Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

La réception de Mein Kampf en France, colloque au DHI

édition critique allemande gratuite en ligne, t 1 et 2.
vendredi 27 avril 2018

Ce texte, dans les années 1930, est accueilli d’abord avec indifférence et mépris. « Les chercheurs, eux, pourront toujours la lire. A part eux, qui peut avoir un intérêt à la lecture de Mein Kampf ? » Johann Chapoutot

Mein Kampf (Mon combat) est un livre rédigé par Adolf Hitler entre 1924 et 1925. Commencé pendant les neuf mois de sa détention à la prison de Landsberg à la suite du putsch de la Brasserie, à Munich.

HITLER Adolf : Mein Kampf. Ester Band : 1925 ; Zweiter Band : 1927, Munich, éditions Eher-Verlag (éditions du parti nazi) (18 juillet 1925 et 11 décembre 1926, parution 1927.) 27 chapitres.
1930 parution en un seul livre.
Le tirage officiel était de 12,4 millions en 1945. Il a été diffusé aux couples mariés, aux membres de la SS, du parti national-socialiste. 1933 Mein Kampf est quasi obligatoire dans les familles allemandes.

En France, une version abrégée, une traduction non autorisée, un procès :
HITLER Adolf, Mein Kampf, Mon Combat , Nouvelles Éditions Latines, 1934, traduction contestée de Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes.

  • Journée d’étude «  La réception de Mein Kampf en France », 23 avril 2018.
    Institut historique allemand, 8 rue du Parc-Royal, 75003 Paris, www.dhi-paris.fr. 14H00–18H30.
    Organisation. Nicolas PATIN (université de Bordeaux. Montaigne). David GALLO (CRH EHESS).
    http://crh.ehess.fr/index.php?6120

Programme

Rencontre scientifique, organisée par David Gallo (HHS) et par Nicolas Patin (Université Bordeaux Montaigne), avec le soutien du LabEx Tepsis

Cette rencontre, vise donc à éclairer certaines de ces zones d’ombre, en s’intéressant à la circulation du texte dans les années 1930 et en se penchant, pour la première fois, sur la trajectoire judiciaire du texte, notamment du point de vue du droit d’auteur, entre le procès de 1934 et celui de 1979. Avec la nouvelle édition scientifique allemande disponible depuis 2016 et une édition française en préparation"

MK = que va faire Hitler ? c’est la question pour les Français après 1933.

https://www.dhi-paris.fr/fileadmin/user_upload/DHI_Paris/07_Newsroom/2021/Francia_47_2020_419-488_Atelier_Gesamt.pdf

« En 1925, en dehors de la mouvance Völkisch, Mein Kampf est accueilli avec indifférence ou mépris. Aucun groupe, aucun parti ne semble prendre la mesure de l’événement, que ce soit le parti communiste, les Églises, ou même la presse juive. Mais en 1933, quand Hitler devient chancelier, un million d’Allemands achètent Mein Kampf »

« Ce texte n’a pas eu l’importance qu’on lui prête, ni son auteur la centralité absolue que l’on croit. » Johann Chapoutot

Frédéric Sallée Sur les chemins de terre brune. Voyages dans l’Allemagne nazie, 1933-1939 , Fayard, 2017.
Quelle est la réception de MK par les voyageurs ?
Hitler va-t-il faire ce qu’il a couché sur le papier en 1925, ou a-t-il changé ? se demande André François-Poncet.

« La France est particulièrement attaquée dans Mein Kampf. Or Hitler veut rassurer l’opinion française : ainsi, en novembre 1933, interviewé par Fernand de Brinon (futur collaborateur) pour Le Matin, il s’affirme pacifiste et minimise Mein Kampf, « un livre plein d’imprécations écrites en prison. » Et il refuse l’offre de traduction de Sorlot, le directeur des Nouvelles Éditions latines. » Il le poursuit au nom du droit d’auteur.

