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Docteur Adélaïde Hautval : résister jusqu’au bout… - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Docteur Adélaïde Hautval : résister jusqu’au bout…

Par Dominique Prusak et Anna Szmuc, France Culture
dimanche 23 décembre 2018

« Une histoire particulière » : Docteur Adélaïde Hautval : résister jusqu’au bout…
Dans les camps, elle n’a de cesse de tenter de sauver de nombreuses femmes promises à la chambre à gaz.

« Une histoire particulière » :
Docteur Adélaïde Hautval : résister jusqu’au bout…

Par Dominique Prusak et Anna Szmuc
Sur France Culture, à écouter Une histoire particulière, un récit documentaire en deux parties samedi 26 janvier et le dimanche 27 janvier de 13h30 à 14h.

Adélaïde Hautval
  • 1er épisode : Docteur Adélaïde Hautval, « amie des Juifs ».
    Adélaïde Hautval est née le 1er janvier 1906 dans le village du Hohwald, en Alsace annexée par l’Allemagne impériale. Elle est la dernière des sept enfants du pasteur Philippe Haas. Dès sa naissance, tous ses proches l’appellent « Haïdi », diminutif qui lui restera toute sa vie. Ayant commencé sa scolarité dans une école alors allemande, elle est parfaitement bilingue. Elle étudie la médecine à Strasbourg et se spécialise en psychiatrie infantile. Elle crée un établissement pour « enfants nerveux » avec son frère Emmanuel.
    Au début de la guerre, elle part dans le sud-ouest de la France puis, lors d’un voyage privé, en mai 1942, elle est arrêtée et emprisonnée sur la ligne de démarcation, à Vierzon, pour franchissement illégal de cette ligne qui sépare la France en deux zones, une dite libre, une occupée. Elle a 36 ans.
    Dans sa cellule, elle se solidarise avec une femme juive incarcérée, affligée de l’étoile jaune. Scandalisée par ce marquage, elle s’en fabrique une en papier. En représailles, les Autorités allemandes la déclarent « Amie des juifs » et l’internent dans les « camps pour Juifs » de Pithiviers puis Beaune-la-Rolande, avant de la déporter à Auschwitz-Birkenau puis à Ravensbrück.
    Dans les camps de la mort, elle conserve sa droiture morale et son exigence absolue du respect de la personne humaine. Elle refuse de participer aux expériences pseudo-médicales destinées à « améliorer » la population « aryenne » et anéantir les autres. Avec courage et obstination, elle n’a de cesse de tenter de sauver de nombreuses femmes promises à la chambre à gaz. Sa force de caractère impressionne. Vous avez dit « héroïne » ? Jamais, elle n’en aura le sentiment !
    Elle note : « La psychologie des camps de concentration ! Nul qui n’y a passé ne peut s’en représenter la sombre et inquiétante complexité. Un torrent qui charrie de la boue, des remous irrésistibles, des plantes qui essayent de se retenir mais qui sont entraînées malgré elles et, çà et là, seulement quelques rochers fermes qui représentent la sécurité, le soutien ».
    Après quelques témoignages parus dès son retour des camps, Adélaïde Hautval se tait comme beaucoup de ceux qui ont vécu l’innommable, l’enfer abject.
    Elle devient finalement médecin scolaire et s’installe à Groslay, Val d’Oise, où l’un de ses plaisirs favoris reste le piano.
    En 1965, suite à un témoignage remarquable et remarqué lors d’un procès à Londres, Adélaïde Hautval reçoit, parmi les premières, le titre de Juste parmi les Nations. Le 12 octobre 1988, à 82 ans, elle met fin à ses jours en découvrant les premiers signes d’une maladie dégénérescente.
    https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/docteur-adelaide-hautval-resister-jusquau-bout-12-amie-des-juifs

Intervenants :

Hélène, Frédéric et Théodore Hautval, nièce et neveux d’Adélaïde Hautval.
Christophe Keller, ami de la famille Hautval.
Mylaine Weil, déportée à Birkenau.
Maryvonne Braunschweig, professeur et historienne.
Textes d’Adélaïde Hautval lus par Gabrielle Forest

  • 2ème épisode : Docteur Adélaïde Hautval, l’éthique contre la barbarie.

