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Adélaïde Hautval, (1906-1988) une biographie - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Adélaïde Hautval, (1906-1988) une biographie

PC 25 du Cercle d’étude
vendredi 19 mai 2017

Maryvonne Braunschweig, Georges Hauptmann, Samedi 3 juin 2017, 17h : Librairie Kléber Strasbourg ; présentation du PC 25 "Dr Adélaïde Hautval" dite « Haïdi », 1906 – 1988.

Adélaïde Hautval, « Amie des Juifs », résistante, Juste parmi les nations.

couverture du Petit Cahier Adélaïde Hautval

Le Cercle d’étude vient d’éditer un 55e Petit Cahier intitulé : Docteur Adélaïde Hautval dite « Haidi », 1906-1988 ; des camps du Loiret à Auschwitz et Ravensbrück ; cette biographie d’une femme d’exception est un livre de 238 pages, écrit sur la base d’un immense travail de recherche et de collecte de documents par Georges Hauptmann et Maryvonne Braunschweig.
Ce Petit Cahier se compose de quatre parties : la conférence-débat du 26 novembre 2014, faite par Georges Hauptmann au lycée Condorcet avec les témoignages de Génia Goldgicht-Obœuf, jeune juive belge internée à Auschwitz dans le Block 10 des expériences pseudo-médicales et Anise Postel-Vinay, déportée NN à Ravensbrück, préfacière du livre d’A. Hautval Médecine et crimes contre l’Humanité. Témoignage .
Des textes complémentaires sont ajoutés dans la 2e partie, sur le convoi d’Adélaïde Hautval, rendu illustre par le livre de Charlotte Delbo, et le procès intenté par un médecin auxiliaire des nazis à Léon Uris, des témoignages d’autres déportées à Ravensbrück et Watenstedt et des souvenirs familiaux.
Une troisième partie présente les biographies des différents protagonistes évoqués lors de la conférence, en particulier celles des médecins nazis responsables des expérimentations et des médecins déportés impliqués.
La quatrième, enfin, propose un ensemble remarquable de documents jalonnant la vie d’Adélaïde Hautval, des cartes et des plans, et une médiagraphie très complète. L’ouvrage est également illustré par les dessins et aquarelle d’Aat Breur et de Violette Rougier-Lecoq, déportées. Ce livre incite à la connaissance d’une personnalité méconnue et à quelques réflexions.

Adélaïde Hautval, protestante, « Amie des Juifs » (mai 1942- janvier 1943)
Adélaïde Hautval est née en 1906, au Hohwald, dans une famille protestante, son père Philippe Haas était pasteur de l’Église réformée, en Alsace annexée par le IIe Reich (jusqu’en 1919). Il fait partie de ces Alsaciens qui voulaient rester français, en 1871 (comme d’autres en 1940). Il a choisi, en 1920 (comme sa fille en 1948), d’ajouter à son nom un patronyme français « Hautval », et a élevé ses filles et fils dans une forme de protestantisme d’où l’antisémitisme était exclu, son éducation, les valeurs antiracistes et antifascistes qu’il a transmises à ses enfants expliquent aussi la sensibilité et les refus de sa fille Adélaïde, confrontée à la persécution des Juifs, à l’été 42 : elle écrit « ces rafles qui nous bouleversaient » ou « ne pouvant rester passive, j’ai manifesté mon indignation ». Arrêtée le 30 mai 1942, sur la ligne de démarcation, par la gendarmerie militaire allemande, protestant contre toutes les formes de racisme, elle est incarcérée à Bourges (Cher) ; elle témoigne d’une solidarité active avec une femme portant l’étoile jaune, elle s’en confectionne une, et, suite à l’intervention de la police politique allemande, devenue « Amie des Juifs », elle est condamnée à « partager leur sort ». Elle est donc transférée par l’antenne départementale de la SIPO-SD, le lieutenant SS Eric Hasse, dans les camps d’internement, dits « de Juifs » de Pithiviers et Beaune la Rolande, où elle est témoin des arrivées de trains des raflés du Vel d’Hiv, de la déportation des mères et des enfants, voire des bébés, qu’elle qualifie de « scènes abominables ». Elle refuse de s’évader pour ne pas compromettre l’action sociale et sanitaire de la Croix-Rouge, et travaille dans les infirmeries des deux camps, à soulager ou à épargner les internés. Refusant de « renier ses convictions », suite à un interrogatoire par le tribunal militaire d’Orléans, elle est transférée dans le fort allemand de Romainville, le 11 novembre 1942, où elle reste jusqu’à sa déportation, par le convoi de résistantes du 24 janvier 1943, à majorité des femmes communistes.

