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Esther Sénot - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Esther Sénot

Mémoires des années 1943- 1944
vendredi 20 septembre 2013

Après la rafle du Vél’ d’Hiv’, l’errance d’Esther à la recherche d’un abri, l’arrestation et la déportation.

Esther Sénot, née Dzik, est née le 15 janvier 1928 à Kozieniece, Pologne. Nachim Dzik son père, cordonnier et Gela, sa mère, habitaient Belleville, impasse de Gênes, puis passage Rome. Ils avaient 7 enfants : Israël, Maurice, Samuel, Marcel, Fanny, Esther et Achille qui, lui, est né à Paris.Ils sont arrivés en France en 1928. La naturalisation leur a été refusée en 1934.

Mémoires des années 1943- 1944
Entretien avec Esther Sénot, née Dzik, née en janvier 1928 en Pologne.

Le 17 juillet 1942 mes parents m’ont envoyée faire le tour des membres de la famille pour savoir qui avait échappé à la rafle. Tous avaient disparu, emmenés au Vél’ d’Hiv’ ou en fuite. Quand je suis rentrée, plus personne, mon père, ma mère et Achille, mon frère de 11 ans, avaient été arrêtés [1]. J’étais seule !

Une concierge que je connaissais m’a recueillie quelques jours, elle était membre du Parti communiste et grâce à ses relations, a trouvé un passeur pour me permettre de rejoindre mon frère Maurice qui habitait Pau en zone non-occupée.

Défaillance du passeur, aide d’un chauffeur de bus inconnu, d’un jeune homme qui m’a conduit jusqu’à la "Ligne" franchie en courant avant de me perdre dans la forêt landaise, j’ai fini par échouer dans une ferme où de braves gens m’ont nourrie, laissée me reposer, donné de l’argent pour un billet, puis conduite en carriole à un arrêt de bus pour Pau.

En novembre 1942, quand les Allemands ont envahi la zone non-occupée, mon frère [Maurice] a décidé de passer en Espagne puis au Maroc pour s’engager dans les armées de la France Libre. (Il a ensuite combattu dans les rangs de la 2ème DB.)

J’ai donc regagné Paris où les voisins m’ont dit que la tante et ma sœur, Fanny [2], que j’espérais retrouver, avaient été arrêtées. Complètement isolée, j’ai erré et fini par me présenter dans un foyer de l’UGIF, rue Vauquelin. Les responsables m’ont expliqué qu’étrangère (née en Pologne en janvier 1928, on avait refusé la naturalisation à mes parents), je ne pouvais trouver refuge chez eux car la Préfecture avait fiché tous les enfants qui y logeaient. Très dévoués, ils m’ont donné pendant plusieurs semaines des adresses de familles qui acceptaient de m’héberger pour deux ou trois nuits, pas plus pour éviter d’être repérées. Des familles juives dont une était très riche, je me souviens que la Dame avait une sonnette pour appeler sa bonne. Un autre jour, par contre, faute de famille, je me suis retrouvée dans un hôtel particulièrement minable de la rue des Rosiers. Souvent rien à manger dans la journée, ce fut une période dont je garde un très mauvais souvenir.

Finalement, c’est dans le foyer de la rue Paul Albert [3] que j’ai pu trouver un abri stable en janvier 1943.
Là, je m’occupais d’enfants dont les parents avaient disparu, mais surtout j’ai effectué un travail de bureau au siège du service d’assistance sociale de l’UGIF, rue de la Bienfaisance [4]. Il fallait par exemple trier les papiers, les tickets d’alimentation de gens qui avaient été déportés.
Des moments très difficiles car j’étais sans nouvelle de ma famille, de toutes mes relations, j’avais l’impression d’errer, seule dans la vie, avec la menace confuse mais permanente d’être arrêtée.

Je ne portais pas "l’étoile". Dans la dernière semaine d’août 1943, contrôle à une station de métro [5]. Ayant moins de 16 ans je n’avais pas de papiers d’identité. Conduite au Commissariat [6], proche de l’Hôtel de Ville, on a retrouvé mon nom sur les listes qui avaient servi à l’arrestation de mes parents où il était indiqué que j’avais échappé à la rafle. Gardée par des "bonnes" sœurs, j’ai passé la nuit à la Conciergerie avec des prostituées et le lendemain, en panier à salade, acheminement vers Drancy (24 août 1943). Le panier à salade, un incroyable traumatisme dont je ne me suis jamais remise !

J’ai peu de souvenirs de Drancy où je ne suis restée que quelques jours. Je crois que je vivais à la fois dans la panique, le sentiment de trahison des Français, et dans une espèce de soulagement, mon errance était terminée !

J’ai été déportée par le Convoi 59 du 2 septembre 1943. Transport comme les autres avec les souffrances insupportables des bébés, de leurs mères, des vieillards, moi j’étais seule mais je me suis fait une amie, Marie Tuchszerer. Nous sommes restées ensemble pendant toute la durée de notre déportation et sommes revenues toutes les deux. Les seules femmes survivantes du convoi !

J’étais assez grande pour mes 15 ans. Mais pourquoi ai-je échappé à la sélection sur la Judenrampe et aux autres pendant les mois qui allaient suivre ? Sans doute grâce à une constitution robuste mais surtout grâce au hasard.

