Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Famille ETLINGER et ROZENBAUM

samedi 29 janvier 2022

Suzanne Etlinger, 22 ans, déportée avec sa sœur Caroline, 28 ans, survivantes, et Léon Rozenbaum, 30 ans

Les parents de Caroline et Sarah (Suzanne), Moshé (Maurice) et Sima Goldenberg étaient nés en Roumanie. Ils ont émigré en France avant la 1ère guerre mondiale, peu de temps après leur mariage. Ils ont eu trois enfants, nés à Paris, Caroline, dite Aline, est née le 26 avril 1916, ensuite Albert, puis Sarah le 4 août 1922. Un quatrième enfant est décédé à l’âge de 18 mois peu avant la guerre.
Toute la famille a la nationalité française. Elle se sent bien intégrée. Le père est cordonnier, la mère, femme au foyer, Sarah et Aline sont devenues sténodactylos, Albert tailleur de costumes d’hommes. Aline a épousé en 1937 Léon Rozenbaum, d’origine polonaise, né à Lublin le 2 mars 1914. Il était chapelier à Paris.

Léon Rozenbaum et Aline Etlinger, à l’occasion de leurs fiançailles ( 1936 ?)

En 1940, Aline et Léon prennent à pied la route de l’exode jusqu’à Chartres. Ils partent ensuite en train pour Marseille, pensant y être plus en sécurité. En 1941 le reste de la famille, sentant le danger grandir, quitte Paris et rejoint Aline et Léon à Marseille. En 1942 , lorsque les Allemands occupent la zone sud, toute la famille quitte Marseille. Elle se réfugié à Yenne, un village situé près de Chambéry, où habite déjà le fiancé de Sarah, Nathan Grinsnir.

Mais la traque continue. Nathan, étranger, et menacé d’être arrêté, devra quitter ce village. Il partira à Villeneuve-sur-Lot où il avait probablement un contact. Il s’y engagera dans un maquis. Léon, lui, est interné au camp d’internement de Nexon, près de Limoges. Aline se rend au camp en autobus avec Boris, le frère de Léon. Elle réussit, après une longue discussion à avoir une entrevue avec le commandant. Elle prétexte que Léon était malade et qu’elle était enceinte. Il faut croire qu’elle a été persuasive, puisque Léon Rozenbaum est libéré. Aline et Léon ont alors une petite-fille, Micheline, dite Michèle, née le 23 décembre 1943. Ils habitent à Chambéry. Suite à des bombardements qui effraient la petite Michèle, Aline rejoint ses parents à Yenne, Léon continuant à travailler dans un atelier de couture à Chambéry.

Le 30 mai 1944 au matin, Léon Rozenbaum est arrêté, semble-t-il, sur dénonciation. Aline et Sarah avaient décidé d’aller le voir ce jour-là ; lorsqu’elles arrivent à son domicile, elles sont « attendues » et arrêtées à leur tour. Sur les conseils de leur mère, elles n’avaient pas emmené le bébé. Cependant, les nazis le recherchent. Mais les maquisards des alentours le cachent, ainsi que ses grands-parents, dans une ferme des alentours. Ils échapperont ainsi à l’arrestation.

Après quatre jours et quatre nuits à la maison d’arrêt de Chambéry, Sarah, Aline et Léon sont embarqués pour Drancy où ils entrent le 6 juin 1944.Ils ont les numéros matricule 23711,23712 et 23713.La fiche du carnet de fouille de Sarah Etlinger dit qu’elle remet au chef de la police du camp la somme de 141 francs, ainsi qu’une montre-bracelet en or, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son entrée au camp. Le 30 juin, ils sont conduits à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours, par une chaleur torride, est particulièrement épuisant pour ces familles entassées dans un wagon à bestiaux plombé. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes » pour le travail. Ce sont généralement les plus jeunes. Aline et Sarah entrent au camp de femmes de Birkenau, Sarah devient le numéro A-8568, Aline le numéro A-8674. Léon entre au camp de Monowitz. Il reçoit le numéro A-16842.

