Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Izaks Margolis

dimanche 11 avril 2021

Izaks Margolis, 32 ans en 1944, disparu

Izaks Margolis (orthographié également, Izaak ou Isaac, dans les documents officiels), est né , le 10 octobre 1910, à Dvinsk, alors ville de l’Empire Russe, devenue Daugavpils en 1920, lorsqu’est créée la nouvelle République de Lettonie. On a peu d’informations sur sa famille, si ce n’est que son père, Haïm, est décédé. On ne connaît pas sa date d’arrivée en France, mais un certificat de résidence indique qu’il a résidé à Grenoble à partir du 29 octobre 1932. Il fréquentait une coopérative d’étudiants où se réunissaient de nombreux jeunes étrangers réfugiés en France. Il est d’ailleurs dit étudiant lorsqu’il se marie le 15 juillet 1935, avec Aline Chollat-Namy, née le 27 mars 1910 à Mostaganem, en Algérie. Elle est alors employée de bureau. Ils ont un fils, Paul, qui naît le 7 janvier 1936.


Photographie extraite du livre Déportés de l’Isère, 1942-1943-1944, PUG, 2013

Izaks échappe à la rafle de Juifs étrangers qui a lieu le 26 août 1942 à Grenoble et dans toute la région. Il semble qu’il entre alors dans la clandestinité. Il habite dans une chambre meublée louée au 2, rue Bayard à partir du 28 septembre 1942. Sa logeuse dit qu’elle le savait recherché par les Autorités allemandes. Par ailleurs, dans un document sur «  la régularisation de l’ état-civil d’un non rentré  » en 1949, un officier de police dit qu’Izaks Margolis avait un faux état-civil au nom de Margoux Isidore. Était-il aussi entré «  en résistance  » ? On sait qu’Il était membre de la SFIO de 1935 à 1940.

Au même moment, sa femme Aline est nommée institutrice à la rentrée scolaire 1942 à l’école de Miribel Lanchâtre, une commune située à une trentaine de kilomètres de Grenoble, dans un village de montagne. Les archives de la mairie ont conservé la trace de sa nomination. Elle réside à l’école. Son fils Paul, se trouve sur la photo d’école de l’année 1943 dans la classe de sa mère. Aline et Izaks Margolis vivent donc séparément à ce moment, par sécurité probablement, compte tenu de la traque des Juifs qui se développe en zone sud à partir de 1942 et qui met en danger la famille. Au début de l’année scolaire suivante, Aline Margolis, la mère de Paul, encore jeune, ( elle a 33 ans) décède, à son domicile, donc à l’école, le 29 octobre 1943. Selon des témoignages familiaux, elle était atteinte de tuberculose, ce qui aurait pu causer son décès.

Izaks a donc la tutelle de Paul, ainsi que Felix Chollat-Namy, le grand-père maternel de Paul, qui vit à Grenoble. L’enfant n’a jamais été signalé dans la chambre meublée au 2, rue Bayard, il vivait donc probablement chez son grand-père. Izaks est arrêté le 2 juin 1944, au cours d’une rafle effectuée par les Autorités allemandes. Huit jours après, le 10 juin 1944, il est emmené au camp de Drancy avec 35 Juifs arrêtés dans la région de Grenoble. il entre au camp de Drancy où il reçoit le numéro 23794. La fiche de son carnet de fouille dit qu’il remet au chef de la police du camp la somme de 10 900 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp. Le 30 juin, il est conduit à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours, en plein été, est particulièrement épuisant pour ces familles entassées dans des wagons à bestiaux plombés. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes » pour le travail . Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportés désignés pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car Les camps deviennent, en 1944, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre.

Je n’ai pas trouvé trace du passage d’Izaks Margolis au camp, mais il y est entré puisque l’on retrouve sa trace au camp de Dora où il est noté au début de l’année 1945 comme venant d’Auschwitz et il y reçoit le numéro matricule 107116. On ne trouve plus trace de lui après son arrivée au camp de Dora. Mais beaucoup de déportés décèdent dans les jours qui suivent ce transport terrible en wagons découverts de Gleiwitz à Dora, lui-même faisant suite à la marche de la mort d’Auschwitz à Gleiwitz, tout aussi meurtrière.

Izaks n’est donc pas rentré de déportation. Son fils Paul, orphelin, a été élevé par sa tante Jeanne Chollat-Namy, qui vivait au Maroc. Il est décédé en 2018, près de Nice, sans laisser apparemment de descendant.

DAVCC-Caen AC 21P-Archives Arolsen- Témoignages

Chantal Dossin

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