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Les Marches de la mort : la parole est aux témoins - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Les Marches de la mort : la parole est aux témoins

lundi 15 septembre 2014

Cet article ne concerne que les évacuations massives de camps pour échapper à l’arrivée des Alliés. La plupart des témoins est passée par Auschwitz-Birkenau ou ses camps annexes.

Les marches de la mort : la parole est aux témoins

Bien d’autres témoins auraient bien sûr pu être cités. Parmi ceux dont les propos sont utilisés dans cet article, la plupart (mais pas tous) est passée par Auschwitz-Birkenau et/ou ses camps annexes. Il m’a semblé indispensable de citer deux grands écrivains (Primo Levi et Robert Antelme) du fait de la finesse de leurs analyses et de la qualité littéraire de la transcription de leurs souvenirs. De courtes informations biographiques et bibliographiques concernant chacun des témoins sont à consulter en fin d’article (témoins cités par ordre alphabétique) en pdf.

Certes, comme l’analyse Primo Levi, « pour la connaissance des Lager, les Lager mêmes n’étaient pas toujours un bon observatoire : dans les conditions inhumaines auxquelles ils étaient soumis, les prisonniers pouvaient rarement acquérir une vision d’ensemble de leur univers ». Un des objectifs de notre cercle d’étude est l’écoute, la transmission des témoignages des déportés. Leur parole reste irremplaçable : eux seuls peuvent nous faire connaître les faits au quotidien, tenter de nous faire percevoir leurs impressions, leurs sentiments, leurs ressentis. Cette synthèse ne cherche donc qu’à juxtaposer ces paroles de témoins.

Cet article ne concerne que les évacuations massives de camps pour échapper à l’arrivée des Alliés. Il ne traite pas des transferts de petits groupes de déportés d’un camp à un autre : ces transferts ont eu lieu à diverses périodes et n’ont pas eu pour objectif de « vider » un camp de ses prisonniers face à l’arrivée des armées alliées contre le nazisme.
Seuls les évacuations sont analysées et ce que subissent les déportés une fois « stabilisés » (il est impossible d’écrire « installés ») dans un nouveau camp est hors de notre recherche.

Les marches de la mort, dans cette définition, commencent donc en janvier 1945 pour les camps nazis les plus à l’est et tout particulièrement Auschwitz – Birkenau et camps annexes, évacués devant l’avancée des troupes soviétiques. [1] Sarah Montard, comme tous les autres témoins, évoque cette proximité du front : « La nuit, nous entendions le canon sans arrêt ; le matin, sur le trajet jusqu’au lieu de travail, nous voyions des trous d’obus et nous nous réjouissions : « Pourvu qu’ils bombardent ! Il y en aura qui mourront mais d’autres seront sauvés et retrouveront la liberté ». Ensuite, les replis de la périphérie du « Grand Reich » vers le centre de l’Allemagne se multiplient, depuis l’est et depuis l’ouest, en fonction de l’avancée des Soviétiques et des Anglo-Américains et ce jusqu’à la toute fin de la guerre en Europe. Pour chacune des citations, il est donc précisé entre crochets la période concernée : janvier ou printemps 1945.

Pour la plupart des témoins, ces marches de la mort cherchaient à vider les camps avant l’arrivée des Alliés ; toutefois des déportés restent sur place.

- Nadine Heftler considère que Birkenau avait déjà été en grande partie évacué par des transports successifs avant le 18 janvier 1945. Ainsi, au camp des Tsiganes où elle se trouve en janvier 1945 ( l’extermination des familles tsiganes avait eu lieu en août 1944), « il ne restait plus ... que des malades, des personnes très faibles et incapables de tout travail, des femmes enceintes, de jeunes mères ou des enfants et des cadavres nus ».

- Henry Bulawko précise qu’ils sont partis de Jaworzno en soirée. 4000 déportés partent ; « seuls restaient au camp les grands malades intransportables ». [janvier]

- Liliane Lévy – Osbert indique que le 17 janvier 1945, le camp se vide ... « il ne reste rien que quelques mourants oubliés, et quelques filles volontaires qui se sont camouflées pour les aider à mourir, pour les sauver ?... »

- Primo Levi raconte : « Tous les hommes valides (à l’exception de quelques individus bien conseillés qui, au dernier moment, s’étaient déshabillés et glissés dans des couchettes d’infirmerie) partirent dans la nuit du 17 janvier 1945. Vingt mille hommes environ, provenant de différents camps ».

