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Préparer les élèves à une visite dans un Mémorial et/ou un camp - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Préparer les élèves à une visite dans un Mémorial et/ou un camp

mercredi 3 avril 2019

Cours sur la déportation et la Shoah Préparer les élèves à une visite dans un Mémorial et/ou un camp

Birkenau

L’article du Monde a ravivé la nécessité de construire une démarche pédagogique centrée sur la visite d’un mémorial particulièrement rigoureuse.
https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/03/29/photos-selfies-le-memorial-d-auschwitz-appelle-a-la-decence_5442917_4408996.html

Quels sont les sites concernés ?

  • En France : Drancy, le Mémorial de la Shoah, le camp des Mille, le camp de Gurs, le camp de Rivesaltes, le musée-mémorial de Royallieu, Oradour, le Struthof …
  • Hors de France : le Mémorial aux juifs assassinés de Berlin, Auschwitz-Birkenau, Maidanek, Treblinka, Plaszow …

Pourquoi emmener les élèves dans un lieu marqué par la déportation et/ou la Shoah ?

  • Un Mémorial, un camp, devenus lieux de visite, doivent permettre aux élèves par le biais de l’émotion ressentie, de mieux cerner les réalités de ce qui a été subi du fait de la politique nazie.
  • Un moment différent des cours donnés chaque semaine est beaucoup plus marquant et aide à la mémorisation à long terme.
  • Toute démarche pédagogique forte sur ce thème a un objectif civique : lutter contre tous les racismes, toutes les ségrégations.

Quelles attitudes devons-nous exiger sur place ?

  • Respect des lieux en mémoire des milliers, millions de victimes = niveau sonore mesuré, pas de musique ni de conversations téléphoniques hors de propos
  • Ne pas confondre l’espace visité, parcouru à pied, avec un terrain de jeu
  • Accepter que les émotions soient fortes et ne pas vouloir les surmonter, décompresser par des éclats de rire, boutades, cris, ‘’jeux’’ gênants
  • D’abord regarder, réfléchir, puis éventuellement faire des photos des lieux mais attendre la sortie pour faire des selfies [1] (puisque cette pratique semble incontournable pour les jeunes générations) puis partager ces diverses photos.

Comment préparer les élèves avant le départ ?

  • Travailler sur la photographie en général : quel but, quels choix techniques (cadrages, noir et blanc ou couleurs …), quelle utilisation ? Il est vraisemblable que lors de la production finale rendant compte de la visite, les photographies auront une large place.
  • Peut-être pour les plus grands (lycéens et post-bac) montrer quelques photo- montages faits par Shahak Shapira : l’Israélien Shahak Shapira, a récupéré des photos de touristes prises au mémorial de la Shoah à Berlin, et a découpé les personnages pour les intégrer dans des images d’archive montrant des cadavres de personnes déportées. Après la mise en ligne du projet, les touristes en question, dit-il sur son site, « ont compris le message, ont présenté leurs excuses et ont décidé de supprimer les selfies de leurs comptes Facebook et Instagram ».
  • Donner toutes les informations historiques sur le lieu visité et toutes les informations pratiques sur le site : le premier objectif d’une telle visite est l’apprentissage de faits historiquement démontrés.
  • Organiser un débat sur l’échange suivant à propos des photos mises en ligne montrant des jeunes gens s’exercer à l’équilibre sur les rails d’Auschwitz : l’argument qu’ont apporté des internautes en réponse au message du mémorial d’Auschwitz. « Marcher sur des rails symbolise que les choses vont mieux aujourd’hui », écrit par exemple l’un d’entre eux sur Twitter « Laissez les gens rire. Se souvenir, ça n’implique pas d’être solennel et austère tout le temps. » « Sourire est humain », a répondu le mémorial. « Il y a d’ailleurs des histoires humaines qui se sont passées à Auschwitz qui peuvent faire sourire les gens. Vous n’avez pas à être solennel et austère tout le temps. Mais il y a des choses qui sont simplement irrespectueuses. » L’institution développe : « Parfois les gens ont besoin de décompresser un peu. Mais il y a des moyens plus ou moins appropriés de le faire sur ce site historique. Marcher sur les rails où des centaines de milliers de personnes ont été envoyées dans les chambres à gaz ne fait pas partie des moyens appropriés. »
  • Réfléchir sur le verbe « se recueillir » : penser, réfléchir, méditer
    Rentrer en soi-même, concentrer sa pensée sur ce qu’on ressent en écoutant le guide, en lisant les panneaux, en réalisant ce qu’il s’est déroulé entre 1933 et 1945.

