Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Photo d’une famille juive du 11e, les Sachs, Zaks et Wajcner

lundi 16 mai 2022

Sur cette photo de famille prise en 1928-1929 sont représentées trois générations...

Photo d’une famille juive du 11e, d’origine polonaise et allemande : les Sachs, Zaks et Wajcner [1] et son devenir.

Famille Sachs, Zaks et Wajcner (AJPN)

Sur cette photo de famille prise en 1928-1929 sont représentées trois générations : les grands-parents (7 et 8), Mayer David Sachs/Zaks et Dina née Zubotka, un de leurs quatre fils, Joseph, leur fille Marie, deux belles filles : Regina et Brucha/Nechuma et leur gendre : Jonasz. Plus quatre petits enfants : Fanny, Martin, Simon et Henri, soit 11 personnes. Trois petits enfants naîtront dans ces trois familles ultérieurement : Freddy, Madeleine, Raymond.

C’est Raymond Zaks, né le 21/08/1929 qui a mené de très longues recherches sur sa famille élargie, au CERCIL (Catherine Thion), aux AD du Loiret, aux Archives nationales, au CDJC-Mémorial de la Shoah, auprès de l’AMEJD 11e (voir aussi AJPN).

  • La famille Sachs, Simon et Régina, et leurs deux fils Martin et Freddy

Assise à la droite de sa belle-mère(8), Regina Holzman [2] Sachs(4) mariée à Simon Sachs, absent de la photo. Réfugiés politiques venus d’Allemagne où elle est née ainsi que ses deux fils, ils sont arrivés en France après le pogrom dit de la Nuit de cristal (1938). Ils habitent 6 rue du Grand Prieuré, dans le onzième, quartier de la Folie-Méricourt. Elle est couturière, son mari Simon Sachs, d’origine polonaise, est tailleur, leur fils aîné, Martin(5), né le 18/04/1925, âgé de 17 ans à la date de son arrestation lors de la Rafle du Vel’ d’Hiv, est ajusteur. Le second fils Freddy est né le 23/01/1931. Regina est née en 1900, et Simon, d’origine polonaise, en 1893.

Il est engagé volontaire en 1939 dans un régiment de marche des volontaires étrangers. Il est arrêté une première fois dans la rafle du 11e (Août 1941) puis libéré de Drancy le 05/11/1941. On le retrouve travailleur dit « libre » dans un chantier forestier à Champaubert (Marne), peut être évadé et amené à Drancy par les gendarmes de Châlons sur Marne, le 16/04 /1943, il est déporté par le convoi 55 du 23/06/1943.

Sa femme et ses deux fils, d’abord internés à Pithiviers (Loiret) sont déportés à Auschwitz / Birkenau, Martin, 17 ans, par le convoi 13 du 31/07/ 1942 parti de Pithiviers, Freddy, 11 ans par le convoi 24 du 26/08/1942, leur mère 50 ans, par le convoi dit "des mères" [3], le convoi 14, parti le 03/08/1942 de Pithiviers, avec sa belle sœur, Marie Wajcner laissant derrière elle deux enfants.
Des quatre déportés seuls de la même famille Simon Sachs, à Auschwitz /Birkenau, aucun n’est rentré.

  • La famille ZAKS/SACHS, Joseph et Brucha, Nechuma, et leurs trois enfants : Fanny, Simon et Raymond

Toujours au premier plan, au bout à droite de sa belle -mère et de sa belle sœur, Brucha/Nechuma (2)née Rosenberg, en 1898, tient sur ses genoux son fils, Simon (3) né le 30/08/1926 à Paris, derrière elle : son mari, Joseph Zaks(1) né en 1897, tailleur, et sa fille aînée, Fanny (6) née en 1920.

D’origine polonaise, le père est arrivé à Paris, le 16/01/1920, la famille habite le 19e ; il est arrêté et déporté par le convoi 7 du 19/07/ 1942. Ayant échappé à la Rafle du Vel’d’hiv, Brucha et ses deux fils ont quitté Paris le 18 Juillet 1942 et tenté de gagner, la zone sud non occupée. Simon né le 30/08/1926, âgé de 16 ans, a décidé de rejoindre l’Angleterre, mais il est arrêté dans le département du Cher traversé par la ligne de démarcation. Il est emprisonné à Bourges [4], convoyé par les autorités françaises à Orléans, puis par les autorités allemandes jusqu’au camp d’internement de Pithiviers, le 11/08/1942, transféré à Drancy le 22/08/1942, réintégré à Pithiviers, le 04/09/1942, puis transféré à Beaune-la-Rolande le 15/09/1942 et à Drancy le 21/09/1942, soit déplacé dans cinq camps, en l’espace d’un mois et demi, avant d’être déporté le 23/09/1942 par le convoi 36.