 Édition allemande

Hitler, Mein Kampf – eine kritische Edition , Christian Hartmann, Thomas Vordermayer, Othmar Plöckinger et Roman Töppel (sdl) (Munich, Institut für Zeitgeschichte, 2016) :

https://www.ifz-muenchen.de/aktuelles/artikel/mein-kampf-jetzt-auch-als-online-fassung

Les deux volumes gratuits :
Hitler, Mein Kampf, Eine kritische Edition, Band I, Band II, Im Auftrag des
Instituts für Zeitgeschichte München–Berlin
https://www.mein-kampf-edition.de/

Non disponible : http://www.ifz-muenchen.de/aktuelles/themen/edition-mein-kampf/
https://www.historisches-lexikon-bayerns.de/Lexikon/Hitler,_Adolf:_Mein_Kampf,_1925/26

Hitler. Biographie, Peter Longerich, Berlin, 2015

Le nazisme

Les Allemands, l’ont-ils lu ?
On peut en douter. Vu un exemplaire imprimé en écriture gothique dans une famille, où un pasteur avait annoté les passages racistes.
Othmar Plöckinger, Geschichte einese Buches : Mein Kampf 1922-1945 eine Veröffentlichung des Instituts für Zeitgeschichte, München, Oldenburg, 2006, 632 p.

« De nombreuses traductions arabes sont très libres, Hitler apparaît alors presque comme une sorte de personnage de conte. » écrit Plöckinger.

Hitlers Mein Kampf - Eine Demontage une série d’articles, 2015 :
https://www.br.de/nachricht/mein-kampf/index.html

« « Mein Kampf » gilt als gefährlichstes Buch deutscher Sprache. » MK est considéré comme le livre le plus dangereux en langue allemande : „Vernichtungssprachwesen“ un langage d’extermination, mais cela ne suffit pas.

Wenn irgendetwas in „Mein Kampf“ originell ist, dann Hitlers Überlegungen zur Beherrschung der Massen. Die Offenheit, mit der er sich zur Gewalt und zur Lüge bekennt, ist ihm von seinen Kritikern im demokratischen Lager damals ja auch um die Ohren gehauen worden les réflexions d’Hitler sur la domination des masses. La franchise avec laquelle il avoue la violence et le mensonge lui a d’ailleurs été renvoyée aux oreilles par ses détracteurs du camp démocratique à l’époque. Othmar Plöckinger

Hitler ist auf jeder Seite von „Mein Kampf“ Hitler, ohne Selbstzweifel oder kritische Reflexion. Darin liegt ein wichtiger Grund für seine enorme Wirkung – und für sein finales Scheitern.
Hitler est à chaque page de « Mein Kampf », Hitler, sans aucun doute sur lui-même ni réflexion critique (Hitler ist auf jeder Seite von „Mein Kampf“ Hitler, ohne Selbstzweifel oder kritische Reflexion.) C’est là une raison importante de son énorme impact - et de son échec final. Othmar Plöckinger
https://www.br.de/nachricht/mein-kampf/othmar-ploeckinger-mein-kampf-100.html

VITKINE Antoine, Mein Kampf, histoire d’un livre, Paris, Flammarion, Coll. « Champs histoire », 2013, 332 p.
ROCHE Anne, « Antoine Vitkine, Mein Kampf, histoire d’un livre », Témoigner. Entre histoire et mémoire [En ligne], 118 | 2014, mis en ligne le 01 octobre 2015
https://journals.openedition.org/temoigner/1036

S’interroger sur la forme plutôt que le fond  ? :
KOSCHORKE Albrecht, Manipuler et stigmatiser, Démystifier Mein Kampf , CNRS édition, 2018
(Adolf Hitlers ’Mein Kampf’, Zur Poetik des Nationalsozialismus, Matthes und Seitz, Berlin, 2016, 93 p.)

 Une nouvelle traduction de Mein Kampf 2021

Ancienne traduction :Mon Combat / Traduction intégrale de Mein Kampf par J. Gaudefroy-Demonbynes et A. Calmettes, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1934, 685 p.

  • La traduction pour Fayard, 2021
    On pouvait craindre que la nouvelle traduction en français de MK, illisible en allemand, soit faite en français fluide,comme l’édition de 1934, mais il a été traduit en reproduisant les défauts de l’original (NM).