-  Sarah Montard sait qu’elle aurait pu rester dans le camp d’ Auschwitz I : « J’aurais pu me cacher et rester là, comme certains l’ont fait, mais j’avais toujours dans mon coeur l’espoir de retrouver ma mère. Je suis donc partie avec les autres. Les nazis ne voulaient pas laisser de témoins, à part les malades dont ils espéraient la mort avant la libération du camp. » [janvier]

- Maurice Cling souligne qu’il a connu une sélection au moment de l’évacuation d’Auschwitz : « 16 janvier 1945 ... Nous devons tous passer nus en file indienne devant les chefs. Assis près de l’entrée, ils décident de qui part et qui reste ... Je suis ... bon pour l’évacuation ». Lui aussi pense qu’il aurait pu rester : « une sorte d’instinct de conservation me souffle de ne pas partir. Il serait assez facile de se cacher dans la confusion générale. Mais je suis terrorisé par l’idée que le Lager va sauter »

Au contraire, dans d’autres camps, les témoins sont persuadés que les nazis ne laissent personne derrière eux.
- Robert Antelme raconte comment le 4 avril 1945, ceux qui avaient déclaré ne pas pouvoir marcher, ceux entassés au revier sont emmenés par les kapos et les SS ; « c’était à gauche qu’il fallait tourner pour Gandersheim, et les SS ont tourné à droite. La colonne des malades a tourné à droite et a grimpé vers le petit bois ... [un quart d’heure après] Rafale de mitraillettes. Rafale de mitraillette. Des coups isolés. Un dernier coup. »

- Quant à Suzanne Birnbaum, elle précise « il faut partir, personne ne doit rester, même les mourantes de l’hôpital, qu’on transporte par la tête et les pieds sur un camion ». Et alors que Suzanne est épuisée, qu’elle tombe évanouie, qu’elle tient à peine debout ensuite, il lui faut « marcher cent mètres pour prendre les camions qui doivent [les] déposer à une gare quelconque ». [printemps]

En fait, comme toujours dans les camps l’absence d’informations laisse libre cours aux rumeurs et supputations. Maurice Cling signale : « Le bruit court que les malades resteraient. Mais d’autres disent que le camp est miné – ce qui paraît tout à fait crédible – et que les SS le feront sauter avant de partir. » Et quelques lignes plus loin il précise à propos de l’« évacuation » : « Comme d’habitude, personne ne sait exactement ce que le mot signifie. L’angoisse s’installe. André s ’efforce de me rassurer : « C’est peut-être un moindre mal, car ceux qui resteront ... ». [janvier]

La suite : Les principales caractéristiques des évacuations des camps

Ce travail résulte de l’analyse de divers témoignages : les uns ont été enregistrés par l’UDA ou le cercle d’étude à des dates diverses, d’autres ont fait l’objet de chapitres dans des livres qui ont été publiés (voir la bibliographie sur le site du cercle d’étude http://cercleshoah.org) ; certaines informations ont été fournies lors de conversations directes entre les déportés et l’auteure de cette synthèse ou lors de témoignages présentés pendant les réunions de travail des commissions du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah (commissions réunissant déportés et enseignants).

Informations biographiques et bibliographiques :
http://www.cercleshoah.org/IMG/pdf/bio-biblio-temoinsmm.pdf

La suite : Les principales caractéristiques des évacuations des camps
La suite : La difficile reconstitution des parcours des Marches de la mort
La suite : Survivre pendant les Marches de la mort ?
La suite : Comment expliquer ces Marches de la mort ?

Martine Giboureau
mise en ligne, décembre 2014

Petit Cahier, Les Marches et trains de la mort - Transferts, évacuations et libérations des camps nazis ( juillet 1944- mai 1945), juin 2016

[1Maurice Cling raconte : « Le récit des évacués de Lodz me revient en mémoire. Ils avaient marché six cents kilomètres, disaient-ils ». Il s’agit des 67 000 détenus du ghetto évacués à Auschwitz fin août 1944. Les évacuations ont commencé en Pologne dès juillet 1944 devant l’approche des troupes soviétiques.


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2 décembre 2014
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