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Valentin Feldman, résistant, fusillé au Mont Valérien - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Valentin Feldman, résistant, fusillé au Mont Valérien

par Françoise Bottois
jeudi 18 janvier 2018

Valentin Feldman, né le 23 juin 1909 à Saint-Pétersbourg, dans l’Empire russe, philosophe, résistant, mort fusillé le 27 juillet 1942 au Mont Valérien.

Françoise Bottois retrace, grâce à des recherches dans les archives de Seine- Maritime, l’histoire de Valentin Feldman, un résistant peu connu.

Un émigré juif de nationalité russe, Valentin Feldman, est né le 23 juin 1909 à Saint Pétersbourg, dans une famille juive aisée ; après la mort de son père et la révolution d’Octobre, il émigre avec sa mère en France, fuyant les difficultés, la misère et en 1923 ils s’installent à Paris où les premières années sont financièrement difficiles.

  • Un intellectuel de gauche promis à un avenir prometteur
    Après de brillantes études au lycée Henry IV, il étudie la philosophie à la Sorbonne et suit le cours d’esthétique de Victor Basch avec qui il se lie d’amitié et qui devient son mentor : juif émigré, devenu un universitaire respecté, il est l’auteur de plusieurs ouvrages philosophiques ; homme engagé et ancien dreyfusard, il préside la Ligue des Droits de l’Homme. En 1931, Valentin Feldman obtient d’une part sa licence, son diplôme d’études supérieures en philosophie et, d’autre part, la nationalité française. Il traduit des œuvres russes en français comme « Les Lettres de Lénine à Gorki », rédige des articles dans différentes revues philosophiques et, en 1936, il publie son seul essai philosophique « L’Esthétique française contemporaine ». Il est l’ami de Maurice Schuman et de Jacques Soustelle, à cette époque très proche des communistes ; il entre dans le cercle des jeunes intellectuels du parti communiste. Ce jeune philosophe semble destiné à un avenir prometteur.
  • Un Français engagé et patriote
    1937 est l’année des décisions : d’unepart il choisit d’enseigner la philosophie et est nommé au lycée de Fécamp, d’autre part il s’engage politiquement en adhérant au parti communiste.
    En 1939, à la déclaration de guerre, bien que reconnu inapte au service militaire à cause de problèmes cardiaques, il part à la guerre comme engagé volontaire et sa conduite courageuse lui vaut une citation.
    C’est à Rethel qu’il commence la rédaction de son journal de guerre qu’il arrête en décembre 1941, la répression anticommuniste et les arrestations de juifs s’intensifiant à Rouen et dans le département.
    Démobilisé, il revient en Seine-Inférieure, enseigne au lycée Jehan Ango de Dieppe et entre au Front National de la Résistance.
    Mais le 15 août 1941, il est victime de la politique antisémite de l’Etat français et est révoqué de ses fonctions par le second statut des juifs du 2 juin 1941. En octobre 1940, il s’était fait recenser à Paris : « visite au commissaire, telle une fille de joie venant se faire inscrire sur les registres de contrôle. », mais avait échappé à la révocation car il ne semblait pas avoir « le nombre de grands-parents requis… »
  • Un résistant communiste lié à l’histoire de Rouen et du département
    Expulsé de l’enseignement, il se réfugie à Rouen et disparaît dans la clandestinité. Il participe à la rédaction de tracts, d’articles de journaux, au lancement du journal clandestin « L’Avenir Normand » et apporte des aides aux résistants incarcérés, à leurs familles ; il participe même à des actions armées : dans la nuit du 19 au 20 décembre 1941 à Rouen, rue Lafayette, il brise avec son camarade Lemercier la vitrine d’un photographe qui exposait des portraits de militaires allemands et laisse une protestation bien en évidence : « Quand nos prisonniers souffrent en Allemagne, il est scandaleux de voir la gueule de leurs geôliers à l’honneur des vitrines françaises ».
  • « Imbéciles, c’est pour vous que je meurs !  »
    Le 5 février 1942, il est arrêté par les Allemands, à la place d’un camarade, accusé d’avoir fait le guet durant l’attentat à « la Compagnie Française des Métaux », une usine de Déville-lès-Rouen. Mais en réalité, cette nuit-là, Valentin Feldman travaillait à l’impression de journaux clandestins ; il a un alibi mais il se tait afin de protéger ses camarades.
    Il est mis au secret à la prison de Bonne Nouvelle de Rouen durant cinq mois, puis transféré en juillet à la prison de Fresnes où il est mis aux fers, pieds et poings liés, et torturé par ses gardiens. Il griffonne de ses mains enchaînées sur les murs de sa cellule : « Ma mort est la plus belle réussite de ma vie », dans une de ses dernières lettres il écrit à Yanne sa femme : « ...il ne faut pas me pleurer. Je meurs en homme, sans trembler, propre, comme j’ai vécu en homme. »

Il est condamné à mort et fusillé avec son camarade Lucien Tessel le 27 juillet 1942 au Mont Valérien.

Devant le peloton d’exécution, sans bandeau sur les yeux, il dit calmement à ses bourreaux :
« Imbéciles , c’est pour vous que je meurs !

Voir, Journal de guerre 1940-1941, Valentin Feldman -Tours, Farrago, 2006.

Françoise Bottois

Philosophe français spécialiste d’esthétique et un résistant de la Seconde Guerre mondiale.
Valentin Feldman, Journal de guerre (1940-1941), Tours, Farrago, 2006.

Valentin Feldman a traduit Nicolas Ostrovski, Et l’acier fut trempé…, préface de Romain Rolland, Paris, Éditions sociales internationales, 1937

Valentin Feldman, philosophe français spécialiste d’esthétique, disciple de VictorBasch
Victor Basch article à venir

Otages, fusillés, massacrés sous le nazisme


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