Adélaïde Hautval est déportée le 24 janvier 1943 de Compiègne à Auschwitz-Birkenau dans le convoi dit des « 31000 », le même que celui des déportées politiques résistantes comme Danielle Casanova, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Charlotte Delbo, la secrétaire de Louis Jouvet. Affectée tout d’abord au Revier de Birkenau, l’infirmerie du camp, elle l’est ensuite au fameux Block 10 d’Auschwitz, au camp central, où près de cinq cents femmes juives de différentes nationalités sont enfermées pour servir de cobayes à des expériences pseudo-médicales.
Pour les médecins nazis à Auschwitz et Birkenau, deux des obsessions sont de trouver une méthode de stérilisation de masse efficace pour réduire le nombre d’individus considérés comme de « race inférieure » et de mettre au point un procédé pour multiplier et améliorer la « race aryenne » en découvrant le secret biologique des jumeaux. À ces entreprises adhère sans réserve le monde médical allemand de l’époque, corps professionnel le plus nazifié de l’Allemagne hitlérienne.
À Auschwitz, les femmes du Block 10 sont soumises à différentes tentatives de stérilisation, selon le médecin nazi auxquelles elles ont été attribuées : injections intra-utérines, prélèvement mutilants, irradiations aux rayons X, retrait des ovaires après irradiation. Dans le Block 10, Adelaïde s’efforce de soigner ces déportées, de les protéger autant qu’elle le peut, s’interdisant de déclarer les cas de femmes atteintes du typhus ou autre maladies graves. Elle les cache aussi dans des recoins des dortoirs, situés à l’étage où les médecins nazis ne vont jamais. Adélaïde Hautval refuse avec obstination de participer aux opérations barbares au risque de sa propre condamnation à mort.
Elle a dit : « Il est impossible que nous sortions vivantes du camp. Les Allemands ne permettront pas aux gens qui savent ce qui se passe ici de reprendre contact avec le monde extérieur ; donc, pour le peu de temps que nous avons encore à vivre, la seule chose qui nous reste à faire est de nous comporter en êtres humains. »
Mais refuser d’obéir à ses limites. Renvoyée à Birkenau pour exécution, elle est sauvée par l’intervention de la responsable de l’infirmerie de Birkenau, une déportée communiste allemande, qui lui administre un somnifère et la fait passer pour morte. Oubliée pendant quelques mois, elle reprend ses fonctions de médecin au Revier de Birkenau d’autant que les Allemands ont besoin d’elle ! Puis, elle est transférée à Ravensbrück où, jusqu’à la fin, elle s’efforce de sauver des détenues épuisées, menacées de la chambre à gaz lors de sélections, en les maquillant et en falsifiant leurs feuilles de température. À la libération du camp, elle reste volontairement plusieurs semaines pour soigner les déportées intransportables.
https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/docteur-adelaide-hautval-resister-jusquau-bout-22-lethique-contre-la-barbarie

Intervenants :
Génia Obœuf, déportée à Auschwitz Block 10.
vidéo :
https://youtu.be/7Mce0nM0UwE
Professeur Georges Hauptmann, professeur de médecine honoraire à l’Université de Strasbourg.
Docteur Bruno Halioua, médecin et historien, chercheur en éthique médicale.
Maryvonne Braunschweig, professeur et historienne.
Textes d’Adélaïde Hautval lus par Gabrielle Forest

Archives INA : Sabine Dahuron
Coordination : Christine Bernard
Prise de son : Yvan Turk
Marie Lepeintre
Mixage : Jean Michel Bernot

Présentation de l’émission :
https://www.dailymotion.com/video/x7115ru

Petit Cahier n° 25. CERCLE D’ETUDE : Docteur Adélaïde Hautval, dite « Haïdi », 1906 – 1988. Des camps du Loiret à Auschwitz et Ravensbrück. Juste parmi les Nations, Conférence-débat du Cercle d’étude du 26 novembre 2014 : conférence de G. Hauptmann, témoignages de G. Obœuf, d’A. Postel-Vinay, textes de M. Braunschweig, de G. Hauptmann. Nombreux documents originaux. En mémoire de C. Palant. 240 p. Petit Cahier (frais de port 2019, 7 euros)
Commander le PC 25

Adélaïde Hautval par Georges Hauptmann

Adélaïde Hautval, (1906-1988) une biographie