Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 378
Juillet 1942 - Mai 1944, Une enfant dans les camps de Pétain par Francine Christophe - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Juillet 1942 - Mai 1944, Une enfant dans les camps de Pétain par Francine Christophe

camp de Poitiers, Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, re-Drancy, puis Bergen-Belsen

En 1940, les enfants de prisonniers de guerre français en Allemagne deviennent les "protégés" de Pétain. Francine Christophe, âgée de huit ans, est la fille d’un officier français prisonnier dans un Oflag. Francine est arrêtée avec sa mère, parce que juives, en franchissant la ligne de démarcation à La Rochefoucauld. Après avoir été internée dans plusieurs camps en France, Francine Christophe, juive d’échange, est déportée avec sa mère, en mai 1944, au Camp de l’Étoile, à Bergen-Belsen en Allemagne.

Conférence du Mercredi 24 septembre 2008 à 14h30
Lycée Edgar Quinet, 63 rue des Martyrs 75009 PARIS salle 13
Francine Christophe est l’auteure de nombreux ouvrages. Elle a témoignée dans le DVD Les enfants de Bergen-Belsen.

 CR de la Conférence de Francine Christophe

Juillet 1942 - mai 1944, Une enfant dans les camps de Pétain.

En 1940, les enfants de prisonniers de guerre français en Allemagne deviennent les protégés de Pétain.
Maryvonne Braunschweig rappelle que, de France, 11 000 enfants juifs ont été déportés et assassinés. Francine Christophe, née en 1933, est issue d’une vieille famille bourgeoise française qui a compté des généraux, des médecins, des mathématiciens, des œnologues, des musiciens. Elle fait partie d’une famille non pratiquante, qui se sent française. Aussi, quelle a été leur stupeur devant ce qui va leur arriver.
Francine est fille de prisonnier de guerre. Elle a 8 ans et demi lorsqu’elle est arrêtée avec sa mère en essayant de passer la ligne de démarcation, à La Rochefoucauld, en Charente, le 26 juillet 1942. D’abord enfermées dans la salle des fêtes, elles sont envoyées à la prison d’Angoulême où sa mère est obligée de brosser le couloir. Des chants patriotiques s’élèvent du quartier des hommes pour ceux qui vont être fusillés.

Francine et sa mère vont connaître plusieurs camps d’internement en France.
Elles rejoignent le camp de Poitiers en autocar. Là, juifs et Tsiganes sont gardés par des gendarmes, il n’y a pas d’Allemands. Dans ce camp où grouillent les rats, les puces, et les vers blancs, ils sont nourris d’un brouet, sont comptés par les gendarmes. Quelques jours après, elles sont conduites en wagon à bestiaux à Drancy, camp occupé par les juifs de « la rafle des notables », et par des femmes de prisonniers. Ils sont à 80 dans une chambrée, ont droit à une auge avec des robinets pour se laver, un matelas sale pour deux. Des départs pour Pitchipoï ont lieu 2 à 3 fois par semaine. À la baraque de fouille, des jeunes Français, brutalement, déchirent des livres de prières, cassent des jouets des enfants, prennent ce qui a de la valeur. Il faut porter l’étoile, peinte au pochoir par manque de tissus. Elle rencontre des « Amis des juifs », internés parce qu’ils ont mis une étoile par solidarité.
La foule de Drancy est bruyante, atroce, bouge et crie. Elle voit arriver des enfants blessés, sales, hébétés, attachés avec une ficelle par le cou par famille, les grands portant les petits. A Drancy, sa mère qui va aux « pluches », ramène des pommes de terre. Elles ont droit à du courrier, des colis. Elle a faim. En payant les gardiens, il y a possibilité de faire sortir des lettres. Elles y restent 3 semaines.
Puis elles sont transférées, en wagon à bestiaux accroché à un train de voyageurs, à Pithiviers pour 3 semaines. Elle trouve un trèfle à quatre feuilles. Des gens qui ont essayé de franchir la ligne de démarcation sont dans ce camp. Ils sont dans de la paille souillée. Un jour, elle est sur la liste des partants sans sa mère. Celle-ci fait une crise de colère, tout en énonçant la litanie de généraux de la famille au gendarme qui pense qu’il y a eu une erreur.

