Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Asséo Estréa

dimanche 11 avril 2021

Asséo Estréa, 35 ans en 1944,

survivante

Estréa Asséo est née le 19 septembre 1908 à Dédéagatcg, ville turque à cette époque. Elle avait une soeur aînée prénommée Luna et, en lui donnant ce prénom d’Estréa, qui signifiait Etoile,( prénom prémonitoire…), son père souhaitait avoir auprès de lui (disait il) « tout le firmament » .Par la suite son prénom fut francisé et ses petits enfants l’appelaient« mamie Estelle ».

Elle était la cadette d’une famille de 9 enfants aux revenus modestes. Sa sœur aînée, Berthe, institutrice, lui a appris le français.

En 1924, à 16 ans, sans ressources, elle part en France où vivent déjà ses frères. A Marseille, elle suit des cours de sténodactylo pour devenir secrétaire commerciale. Dans les années 30, elle épouse Marc Asséo d’origine grecque. Ils ont deux enfants Liliane et Edouard et tiennent à Avignon un commerce. Ils habitent un appartement rue Carnot. Estréa Asséo, qui n’avait pas fait apposer la mention Juif sur sa carte d’identité, échappe à la grande rafle du 30 mars 1944. Mais son mari, après avoir été détenu au camp du Vernet, en Ariège, est recherché. Dès lors, la famille, qui se sent traquée, s’enfuit au lendemain de cette rafle, en pleine nuit, et se cache dans une mansarde insalubre. Estréa Asséo confie alors ses enfants de 11ans et quatre ans et demi à un brave couple. Toutefois, la hantise de l’arrestation ne la quitte pas et le 6 juin 1944, elle est arrêtée alors qu’elle allait voir ses enfants. Elle est internée à la prison Sainte-Anne où elle reste quelques jours. Puis embarquée dans des camions bâchés, elle est conduite à la gare, direction Drancy. Estréa Asséo et deux autres prisonniers rêvent d’évasion. Mais Estréa, ayant une jambe très enflée, ne peut sauter. De grosses larmes de colère roulent sur ses joues et le 13 juin, elle entre au camp de Drancy. La fiche de son carnet de fouille dit qu’elle remet au chef de la police du camp la somme de 1619 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp. Le 30 juin, elle est conduite à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours est épuisant sous la chaleur torride de l’été pour ces familles entassées dans des wagons plombés. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz ». Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 sont déclarées « aptes  » pour le travail. Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportées choisies pour ce travail d’esclave, environ la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car les camps deviennent, la dernière année de la guerre, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre. Ainsi, Estréa Asséo entre dans le camp de femmes de Birkenau avec le numéro A-8521. Lorsqu’on lui assène, « maintenant vous vous appelez toutes Sarah » et qu’elle rétorque, « en quel honneur », elle reçoit une formidable gifle.

A bout de force, elle réussit à se faire admettre au Revier du camp où elle passe un mois, en se cachant dans les toilettes lorsque la commission de SS passait. Elle se sent alors « retapée ».

Le 18 janvier 1945, elle fait la marche de la mort avec son amie Mary jusqu’à Cracovie. Elles marchent encore jusqu’à une gare où elles sont entassées dans des wagons découverts jusqu’à Ravensbrück. C’est là que Mary disparaît. En février 1945, nouveau transport jusqu’au camp de Neustadt. Au mois de mai, à la nouvelle de la fin de la guerre, Estréa n’a qu’une idée en tête : manger pour pouvoir marcher et ne pas mourir. Elle traverse la ville de Neustadt avec des prisonniers et des déportés, monte dans un camion américain, puis dans un train pour la France. En gare d’Avignon, elle retrouve son mari « souriant et étonné », les larmes de sa fille et l’ébahissement de son petit garçon. Estréa Asséo ne pèse pas trente kilos. Elle doit rester allongée des mois et des mois. La réadaptation est très difficile.

Estréa Asséo, 80 ans
Elle a eu deux petites-filles, Anne-Françoise et Frédérique et un petit-fils, David. Elle a connu, de son vivant, deux de ses 5 arrières-petits-enfants, Simon et Marin.
Estréa Asséo est décédée le 22 avril 1997 à Avignon, à l’âge de 88 ans.

Chantal Dossin

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