Les deux sœurs sont affectées au «  Aussenkommando », un Kommando travaillant à l’extérieur. Elles se retrouvent le soir dans la baraque 30.du camp de femmes ; à l’automne, une usine allemande, située à Langenbielau, à la frontière polonaise, et dépendant du camp de concentration de Gross-Rosen, demande 30 femmes au camp de Birkenau pour travailler dans une usine qui produit des pièces pour l’aviation allemande. Sarah se fait inscrire sur la liste et fait inscrire sa sœur. Elles travailleront six mois dans cette usine. Le régime de ce camp leur permet de se «  refaire  » et de survivre jusqu’à la capitulation de l’Allemagne.

Léon, quant à lui, n’est pas revenu de déportation. Il a survécu jusqu’à l’évacuation du camp. Le 18 janvier 1945, il fait partie des 250 à 300 déportés du convoi 76 évacués du camp de Monovitz. Il effectue la première marche de la mort , une marche de 60 kilomètres sur des routes enneigées , en plein hiver, jusqu’à la ville de Gleiwitz, un Kommando du camp d’Auschwitz. Le 20 ou le 21 janvier, 2451 déportés sont entassés dans des wagons à charbon que les hommes rentrés dénommaient « wagons découverts », car sans toit, donc ouverts à tous les vents, à la neige et au froid, sans recevoir de nourriture. Après six jours de transport, il arrive vivant avec 100 hommes du convoi 76 le 26 janvier 1945 au camp de Buchenwald, détenu n°120736. Selon un document de la Croix Rouge, il est encore prisonnier le 8 avril 1945, donc 3 jours avant la libération du camp de Buchenwald. A ce moment, de véritables rafles de Juifs ont lieu dans le camp. S’ensuivent de véritables convois d’extermination aux parcours très divers. C’est dans un convoi dirigé sur Dachau que Léon Rozenbaum décède, selon le témoignage de Wolf Gwiazda déporté rapatrié, qui déclare l’avoir vu mourir sur la route, au cours de cette évacuation.

A son retour, Sarah Etlinger retrouve Nathan Grisnir qu’elle épouse. Ils ont deux enfants, Josiane et Jacques. Josiane deviendra professeur d’anglais. Jacques sera avocat. Ils leur donnent six petits-enfants. Sarah était membre de l’Union des déportés d’Auschwitz ( U.D.A). Son témoignage a été enregistré le 29 février 2003 et peut être consulté au Mémorial de la Shoah. Elle est décédée le 7 août 2020, à l’âge de 98 ans

Aline reprend son travail de sténodactylo, et Michèle est élevée par ses grands-parents dans les années d’après-guerre. Aline fait la connaissance de Jacques Goldgran, originaire de Varsovie, chez ses employeurs. Ils se marient le 3 mars 1949 à Paris. Ils partent en 1951 aux Etats-Unis où Jacques a déjà travaillé. Aline a eu un poste à Air France et a pu ainsi revenir souvent en France, voir sa famille. Michèle devient orthophoniste, après avoir travaillé à la Pan AM . Elle a eu deux enfants, une fille, Arielle et un garçon, Matthew, tous deux médecins aujourd’hui. Elle a deux petits enfants, âgés de 13 et 15 ans.


Aline et Sarah après-guerre
Avec la petite Michèle

Aline a ainsi refait sa vie aux Etats-Unis. Elle est décédée le 3 janvier 2004, à l’âge de 88 ans. Les deux sœurs sont restées très liées et les douloureux souvenirs de déportation étaient souvent au centre de leurs conversations.

DAVCC, AC 21 P 533962, Mémorial de la Shoah-
Entretiens avec Sarah Etlinger-Grinsnir en 2008, en 2022 avec Michèle Rozenbaum-

Chantal Dossin

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