 Les démarches inutiles

Elles sont envoyées en wagons à bestiaux à Beaune-la-Rolande où elles arrivent dans un camp presque vide, sale, maculé d’excréments, de sang et de boue. C’est là que des enfants de la rafle du Vél’ d’hiv’ ont été blessés en étant séparés brutalement de leur mère. C’était ceux qu’elle a vus à Drancy. Sa mère doit nettoyer matelas et couvertures répugnants avec une autre femme contre une tranche de pain d’épices. Francine se met « en congé de douleur ». Elle est en vacances, chante, lit, écrit, et pourtant il se passe des choses terribles. Elle reste 9 mois dans ce camp. Sa mère est chef de baraque. Le père de son Stalag en Allemagne écrit partout pour les faire libérer. Mais les personnes contactées butent sur les mots : « ascendance israélite ».

Même une entrevue du deuxième mari de ma grand mère, Charles Streiff (Streiff est un nom lorrain, ce n’est pas du tout un nom juif), avec Pétain n’aboutit pas. Charles Streiff lui dit :« Monsieur le Maréchal, voilà, mon beau-fils est prisonnier de guerre, mon autre beau-fils est capitaine, ma belle-fille et ma petite-fille ont passé la ligne de démarcation sans permis, c’est vrai, mais enfin ! ». À tout ce qu’il dit, Pétain ne répond pas, il est d’un mutisme total. Au bout d’un moment, Charles Streiff en a assez, il s’énerve et dit en montrant les affiches : « Mais enfin monsieur le Maréchal, il s’agit aussi d’une mère et d’un enfant ! »,
« Bah ! Des juives !… » Nous ne serons pas libérées.

Le père qui s’inquiète sur les déportations, fait parvenir une lettre à Pétain sans résultats.
Le 21 juin 1943, elles retournent à Drancy en wagons à bestiaux. Elles y restent 11 mois.
Le 2 juillet 1943, le camp de Drancy est transmis aux Allemands. Les gendarmes sont relevés de leur fonction. Ils sortent du camp.
Ce n’est plus Pétain.

Francine Christophe a passionné son auditoire et a précisé certains points au cours du débat.
Elle a été déportée avec sa mère en mai 1944 avec d’autres femmes et enfants de prisonniers de guerre français, juifs. Ils ne vont pas à Auschwitz mais deviennent des « juifs d’échange » à Bergen-Belsen.
Le père, prisonnier, a donné un statut spécial à sa femme et à sa fille qui sont non déportables selon la convention de Genève.

A propos de son retour, elle explique que bonne élève jusqu’à 8 ans, elle a du mal à reprendre des études. Elle devient décoratrice, écrivaine et conférencière.

 DRANCY, 20 août 1941-17 août 1944

Dans les années 30, construction de la cité de la Muette, 5 tours , des petits bâtiments, et le Fer à cheval, bâtiment en U, moderne pour l’époque, et pas encore terminé.
Le" fer à cheval" a été réquisitionné par l’armée allemande le 14 juin 1940, transformé pour prisonniers de guerre français et anglais, puis après la rafle du XIe arrondissement, il devient Drancy la juive, le principal lieu de rassemblement et de déportation des juifs vers les camps d’extermination.

  • Le camp connaît trois périodes.
    1941-42, Theodor Dannecker, mais le commandement est assuré par un Français, et le camp qui comprend des hommes est gardé par des gendarmes français.
    1942-43, Heinz Röthke, après la rafle du Vél’ d’hiv’. Il y a aussi des femmes et des enfants dans le camp.
    1943-44, Alois Brunner, le camp est alors administré par les nazis. Les gendarmes sont relevés de leurs fonctions. Ils assurent la garde extérieure du camp.
    http://www.camp-de-drancy.asso.fr/fr/totdoc.htm

Le petit cahier "Enfants internés, enfants déportés, enfants assassinés" est paru.
Sommaire du Cahier n° 7

sommaire cahier FC

Petit cahier n° 20, deuxième série, sur Drancy :
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article343

