Petit Cahier présentera encore Suzanne Spaak, Juste parmi les Nations.
Entre Paris et la Belgique son itinéraire est tout autre, mais également très singulier. Les sauvetages réalisés concernaient des enfants du centre UGIF dit Lamarck à Paris, en zone occupée.

On peut toujours s’appesantir sur les références politiques ou morales et religieuses des sauveteurs. Il est bon de repérer d’abord les constantes dans l’engagement et dans l’action, l’audace et la générosité de celles et ceux qui répondirent à l’impérieuse nécessité de sauver le plus grand nombre possible de ces enfants, privés de la protection de leurs parents dans des circonstances complètement inhumaines.



Les témoins qui accompagnent comme toujours en 2020 les conférences du Cercle d’étude sont d’anciens enfants ou adolescents aux parcours très différents, dans ce cahier : Samuel Pintel, Edmond Richemond, Monique Vidal, et même la très jeune résistante qu’était Yvette Lévy, éclaireuse juive EIF, 16 ans en 1942. Ils renvoient le message réconfortant que les sauveteurs ne réussissaient pas tout, mais n’ont pas agi en vain.

Claude Penin, avril 2020

Germaine Ribière (1917-1999)
Le sauvetage des enfants juifs par l’OSE, pendant l’Occupation

[1Le Dr Gaston Lévy (1902-1990), fut le Directeur de la pouponnière pour l’OSE/UGIF en 1942-1944, l’UGIF Direction Santé intégrant alors l’OSE. Son témoignage complet, Souvenirs d’un médecin d’enfants à l’OSE en France occupée et en Suisse, 1940-1945, est mis en ligne sur le site internet http://judaisme.sdv.fr/histoire/shh/glevy

[2Annette Lévy, née en 1934, fut après-guerre l’épouse d’André Chouraqui (1917-2007). Germaine Ribière resta très proche de la famille Lévy/Chouraqui, qui s’installa à Jérusalem. Afin de les munir de faux papiers crédibles pour passer en Suisse au printemps de 1944, elle leur avait prêté l’identité de sa propre soeur.