Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

BUISSON Suzanne

dimanche 11 avril 2021

Suzanne Buisson

Les registres d’état-civil indiquent que Suzanne Levy est née le 19 septembre 1883 à Paris, dans le 9ème arrondissement, au 23 rue Bellefond. Son père, Eugène, y est noté négociant, sa mère Julie Bloch, sans profession. D’autres sources précisent qu’Eugène Levy était fournisseur de marchands de mode en gros. Après la naissance de Suzanne, sa famille rejoint Dijon. Suzanne Buisson est élève au lycée, mais elle doit interrompre ses études à l’âge de 16 ans pour travailler, ses parents connaissant des difficultés financières. La famille revient alors à Paris où Suzanne Buisson est dite dentellière, rue du Sentier, mais aussi vendeuse dans un grand magasin. Faisant l’expérience très tôt de la précarité du travail salarié, elle s’engage dans le syndicat des employés au sein de la Confédération générale du travail. Elle fréquente également les universités populaires, destinées à délivrer au peuple l’enseignement dont il n’a pu bénéficier. Elle y fait la connaissance de Charles Gibault qu’elle épouse le 23 février 1905 à la mairie du 2ème arrondissement. Ils adhèrent l’un et l’autre à la SFIO, nouveau parti socialiste créé en 1905. Ils ont deux enfants, Michelle, qui ne survit pas, et Huguette, née le 5 décembre 1913,. Charles Gibault a 33 ans lorsqu’il est mobilisé. Il est tué lors de l’attaque de Notre-Dame de Lorette en 1915. Suzanne est donc veuve à l’âge de 31 ans. Elle élève seule leur petite-fille Huguette. Onze ans plus tard, le 23 mars 1926, elle se remarie avec Georges Buisson qui lui donne le nom sous lequel elle est connue. Dès lors, elle devient une militante socialiste féministe très active. Dévouée et généreuse. Ces qualités se retrouvent dans son parcours de résistante.

Dès la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne, Suzanne Buisson est indignée par la terreur nazie et les coups de force répétés d’Hitler. En Juin 1940, avec des centaines de milliers de Parisiens, Suzanne et Georges Buisson fuient la capitale menacée par l’avance allemande. Ils quittent leur appartement de la rue Doudeauville dans le dix-huitième arrondissement. Ils n’admettent ni l’armistice, signé le 22 juin 1940, ni le vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet. L’exode conduit le couple Buisson à Lyon. Dès la fin de l’année 1940, débute l’activité résistante de Suzanne Buisson. Juive et résistante, elle multiplie les risques d’être arrêtée.

Entre 1940 et 1942, elle rencontre plusieurs fois Léon Blum à la prison de Boussarol où il est détenu à partir de septembre 1941. Léon Blum en témoigne : « Suzanne est venue plusieurs fois me voir à la prison de Bourassol. Elle venait de cette maison de Lyon dont Georges et elle avaient fait un des centres actifs de la résistance, poste de commandement et lieu de refuge tout à la fois. Elle arrivait un peu accablée et essoufflée par la longue marche depuis Riom. Elle me tenait au courant de son travail, mais elle me cachait en partie les dangers auxquels elle s’exposait. Puis, à l’heure fixée, elle se levait, repartait pour l’aventure. » Son appartement devient un des lieux de rendez-vous des clandestins, des porteurs de messages venus de Londres. Elle fait partie de Libération-sud ainsi que son mari et organise des rencontres avec « l’Insurgé », un mouvement de résistance lyonnais fondé en 1941. Elle rédige des articles dans le journal clandestin « Le Populaire » et organise sa diffusion. Elle aide les familles en difficulté, par exemple Marc Jarblum, président de la Fédération des sociétés juives de France et recherché par la police, à qui elle fait obtenir un visa pour regagner la Suisse.( témoignage de M.Jarblum).

La répression de la Résistance à Lyon s’accentue à partir de 1943. Suzanne Buisson, évoque cette situation au début 1944 lorsqu’elle fait parvenir à Georges, représentant à Londres de la CGT, ce courrier :

« Les amis ne veulent plus que je couche chez moi et j’ai inauguré une existence en camp volant. Comme je me trouve toujours bien dans un wagon- avec ma montre, mon indicateur et un roman policier- il se trouve que les circonstances me trouvent adaptée au nouveau régime qui m’est imposé… »

L’étau se resserre et le 1er avril 1944, c’est l’arrestation. Suzanne Buisson n’est pas au rendez-vous du comité directeur du Parti socialiste dans Lyon. De ce jour, on perd sa trace. Seul, un témoignage de Marie-Louise Eymard, sa compagne de cellule à la prison de Montluc, nous donne quelques précisions dans un courrier : elles font connaissance le 14 avril, dans les caves de Berthelot, siège de la Gestapo, en attendant leur interrogatoire. Puis, elles se retrouvent dans la cellule 3 à la prison de Montluc. « Pour faire passer le temps, nous causons beaucoup. Elle me montre son corps et les traces de torture.(…) C’était affreux. Malgré ces tortures de toutes sortes, Suzanne Buisson a tout fait pour ne rien dire, elle donnait de fausses adresses pour détourner la Gestapo. Le 12 mai, elle a quitté Montluc, dans un transport spécial pour Fresnes. » Elle passe donc plus d’un mois à la prison de Fresnes, section allemande. Le 28 juin, elle est transférée avec un groupe de résistants juifs de cette prison au camp de Drancy. Elle y reçoit le matricule 24572.

Le 30 juin, elle est conduite à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy. Le voyage qui dure quatre jours dut être particulièrement insupportable pour Suzanne Buisson, affaiblie par les 3 mois d’internement dans les prisons françaises et les durs interrogatoires qu’elle a subis. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Je n’ai pas trouvé par la suite de témoignage concernant Suzanne Buisson. A supposer qu’elle ne soit pas décédée pendant le voyage, il est probable qu’elle ait été dirigée avec les malades et les personnes âgées vers la chambre à gaz et assassinée ce 4 juillet 1944.


Photographie de Suzanne Buisson parue dans le journal Le 18e du mois
Sources : DAVCC caen-témoignages de Daniel Mayer et de Marie-Louise Aymard -OURS ( Office universitaires de recherches socialistes). « Elles étaient juives et résistantes », éditions Sutton, Chantal Dossin

Chantal Dossin

https://maitron.fr/?article18168
http://www.lours.org/archives/default34f6.html?pid=904
Elles étaient juives et résistantes-Convoi 76, Chantal Dossin
Suzanne Buisson, socialiste, féministe, résistante

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