 Médiagraphie

  • Bibliographie
    CHRISTOPHE Francine, Une petite fille privilégiéeUne enfant dans le monde des camps 1942-1945, L’Harmattan, 1996, rééd. Pocket 2001, 220 p.
    CHRISTOPHE Francine, Après les camps la vie, Paris, L’Harmattan, 2002, 186 p.
    CHRISTOPHE Francine, Souvenirs en marge. Récits bien courts, Paris, L’Harmattan, 2002, 112 p.
    CHRISTOPHE Francine, La photo déchirée et autres poèmes, Paris, L’Harmattan, 2003, 101 p.
    CHRISTOPHE Francine, Guy s’en va. Deux chroniques parallèles, Paris, L’Harmattan, 2005, 96 p.
    CHRISTOPHE Francine, La fête inconnue. L’histoire d’une résistance enfantine à Bergen-Belsen 1944, Paris, Edition FMD, 2008, 40 p.
    CHRISTOPHE Francine, Mes derniers récits, L’harmattan, 2009, 226 p.
    CHRISTOPHE Francine, Vous parlerez pour nous , Poèmes concentrationnaires, L’Harmattan, 2010, 110 p.
    CHRISTOPHE Marcelle et Robert, Une famille dans la guerre, L’Harmattan, 1995(rééd. de "Le miracle de nos prisons aux presses de la Cité, 375 pages, 1974)
    Lettres de Drancy, introduction par Denis Peschanski, textes réunis et présentés par Antoine Sabbagh, Paris, Taillandier, 2002, 287 p.
    RAJSFUS (Maurice), Drancy : un camp de concentration très ordinaire, 1941-1944, Paris, J’ai lu, 2004, 411 p.
    Sur le camp de Drancy, des photos des inscriptions :
    BETSCH William, Drancy ou le travail d’oubli, Thames & Hudson, 2010, 235 p.
    http://www.nonfiction.fr/article-34...
    Bibliographie accompagnant le Petit cahier n° 7  :
    http://www.cercleshoah.org/IMG/pdf/bibliofc.pdf
  • Théâtre :
    "Une petite fille privilégiée", Compagnie TRAC, de Francine Christophe, avec Magali Helias, mise en scène : Philippe Hottier, Cyrille Bosc
    (du 5 mars au 26 avril 2014, du mardi au samedi à 18h30, Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs 75006 Paris. )
    https://www.youtube.com/watch?v=BQUGjvnFpUA
    Compagnie TRAC, 10, avenue de Saint-Cyprien 66200 Latour-Bas-Elne
    Tél 04 68 22 65 96

Pour les plus jeunes, témoignages par le Grenier de Sarah :
http://www.grenierdesarah.org/?rubrique=parcours&id=FC

- Francine Christophe témoigne dans le dvd mis gratuitement à disposition des enseignants, Enfants juifs de prisonniers de guerre, enfants-témoins déportés de France au Camp de l’Étoile à Bergen-Belsen, les 2, 3 mai, 21 et 23 juillet 1944. (Epuisé)
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article17
intégrale des témoignages, 3 DVD :
Les enfants juifs de prisonniers de guerre déportés à Bergen-Belsen en 1944

Témoignage de Francine Christophe pour Libération du 26 août 2009,
sur le camp de Drancy :
http://www.liberation.fr/societe/06011169-pour-moi-drancy-evoquera-toujours-un-camp

Sur Drancy
Epelbaum Didier, Obéir. Les déshonneurs du capitaine Vieux, Drancy, 1941-1944, Stock, 2009
Un article de Georges Wellers :
http://www.humanite.fr/1998-02-03_Societe_Les-enfants-de-Drancy-SOUS-TITRE-Recit-de-Georges-Wellers-publie
"Ainsi, il a été déporté de Drancy en deux semaines quatre mille enfants sans parents. Cela se passait dans la seconde moitié du mois d’août 1942."

Une plaquette de Serge Klarsfeld sur la déportation des enfants avec les convois partis de France :
http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=27790

N.Mullier, 2011. revu avril 2016


Portfolio

Maryvonne Braunschweig et Francine Christophe

titre documents joints

bibliographie enfants internés

2 avril 2009
info document : PDF
74.2 ko

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 12174 / 927818

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Conférences du Cercle  Suivre la vie du site Annonces et CR des Conférences du Cercle  Suivre la vie du site La France sous l’occupation   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License