« Ce livre, encore une fois, est illisible. Il comporte essentiellement des éructations, des invectives, des raisonnements bancals » Olivier Mannoni en 2015
https://www.lepoint.fr/histoire/

Selon Christian Ingrao, « Olivier Mannoni a fait un travail de longue haleine difficile et coûteux nerveusement. En langue originale, Hitler écrit comme un cochon : il est redondant, ampoulé, avec une tendance à la boursouflure. Il fallait désacraliser ce livre lourd, lent, ennuyeux, qui ne convaincra personne ».
https://www.dhnet.be/actu/monde/comment-mein-kampf-a-ete-retraduit-en-francais-
Olivier Mannoni, traducteur de « Mein Kampf » a dû reprendre sa traduction pour faire apparaître la bêtise du texte  : « Une soupe incohérente, on pourrait devenir à moitié fou en le traduisant ». « On ne peut pas lire dans Mein Kampf l’annonce directe de la Shoah », mais un tissus de mensonges, un livre raciste et antisémite, le besoin d’espace vital pour l’Allemagne.
https://www.marianne.net/monde/europe/edition-critique-de-mein-kampf-est-il-dangereux-de-traduire-hitler.

"• une nouvelle traduction de Mein Kampf, élaborée par Olivier Mannoni en collaboration avec l’équipe scientifique,
• un appareil critique de près de trois mille notes adaptées de l’édition critique allemande de référence publiée par l’Institut für Zeitgeschichte qui encadre cette traduction,
• un ensemble de vingt-sept introductions de chapitre précédées par une longue introduction générale."
https://www.ifz-muenchen.de/

« Car nous avons, je crois pouvoir le dire, un espoir secret : celui que le lecteur, échaudé par l’expérience pénible de la lecture de la prose hitlérienne, se rabatte, sans presque s’en rendre compte, sur ces introductions et que ce soit de celles-ci qu’il retire une connaissance plus approfondie non seulement de Hitler ou de son livre, mais aussi de l’histoire tragique de l’Europe depuis un siècle et demi. » Florent Brayard
https://www.politika.io/fr/atelier/historiciser-mal-edition-critique-mein-kampf

Un texte bordé de notes, de longues introductions :
https://www.lemonde.fr/livres/article/2021/05/26/mein-kampf-histoire-d-une-edition-critique-francaise_6081557_3260.html

« un très dense appareil critique, 2 800 notes au total, qui déconstruisent ses phrases racistes et criminelles. Jusqu’à présent, les traducteurs essayaient de faire sens de ce pamphlet, de le restituer en bon français, de corriger les syntaxes idiotes et les fautes logiques. Là, il a été rendu dans toute sa bêtise et sa folie. »
https://www.franceculture.fr/histoire/la-nouvelle-edition-critique-de-mein-kampf-est-deja-un-best-seller

« - Je ne lui accorde pas un rôle fondateur. Hitler, au moment de sa rédaction, dans le mitan des années 1920, veut réaffirmer sa présence avec un livre pour reconstituer son autorité politique gravement atteinte par l’échec du putsch de Munich. Beaucoup de gens, au sein du Parti nazi, veulent se passer de Hitler, y compris Goebbels. Pour reconstruire une crédibilité, le chef contesté dicte cet ouvrage, qui est à la fois une vision du monde, un programme politique et une autobiographie totalement fantasmée. Mein Kampf, peut-on constater à la lecture, est un pot-pourri d’idées puisées à toutes les sources de l’extrême-droite de l’époque. Elles n’ont absolument rien d’original. Hitler en fait une synthèse grandiloquente. » Johann Chapoutot.

L’équipe :

Florent Brayard et Andreas Wirsching, (sdl), Historiciser le Mal, une édition critique de Mein Kampf, traduction Olivier Mannoni, Fayard, 2021
Édition établie par Anne‑Sophie Anglaret, David Gallo, Johanna Linsler, Olivier Baisez, Dorothea Bohnekamp, Christian Ingrao ,Stefan Martens, Nicolas Patin, Marie‑Bénédicte Vincent
Avec la participation de Dorit Brixius, Jörg Echternkamp, Andreas Guidi, Marie‑Pierre Harder
Aurélie Audeval, Diane Carron, Ugo Pagani, Nicolas Thervet.
Les membres du comité scientifique international Christian Hartmann (Zentrum für Militärgeschichte und Sozialwissenschaften, Potsdam) Denis Peschanski (Centre européen de sociologie et de science politique, Paris) Othmar Plöckinger (Salzbourg), Renée Poznanski (Ben-Gurion University of the Negev, Beer-Sheva) Uwe Puschner (Freie Universität, Berlin) Henry Rousso (Institut d’Histoire du Temps Présent, Paris)
https://fayard.landing-hachette.fr/wp-content/uploads/sites/7/2021/05/Livret-de-presentation-de-Historiciser-le-mal-Editions-Fayard.pdf

NM