Rasée, tatouée (n° 58139), livrée à une promiscuité inimaginable, j’ai immédiatement appris que ceux qui étaient montés dans les camions avaient été gazés. Kommandos des pierres et autres travaux épuisants et manifestement inutiles, j’ai été affectée aux Kommandos extérieurs jusqu’au début de janvier 1944.

C’est à ce moment que dans les latrines, là où s’échangeaient les nouvelles et les rumeurs, j’ai rencontré ma sœur Fanny. Elle était à Birkenau depuis février 1943 et avait eu la chance de faire connaissance avec Mala la Belge qui l’avait fait entrer dans l’atelier de couture du camp. Grâce à elle, je fus à mon tour rapidement désignée pour cet atelier. Il était temps car on ne pouvait résister aux travaux extérieurs. Bien sûr, les sélections, les longs appels dans le froid, les désinfections des Blocks pendant lesquelles, nues dans le froid, nous attendions que les opérations soient terminées, ont continué, mais j’étais maintenant à l’abri pendant les heures de travail soit à l’atelier de tissage de la Weberei soit dans l’atelier de couture, de quoi, avec de la chance, supporter l’année 1944 dans le camp.
On faisait des tresses avec du caoutchouc et du fil de fer.

Ma sœur Fanny a été victime de la sélection en avril 1944. Mordue par un chien, ses blessures se sont infectées, une infection généralisée l’avait tant diminuée qu’elle a été immédiatement désignée pour la chambre à gaz.

Esther Sénot, retranscription Claude Dumont, 2013

[ Esther a fait la Marche de la mort, le 17 janvier 1945, par une température glaciale, elle est évacuée depuis le camp de Birkenau. Les galoches sont pleines de neige, pas question de s’arrêter, les SS tirent sur les trainardes, la colonne s’étire. Elle est avec son amie Marie, elles marchent, frigorifiées, affamées. Arrivées à une gare, elles sont mises dans des wagons découverts, elles arrivent à Bergen-Belsen, un mouroir, en février 1945. De là, cinq cents femmes de nationalités variées, sont envoyées dans le Außenlager (camp annexe) de Flossenbürg, à Venusberg-Gelenau en Saxe, au sud-est de Chemmnitz,dans l’ Erzgebirge, le 20 février. Esther travaille dans une usine d’armements (Jünkers Konzern [7]), entre les tirs soviétiques et les tirs américains, la sous-nutrition et le typhus. L’usine est bombardée. Le camp de Venusberg est évacué le 14 avril 1945. Le train à bestiaux, part, s’arrête, on enterre les morts, le train repart, arrive en Tchécoslovaquie où la population les ravitaille, sous l’oeil de vieux gardes allemands. Après toute cette errance d’une quinzaine de jours, elles arrivent au camp de Mauthausen, Autriche.
Après l’appel, les femmes refusent de passer à la douche. Elles restent debout. Elles sont envoyées en bas du camp, dans les anciennes baraques pour les malades du typhus.

Le 5 mai 1945 le camp de Mauthausen est libéré par la 11ème division blindée US.

Le 5 mai un drapeau blanc flotte sur le camp, il faut partir, par crainte du retour des SS disent des "rayés", le camp se vide, elle sort avec Marie qui la stimule, elles longent le Danube. Avec l’aide de prisonniers de guerre français, elles sont hospitalisées dans un ancien couvent-hôpital militaire pour blessés SS et soignées du typhus par les Américains.
Le 28 mai 1945, elle est rapatriée par un avion militaire à Villacoublay. Elle a 17 ans, elle se retrouve à l’hôtel Lutetia, mineure, seule.]

Esther, photo Dominique Dufourmantelle

Des élèves du Collège Les Bons Raisins de Rueil Malmaison en 2014 ont rédigé des "poèmes pour se souvenir" pour Esther, à la façon du poème L’Affiche rouge.
"Pour ne pas oublier"

Vous étiez conscients que vos chances
De sortir du camp sains et saufs
Étaient infimes.
Mais pourtant vous gardiez espoir,
Mais pourtant vous cherchiez un échappatoire.

écrit Oscar

Lettre à Esther Sénot 17 mars 2016
Lettre d’une élève à une déportée, Esther

Pascal CZIBORRA, KZ Venusberg. Der verschleppte Tod, ( Die Außenlager des KZ Flossenbürg) Lorbeer Verlag, Bielefeld 2008 (la mort déportée, Le travail des femmes dans la filature)

Les enfants à Paris :
http://tetrade.huma-num.fr/Tetrademap_Enfant_Paris/

[1Ils ont été déportés par le convoi n°19 et assassinés.

[2Elle a été déportée de Drancy le 9 février 1943 par le convoi n°46

[3aujourd’hui le Centre israélite de Montmartre qui s’appelait alors l’ « Association Philanthropique de l’Asile de Nuit, Asile de Jour et Crèche Israélite de Paris » à Montmartre, au 21 de la rue Paul Albert.

[4Le 29, rue de la Bienfaisance dans le VIIIe arrondissement est le siège des services sociaux de l’UGIF ;

[5contrôle par des policiers français

[6place Baudoyer, 4e

[7Junkers-Flugzeug- und Moitorenwerke AG Kassel