Médecin résistante dans les camps d’Auschwitz-Birkenau (janvier 1943 - août 1944) et Ravensbrück-Watenstedt (août 1944- juillet 1945).
Médecin internée à Auschwitz, elle est, après la quarantaine, affectée au Block 22, elle y soigne des déportées allemandes, des triangles verts (droits communs) et noirs (asociales) et établit des « diagnostics inoffensifs » refusant d’écrire que des détenues sont « incapables de travailler », ce qui les condamnait à mort. Le plus remarquable est cependant la résistance active dans laquelle elle s’engage après son envoi au Block 10 d’Auschwitz, celui des pseudo-expériences médicales. Elle réitère son refus de participer à une entreprise de stérilisation de jeunes femmes juives, d’opérer des sélections pour la chambre à gaz. Elle tiendra tête successivement aux médecins nazis : Drs Wirths, Dr Weber, Dr Clauberg, Dr Schumann, Dr Mengele, aidés par des médecins déportés : Wladyslaw Dering et Maximilian Samuel. Elle écrit : « Je ne puis m’empêcher de lui dire que personne n’avait le droit de disposer ainsi de la vie des gens  ». Dénoncée, elle est renvoyée à Birkenau où elle explique à des médecins amies : « Les Allemands ne permettront pas aux gens qui savent ce qui se passe ici de reprendre contact avec l’extérieur donc la seule chose qui nous reste à faire est de nous comporter en êtres humains. » Elle est cachée par Aurélia Torgau-Wald « Orli », déportée communiste allemande, doyenne de l’hôpital des détenues, puis elle est atteinte du typhus. Transférée à Ravensbrück, le 4 août 1944, puis à Watenstedt (annexe de Neuengamme), d’où elle est renvoyée dans le camp précédent où elle affronte les SS et les médecins nazis, Dr Treite et Dr Winckelmann, en aidant les déportées menacées de « transports noirs », dans un centre d’euthanasie, ou de gazages. Nombre de ses camarades déportées (Lily Van Oost, Geneviève Leider) témoignent de ses actions de sauvetage. Libérée le 30 avril 1945, elle reste pour soigner les malades (Simone Loche) jusqu’à leur rapatriement. Elle-même ne rentre que le 2 juillet 1945.

Témoin, Juste parmi les Nations
Adélaïde Hautval témoigne, modestement, dans la thèse de médecine d’André Abraham Lettich, en 1946, et, par un livre, publié après sa mort, grâce à Anise Postel Vinay, réédité en 2006 et traduit en allemand. Elle aura les plus grandes difficultés à se faire reconnaître comme résistante déportée (1963) mais deviendra Juste parmi les nations, la quatrième en France, la deuxième femme, en 1965. Son témoignage au procès de Londres (Dr Dering contre Léon Uris), en 1964, aura plus de retentissement, et depuis les années 1990, elle est publiquement honorée (son nom est donné à des rues, un hôpital [1]) mais elle reste encore trop méconnue.

Si le médecin Adélaïde Hautval, comme le préfet Jean Moulin, en 1940, ont été des personnes qui, dans l’exercice de leur métier ou de leur fonction, ont refusé les injonctions des autorités nazies : de signer un protocole (raciste) mettant en cause, sans preuve, des soldats sénégalais de l’armée française ou de prêter leur concours à des expériences pseudo-médicales sur de jeunes femmes juives, de toutes nationalités, c’est parce qu’ils ont eu le courage personnel de mettre au-dessus de leur vie les valeurs qui les constituaient : le patriotisme et l’antifascisme, l’antiracisme et les droits de l’homme. Cela fait d’eux des personnalités remarquables, à l’image de Robert Waitz, et à bien des égards, exemplaires.

Marie- Paule Hervieu, mars 2017.

PC 25. Maryvonne Braunschweig, Georges Hauptmann, Docteur Adélaïde Hautval, dite « Haïdi », 1906 – 1988. Des camps du Loiret à Auschwitz et Ravensbrück. Juste parmi les Nations., Conférence-débat du Cercle d’étude du 26 novembre 2014 : conférence de G. Hauptmann, témoignages de G. Obœuf, d’A. Postel-Vinay, nombreux documents originaux. En mémoire de C. Palant, édition du Cercle d’étude, Paris, 2017, 240 p.

bon de commande du Petit Cahier Adélaïde Hautval

Avon, Journée des auteurs et des poètes Dimanche 21 mai de 11h à 18h. Parc de Bel Ebat.
Maryvonne Braunschweig pour Adélaïde Hauval.
http://www.avon77.com/spip.php?article3982

Samedi 3 juin 2017, 17h : Librairie Kléber Strasbourg ; présentation du PC 25 "Dr Adélaïde Hautval" avec les auteurs Georges Hauptmann, et Maryvonne Braunschweig.
http://www.dna.fr/pour-sortir/loisirs/Rencontre-conference/Conferences/Alsace/Bas-rhin/Strasbourg/2017/06/03/Adelaide-hautval-n-a-rien-cede

Adélaïde Hautval par Georges Hauptmann

[1L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a rebaptisé le 13 mai 2015 l’hôpital de Villiers-le-Bel, dénommé jusque-là Charles Richet, médecin aux opinions racistes, pour lui donner le nom d’Adélaïde Hautval, une psychiatre qui a accédé au titre de Juste parmi les Nations.