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La Résistance au plateau des Glières - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

La Résistance au plateau des Glières

Vivre libre ou mourir
samedi 25 mai 2019

"Nous étions des hors-la-loi, nous nous sommes sentis des hommes libres." le bataillon des Glières.

Le plateau des Glières est situé dans le massif des Bornes à 1400m d’altitude, au nord est d’Annecy. Il s’étend sur 10 km sur 7, ceinturé par des falaises calcaires, un massif boisé parcouru de sentiers montagnards, avec de la neige en hiver, quelques chalets habités et des chalets d’alpage occupés en été.
Le plateau des Glières, 18 mai 2019

Le 30 janvier 1943, Laval crée la Milice chargée du "maintien de l’ordre" et le 16 février le Service du travail obligatoire (STO) envoyant les jeunes, nés entre 1920 et 1922, travailler en Allemagne.
En 1943, en Haute-Savoie, des réfractaires au STO, des FTP se sont réfugiés dans la montagne. Les réfractaires volontaires constituent l’Armée secrète avec des officiers et sous-officiers du 27 ème bataillon de chasseurs alpins. À cause de la propagande sur les ondes, de nombreux jeunes rejoignent la région.

Après l’occupation de la zone libre en 1942, par les Italiens, succède après la chute de Mussolini, l’occupation allemande en septembre 1943.

Des chefs sont entrainés à l’école de cadres du maquis de Manigod. On attend le débarquement. De nombreux attentats ont lieu. Vichy renforce la pression avec la Milice.

Les maquisards manquent d’armes. En janvier 1944, Londres avise l’Armée secrète et les maquis que le Plateau des Glières doit recevoir un parachutage important d’armes. Au même moment, Vichy proclame l’état de siège et des renforts des forces du "maintien de l’ordre" (FMO) arrivent.

Le maintien de l’ordre

31 janvier 1944

 La montée avec Tom

Une vingtaine de maquisards sont sur les lieux.
Le 31 janvier 1944, "Tom" Morel [1], officier du 27 ème BCA à Annecy, organise la montée vers le plateau, de l’AS de la vallée de Thônes, 120 hommes, pour réceptionner les parachutages et les descendre dans les vallées. On ne parle pas de faire des Glières un réduit ou une forteresse. Le mot d’ordre c’est "décrochage et mobilité" pour les maquis. Des FTP rejoignent l’AS dont des FTP du groupe "Liberté Chérie" et le maquis dit Franquis, de même des Républicains espagnols, le 1er février. Ils étaient affectés aux GTE (Groupe de travailleurs étrangers) [2]. Tom prend la tête du maquis.

Le 12 février, un accrochage avec La Garde les empêche de monter au Plateau.
À cause des intempéries, le grand parachutage attendu à la nouvelle lune de février est retardé. La nuit du 13 au 14 février 1944, a lieu un premier largage de containers, gêné par les conditions atmosphériques. Les armes reçues ne peuvent suffire à se défendre. Il n’y a pas d’artillerie de montagne. Il faut tenir en attendant les parachutages de la prochaine lune. Tom lance un appel pour la récupération des armes et pour tenir la position. Il fait appel en particulier aux Saint-Cyriens, leur offrant le chemin de l’honneur. Dans la neige, des problèmes d’intendance se posent. Les lieux sont repérés par les GMR (garde-mobile de réserve) et les miliciens.
13 février, les forces du "maintien de l’ordre" encerclent le plateau.

Le 20 février, à la prise d’armes avec Tom Morel devant le drapeau, les hommes [[« Ici, il n’y a plus ni AS, ni FTP, il y a l’armée française. » Tom Morel ] prêtent serment, "Vivre libre ou mourir".

Les Espagnols
56 espagnols affectés au GTE rejoignent le camp de Glières section Ebre.

 Les parachutages attendus

Un petit largage a lieu la nuit du 4 au 5 mars. Le 8 mars, alors que Tom pense à un décrochage, Londres annonce un largage massif. Le chef ne veut abandonner les armes promises. Mais c’est difficile de récupérer les armes dans ce plateau enneigé à 1400 m d’altitude, avec peu de moyens humains. Il est fait appel aux maquis pour venir récupérer les armes.

Le 9 mars, le capitaine Cantinier parle de débarquement proche, de largage massif et de renforts canadiens.