Concentrer son attention, rassembler ses esprits avant une action importante ou dans une circonstance grave. Synon. s’absorber, se concentrer ; anton. se disperser, se dissiper, s’éparpiller.

S’isoler du monde extérieur, en faisant silence pour rentrer en soi-même et faire place à ce qu’il y a de plus profond et de plus spirituel en soi (hors de toute considération religieuse, par définition totalement personnelle).

  • Décider d’une action collective à faire lors de la visite pour partager le recueillement.
  • Organiser des petits groupes : chaque élève est responsable des autres membres du groupe pendant la visite et doit être prêt à signaler tout problème (y compris les débordements d’émotion).

Sur place, à quoi faut-il être vigilant ?

  • Aider les plus émus pour leur permettre de dépasser leur peine ; éventuellement les accompagner à la sortie avant la fin de la visite prévue
  • Pour les lieux très visités, éloigner ses propres élèves de groupes trop exubérants et critiquer explicitement et immédiatement leur attitude
  • Réaliser dans les conditions les plus apaisantes possibles l’action choisie collectivement en hommage à tous ceux qui sont morts
Crématoire à Birkenau

"Que faire à Auschwitz ? Prendre des photos est la seule façon de se distancier". Jurek Becker

L’historienne Annette Wieviorka rappelle que l’organisation de voyages à Auschwitz est inutile sans transmission préalable de savoir. Seule la connaissance de l’histoire du camp rend en effet possible la transmission de la mémoire de ce lieu où plus d’un million de personnes fut exterminé.

Petit cahier n° 9 : Projection-débat du 25 mars 2009 - Auschwitz, passé et présent , avec conférence-débat sur le film Après les touristes, A. Wieviorka, articles de M. Braunschweig, F. Bottois, M.-P. Hervieu, et N. Mullier, CR sur Les orpailleurs de Thierry Jonquet et Auschwitz soixante ans après d’Annette Wieviorka, article sur les voyages d’étude à Auschwitz avec des élèves, documents sur Auschwitz.

Voir, écouter, lire des témoignages
Auschwitz, des supports pour mieux comprendre

Mémoire Demain avec fiches pédagogiques
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article67

Le site du Musée d’Auschwitz-Birkenau
http://auschwitz.org/en/
Les problèmes posés par la fréquentation du site
Le Musée d’Auschwitz-Birkenau et le problème de sa conservation

Camps en Allemagne, en Pologne, Auschwitz-Birkenau, camps en France :
Camps de concentration et d’extermination

Nuit et Brouillard, film d’Alain Resnais (1956), Texte de Jean Cayrol dit par Michel Bouquet, Musique Hanns Eisler, 32 min, noir et blanc et couleur, Argos Films/Arte France, 2003
http://clioweb.free.fr/camps/nuitetbrouillard.htm

A suivre.

[1Fanny Georges, maître de conférence à l’université Sorbonne-Nouvelle et spécialiste de l’identité numérique affirme « Le selfie est souvent interprété comme un acte de narcissisme, mais c’est en fait une pratique médiatique comme une autre. Ces photos ne sont pas nécessairement une façon de montrer qu’on est particulièrement beau, ou ceci, ou cela. C’est une manière de dire qu’ils sont là, de faire passer leur émotion, avec leurs moyens communicationnels. Il s’agit moins d’utiliser Auschwitz pour communiquer une image de soi que de communiquer une émotion liée au lieu, même si ça passe par des filtres, une présentation impeccable… C’est une norme de présentation de soi. Sur les réseaux sociaux, on se présente toujours de façon positive, avec détachement, mais tout le monde sait que ce n’est qu’une norme de communication. »