Avec un couple d’amis et leur fils, Brucha dite encore Hélène et son fils Raymond ont franchi la ligne de démarcation, ayant gagné Chantenay-Saint-Imbert dans le département de la Nièvre puis Moulins dans l’Allier, hébergés puis convoyés par la famille Fassier. Ils arrivent à Carcassonne, avec le projet de se réfugier en Espagne, mais ils sont menacés d’arrestation par le SOL (service d’ordre légionnaire) [5], des auxiliaires de police, futurs miliciens français", et via Marseille, la Haute Savoie, Anthy-sur-Léman, ils gagnent la Suisse, le 14/10/1942 et sont immédiatement internés dans un camp d’hébergement, La Ramée, mais sont sauvés.

  • La Famille WAJCNER, Jonasz et Marie, et leurs deux enfants : Henri et Madeleine

Elle est d’origine polonaise comme les cinq enfants ZAKS,mariée à Jonasz Wajcner (11), lui aussi d’ascendance polonaise, né le 11/11/1902. Il tient dans ses bras leur fils Henri(9), né à Paris, le 22/04/1927. Une fille, Madeleine, naîtra le 28/08/1934 à Paris. Il est tailleur, elle est couturière, ils habitent 142 rue de Charonne, dans le 11e. La mère et les deux enfants âgés de 15 et 9 ans ont été arrêtés lors de la rafle du Vel’ d’hiv et internés à Pithiviers. Marie est déportée de Pithiviers avec sa belle sœur Régina, par le convoi 14 du 03/08/1942, les deux enfants, brutalement séparés de leur mère, sont déportés de Drancy par le convoi 28 du 04/09/1942. Leur père Jonasz, sans doute raflé en 1941, aurait été déporté à Auschwitz par le convoi 2 du 05/06/1942. Aucun survivant.

Dans le camp d’internement de Pithiviers, les trois cousins Martin, 17 ans, Henri, 15 ans et Freddy, 11 ans, étaient dans une baraque d’hommes N°34, ils ont été déportés seuls pour les deux frères Sachs, et avec sa petite sœur pour Henri Wajcner. La petite Madeleine, âgée de 8 ans, a d’abord été internée avec sa mère et sa tante, dans la baraque 20 puis violemment séparée d’elles le 3 août et laissée seule en attente de sa déportation par Drancy le 4 septembre.

Les 5 enfants, adultes mariés, de la famille ZAKS, ont tous été déportés et assassinés à Auschwitz/Birkenau. Outre Simon et Joseph, et leur sœur Marie, deux autres frères s’appelaient Abraham et Michaël /Melekh marié à Frida Rubinstein, ils avaient trois enfants Meïr/David, Breina et Adèle.

Les trois familles d’origine étrangère, venues en France dans l’entre deux guerres, ayant trois de leurs cinq enfants nés en France, ont été déportées essentiellement suite à la rafle du Vel d’Hiv mêlant puis séparant adultes et enfants.

Elles appartenaient aux classes populaires parisiennes des 11e et 19e arrondissements. La déstructuration des familles a précédé leur anéantissement.

Marie-Paule Hervieu, mai 2022

[1L’orthographe du nom de Wagener restitué ? en Wajcner a été rectifié par ordonnance du tribunal civil de la Seine, le 17 mars 1939, transcrite le 2 mai.

[2Régine Sachs, née Holzmann, avait un frère, il s’appelait Siegfried Holzman, Siegfried Holzmann, résistant, déporté Nuit et Brouillard

[3CAUSSE Rolande, Le Convoi des mères, dessins de Gilles Rapaport, CERCIL, 2014, 56 p.

[4(Cf. La lettre en allemand de la SIPO-SD/Kommando Orléans/Aussenkommando Bourges datée du 08/08/1942, signée de l’Obersturmführer, le lieutenant SS Hasse, traduite à usage du préfet du Cher à Bourges, lui enjoignant de transférer dans le camp de Pithiviers : 51 « israélites arrêtés dans le département du Cher » dont Simon Zaks, mineur isolé de moins de 16 ans. L’ordre appelé par euphémisme « instruction » est transmis au commandant de gendarmerie qui les convoie jusqu’à Orléans, le 10 août, ils sont internés par les AA : autorités allemandes, le 11/08 à Pithiviers.

[5Légion française des combattants (LFC) de Darnand