Dans la nuit du 9-10 mars, lors d’une attaque au PC des GMR de Vichy qui préparaient une attaque du plateau, Tom Morel est "lâchement assassiné" par le chef des GMR à l’hôtel de France à Entremont. Il est enterré au pied du mât du drapeau sur le plateau, avec Georges Decour. Louis Jourdan (Joubert) assure l’intérim sur 320 hommes.

Dans la nuit du 10 au 11 mars, un parachutage massif, 17 avions et 200 tubes lancés, largage peu précis, aussi certains tubes sont récupérés par la police de Vichy et les Allemands. Les maquisards aux moyens limités, ont des problèmes pour récupérer les armes, des fusils, dans la neige abondante. Ils pensent qu’un nouveau parachutage va avoir lieu. Un avion allemand vient repérer les parachutes dans la neige.

 Le plateau est encerclé.

Vichy aligne plus de 2 000 hommes, des GMR et des miliciens, troupes, et gendarmes, des membres de la Garde peu sûrs, mais ne parvient pas à déloger les maquisards. Cependant ils ont établi un blocus du maquis. Les Allemands trouvent que le maintien de l’ordre assuré par Darnand ne va pas assez vite et donnent le 10 mars comme date butoir à l’État français pour ’nettoyer’ les terroristes.
Le bataillon des Glières de 465 hommes le 12 mars est composé de l’AS, de chasseurs alpins du 27ème, de FTP, de réfractaires au STO, d’éclaireurs skieurs, de Républicains espagnols Ebro et Renfort Ebro , d’anars, de communistes, de socialistes, de ruraux, d’ouvriers, de Jeunesses chrétiennes, de JOC, JAC, d’israélites. 120 hommes arrivent le 12 mars dont 56 républicains espagnols.
Le 12 et le 17 mars, l’aviation allemande pilonne les chalets. Cantinier parle toujours de tenir.

 Le capitaine Anjot

Le 18 mars, au mât des couleurs, prise d’armes avec le capitaine Anjot 1904-1944 (Bayard), officier de chasseurs alpins du 27ème BCA, qui, sans illusion, prend le commandement du bataillon.
Une guerre des ondes a lieu entre Maurice Schumann à la BBC et Philippe Henriot sur Radio-Paris pour Vichy.

  • Intervention des troupes allemandes
    Le 23 mars, la 157ème division alpine de la Wehrmacht arrive, avec l’aviation et l’artillerie. Le plateau est bouclé d’un côté par la milice et de l’autre par la division alpine allemande. La RAF n’intervient pas. Anjot refuse la proposition de reddition du maquis par Vichy.
    Tract allemand lancé par avion

    Les Glières, 26 mars 1944 : déclenchement de l’attaque de la Milice dans le secteur de Thorens et du général Pflaum avec des soldats expérimentés.
    Aussi le capitaine Anjot ordonne le décrochage et la dispersion le soir du 26 mars, à 22h. "L’honneur est sauf". Le 27, lorsque les Allemands arrivent sur le plateau, il est vide. Anjot est tué d’une rafale de mitraillette dans une embuscade allemande près de Nâves.

Il n’y a pas eu de bataille, mais les hommes doivent affronter les Français et les Allemands en redescendant dans la neige. Il y a des tués, torturés, déportés.
Les Allemands ratissent les Glières, tuent les blessés, mais laissent repartir les habitants.
Toutes les voies d’accès étant gardées, les maquisards encerclés, en se repliant ont dû emprunter les passages par les falaises abruptes (falaises du Parmelan).

La répression continue. Les miliciens torturent, exécutent. 210 maquisards y laisseront la vie. Un homme sur deux, fin janvier-fin mars. Les journaux collaborateurs noircissent la Résistance. Les survivants continuent le combat.

La guerre des ondes se poursuit. De nombreuses armes parachutées en février et mars sont tombées aux mains des Allemands. Vichy se moque : " La légende est morte, il n’y a que des Brigadistes et des Espagnols, des rouges. Schumann doit montrer que les hommes des Glières "se sont battus comme des lions". Vichy veut faire croire que les forces françaises ont donné l’assaut du plateau sans intervention allemande.
Le 31 mars, les Allemands évacuent le plateau.

Le 1er août 1944, de grands parachutages se déroulent bien, en plein jour, sans neige, 3 000 FFI sont mobilisés, le maquis contrôle, la population soutient, les avions de chasse protègent. Les armes sont réparties en Haute-Savoie en quatre jours.
La Haute-Savoie s’est libérée seule, grâce à la Résistance.

