Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Hermann Brill 1895 - 1959, opposant à Hitler

Un résistant civil par ses écrits et un acteur de la reconstruction
mardi 23 avril 2024

Hermann Brill a vécu à l’époque de l’Empire 1871-1918, de la Républque de Weimar et de la République Fédérale.

Agathe Bernier-Monod, maîtresse de conférences à l’Université Le Havre Normandie, nous a présenté au séminaire d’Hélène Camarade, à l’Université Michel-Montaigne à Bordeaux, son sujet de recherches, Hermann Brill, 1895-1959, son député préféré, un acteur de la résistance au nazisme et de sa mémoire.

Hermann Brill, né à Gräfenroda en Thuringe, en 1895 dans le Reich allemand, mort à Wiesbaden en 1959, dans la République fédérale (BRD).
Il vient d’un milieu politisé. Il suit une formation à Gotha pour être instituteur. En 1914 il est engagé volontaire (Kriegsfreiwilliger), blessé en 1917, il retourne au combat, déprimé. Il adhère au USPD social-démocrate.
Démobilisé, il s’engage en politique.

Un opposant à Hitler
Hermann Brill, étudie le droit à Iéna, fonctionnaire du gouvernement de Thuringe, enseigne à Tinz, école pour ouvriers et syndicalistes.
Elu au parlement régional de Thuringe en 1924, député social-démocrate au Reichstag en 1932. Opposant au national-socialisme, il porte plainte devant la Haute cour du Reich contre Frick, ministre national-socialiste de l’Intérieur et de l’Instruction de Thuringe.
En mars 1932, il conteste la naturalisation d’Hitler, autrichien, candidat au Parlement du Reich. Il fait convoquer Hitler devant une commission d’enquête, mais ne peut le démettre.

1933-1945
En 1933, Herman Brill perd ses droits à la pension de haut fonctionnaire. Il devient membre du "Befreiung der Arbeit" (libération du travail), un cercle de lectures, avec Jakob Greidinger et Otto Jensen. Le groupe devient Neu Beginnen (Nouveau départ) en 1934 avec Kurt Schmidt et Fritz Erler.
Dans la même année il part à Berlin. En 1936, avec Otto Brass pour le groupe social-démocrate, il constitue un "Front populaire allemand" (Deutsche Volksfront) en lien avec des exilés, et rédige le "programme en dix points" pour renverser l’État nazi.
Le texte est diffusé dans plusieurs villes dont Bruxelles.
En 1938 Hermann Brill est arrêté et conduit rue Prinz-Albrecht-Straße [1]. Le 29 juillet 1939, il est condamné avec Otto Brass par le Volksgerichtshof à douze ans de réclusion qu’il purge à la prison (Zuchthaus) de Brandenburg-Görden,
À la fin de l’année 1943, il est transféré au camp de concentration de Buchenwald comme asocial (triangle noir), mais reconnu comme politique par les résistants communistes (triangle rouge), il est affecté au bloc sanitaire et continue de résister.

Le 11 avril 1945, les Américains libèrent le camp de Buchenwald.

Il rédige avec ses amis le "Manifeste de Buchenwald" : Buchenwalder Manifest der demokratischen Sozialisten en avril 1945 [2]
qu’il lit devant les prisonniers allemands, prenant de court les communistes attendant les directives de Moscou.

" Immer […] erinnern wir uns der Toten, die der Kampf des Widerstandes gegen die nazistische Diktatur gekostet hat. Nicht viele im deutschen Volke tun das mit uns […] Deshalb hat diese unsere Erinnerung ihre besondere menschliche Note und politische Aufgabe.." [3]

Participation à la reconstruction de l’Allemagne

Hermann Brill

Il est recruté par les Américains.
En juin 1945, il devient président du gouvernement (Regierungspräsident) de Thuringe, mais il est destitué par les forces d’occupation soviétiques en septembre 1945.

1946-1949 il part en Hesse, à Wiesbaden. secrétaire d’État et chef de la chancellerie du Land de Hesse.
Représentant de la Hesse à Herrenchiemsee, il travaille avec Carlo Schmid à la première version de la Constitution (Loi Fondamentale), veillant à mettre au premier rang les droits fondamentaux.
Il veut faire punir les criminels nazis, obtenir des réparations pour les victimes. Il enquête sur les services des Affaires étrangères où 66% sont d’anciens NSDAP. Des criminels de guerre sont nommés hauts fonctionnaires.
Entre 1949 et 1953 membre du Bundestag pour le SPD, mais non réélu en 1953, il a obtenu une loi pour les victimes, il dérange.
À la fin de sa vie il est professeur d’université à Francfort-sur-le-Main et à Spire. En 1959 il meurt à Wiesbaden.

Un homme de sa génération, mais qu’en est-il de sa sphère privée ? des traumatismes, de sa vie familiale ? Agathe Bernier-Monod attire notre attention sur le masculinisme et le rôle des femmes qui l’entourent.

Hermann L. BRILL, Gegen den Strom, Offenbach, 1946
Renate KNIGGE-TESCH/Peter REIF-SPIREK (Hrsg.) : Hermann Louis Brill 1895 - 1959. Widerstandskämpfer und unbeugsamer Demokrat, Wiesbaden, 2011
https://www.buchenwald.de/geschichte/biografien/ltg-ausstellung/hermann-brill
Sabine KURTENACKER : Der Einfluss politischer Erfahrungen auf den Verfassungskonvent von Herrenchiemsee. Entwicklung und Bedeutung der Staats- und Verfassungsvorstellungen von Carlo Schmid, Hermann Brill, Anton Pfeiffer und Adolf Süsterhenn. Herbert Utz Verlag, München 2017
Carlo SCHMID, Erinnerungen, Goldmann Verlag, 1981

Agathe BERNIER-MONOD, Les fondateurs. Reconstruire la République après le nazisme, ENS Editions, 2022

NM

[1centrale de la Gestapo à Berlin. Il reste les caves où on peut voir l’exposition Topographie des Terrors.

[2Manifesto of Democratic Socialists of the Former Buchenwald Concentration Camp”
https://liberation.buchenwald.de/otd1945/das-buchenwalder-manifest

[3Nous nous souviendrons toujours [...] des morts que le combat de la résistance contre la dictature nazie a coûté. Peu de gens dans le peuple allemand l’ont fait avec nous [...] C’est pourquoi notre souvenir a une valeur humaine particulière.


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