Une légende se propage : un petit groupe de maquisards de l’AS a mené une bataille contre une armada allemande.
L’attentisme du jour "J" est dénoncé par le PC, de même les parachutages d’armes qui exposent aux représailles féroces. Ce regroupement dans un réduit est une erreur, comme pour le Vercors dit Morin (Forestier) de l’AS à la BBC.

 La nécropole de Morette

Les corps de Tom Morel et Georges Decour sont déplacés à Morette, à cheval entre les communes de Thônes et de Balme de Thuy, là où sont inhumés, le 2 mai 1944, les maquisards tombés pendant le décrochage. Le maire avait obtenu que les morts ne soient pas jetés dans une fosse commune, à condition d’être enterrés de nuit.

Le cimetière de Morette et le musée

De Gaulle vient le 5 novembre 1944 s’incliner devant les croix de bois du cimetière de Morette : "C’est la France toute entière qui rend hommage aujourd’hui. Leur exemple durera."

Noms des morts pour la France

 Un monument national à la Résistance

Les Glières, 19 mai 2019

Un monument national à la Résistance est érigé au Plateau des Glières.
"un grand oiseau blanc"

Monument national de la Résistance

Passant, va dire à la France que ceux qui sont tombés ici sont morts selon son coeur :
nos camarades vous parlent par leur première défaite comme par leur dernière victoire.
Parce qu’ils ont été vos témoins...
André Malraux

Le discours d’André Malraux, le 2 septembre 1973 pour l’inauguration du monument de Gilioli :
http://www.ina.fr/video/CAF89030959

 L’esprit des Glières

une épopée.
"Vivre ensemble au delà de nos différences"
Paroles de résistances, 17, 18, 19 mai 2019 à Thorens-Glières et au Plateau des Glières.

Paroles de résistances

Paroles : http://www.citoyens-resistants.fr/

  • Médiagraphie

JOURDAN-JOUBERT Louis, HELFGOTT Julien, GOLLIET Pierre, Glières. Haute Savoie. Première bataille de la Résistance. 31 janvier-26 mars 1944, Association des rescapés des Glières, Annecy, 1946, rééd. 1973, 157 p.

ASSOCIATION DES GLIÈRES, Vivre Libre ou mourir : Plateau des Glières Haute-Savoie 1944, préface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, postface de Jean-Marie Guillon, La Fontaine de Siloé, 2014
Jean-Louis CRÉMIEUX-BRILHAC, « La Bataille des Glières et la guerre psychologique », Revue d’Histoire de la 2e Guerre Mondiale, n° 99, juillet 1975.
La bataille des Glières et la guerre psychologique : l’énigme de Glières
Jean-Louis CRÉMIEUX-BRILHAC, La France libre : de l’appel du 18 juin à la Libération, Paris, Gallimard, coll. « La suite des temps », 1996, 969 p.

Nicole BAUD-BÉVILLARD, Le maquis des Glières en 20 questions, éd. Canopée et Association des Glières, 2015.
Constant PAISANT, J’étais franc-tireur et partisan aux Glières, édition annotée des textes de 1994, ANACR, 2017.
Bernard FAVRE, Allemand et Résistant, Hugo Schmidt, combattant anti-nazi, Le Chant des ruines I, éditions Ampelos, 2019.

Glières 44, le cortège des ombres, documentaire de Patrice Morel et François Blanchard, 2004, 52 min., production France 3 Rhône-Alpes-Auvergne
Résistances dans les Alpes, documentaire de Bernard Favre, 2013.
Cette Lumière n’est pas celle du soleil, documentaire de Bernard Favre, 2014.
L’incroyable histoire du maquis des Glières, documentaire de Géraud Burin des Roziers, 2018

https://www.reseau-canope.fr/cnrd/node/8963
http://www.glieres-resistance.org/documents/maquis/comprendre.pdf

Histoire et mémoire de la Résistance (Pierre Laborie)

27 mai, anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance

programme du CNR
Les valeurs de la Résistance, CNR

Journée nationale de la Résistance, 27 mai, JNR

http://clioweb.canalblog.com/archives/2019/05/22/37356686.html

NM

Photos d’UH, JLV

[1(lieutenant Théodose Morel 1915-1944)

[2Daladier a créé Les Compagnies de travailleurs étrangers qui attirent peu en janvier 1940 ; la loi du 27 septembre 1940 permet de regrouper systématiquement "les étrangers en surnombre dans l’économie nationale" dans les GTE.