Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

AFRINE Grégoire

dimanche 11 avril 2021

AFRINE Grégoire, 38 ans en 1944-

Survivant

Grégoire Afrine est né le 3 mai 1906 à Sébastopol, en Russie. Il a fui la Révolution russe en 1917 et s’est réfugié en Turquie. En 1926, il quitte la Turquie pour la France où il arrive le 21 juillet 1926 avec un passeport turc. Le 20 janvier 1936, il reçoit un arrêté d’expulsion. La chasse aux étrangers commence déjà. En 1937, il se marie avec une Française non juive, ce qui lui a probablement permis de rester en France. Ils habitent à Paris, 22 boulevard de la Villette, dans le 19ème arrondissement. Mais la chasse aux juifs le rattrape. Il est arrêté le 22 janvier 1944 et interné au camp de Drancy. La fiche de son carnet de fouille dit qu’il remet au chef de la police du camp la somme de 1660 francs. Chaque interné devait ainsi remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp.

Il n’est pas déporté immédiatement. En tant que demi-Juif ou conjoint d’Aryen, selon la classification nazie, il est envoyé de Drancy au camp parisien d’Austerlitz dans le cadre de l’opération Meuble. Dans ces camps, ils triaient, et emballaient les biens de milliers de déportés juifs ensuite expédiés par train en Allemagne. Mais « le débarquement allié en Normandie ayant entraîné en juin une diminution relative du nombre de Juifs arrêtés et transférés à Drancy », Brunner envoie chercher des Juifs là où ils étaient rassemblés, et tout particulièrement dans les camps parisiens. Ces « pas tout à fait Juifs » un temps épargnés deviennent déportables. C’est ainsi que Grégoire Afrine est ramené à Drancy le 24 juin et déporté le 30.

Le voyage qui dure quatre jours est insupportable du fait de la chaleur de l’été. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz »où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis de savoir que parmi les 684 hommes de ce convoi, 398 sont désignés pour le travail forcé. Le nombre d’hommes choisis pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents. Un délai de survie leur est ainsi accordé car Les camps deviennent, en 1944, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre.

Ainsi, Grégoire Afrine est désigné ; il porte alors le numéro matricule A-16539. D’abord interné au camp d’Auschwitz où il reste 8 jours, il est ensuite dirigé à Monowitz, dénommé aussi Auschwitz III, comme la quasi-totalité des déportés désignés pour le travail du convoi 76. Il travaille comme électricien (il était électricien opérateur de cinéma dans la vie active) à l’usine surnommée Buna, destinée à la fabrication de carburants et de caoutchouc synthétique pour la fabrication de pneus et de chenilles de chars.

Des témoignages trouvés dans les archives (André Kahn, Henri Halphen) disent que Grégoire Afrine, parlant allemand, se servait de ses « privilèges » pour venir en aide à ses camarades et qu’il a fait beaucoup de bien. En janvier 1945, lorsque les nazis évacuent le camp de Monowitz, il reste au camp ainsi qu’une soixantaine de déportés du convoi 76, malades ou n’étant pas en état de marcher, donc restés à l’infirmerie de Monowitz.

Libéré par l’Armée rouge le 27 janvier 1944, il est chargé par le capitaine Kounine du service des interprètes de traduire en langue russe cinq lettres trouvées dans une cave par les Russes. Ces lettres provenaient de la firme Bayer et témoignaient des crimes de l’industrie pharmaceutique. L’échange glaçant de courriers entre la firme et la direction du camp en avril et mai 1943 (voir ci-dessous) aboutit à la livraison de 150 femmes pour le prix de « 170 marks par sujet afin d’expérimenter un soporifique ». La dernière lettre stipule : « Les expériences n’ont pas été concluantes. Les sujets sont morts. Nous vous écrirons prochainement pour vous demander de préparer un nouveau lot. »

Grégoire Afrine est rapatrié le 07 juillet 1945. Il suit l’itinéraire des déportés restés au camp. Il est conduit à Cracovie où l’on regroupait les rapatriés. Puis gagne en train Odessa d’où il prend un paquebot pour Marseille.


Témoignage de Grégoire Afrine sur la correspondance entre la firme Bayer et le camp d’Auschwitz ( DAVCC Caen)

Sources : DAVCC Caen ACP21P 695881- Mémorial de la Shoah.

Chantal Dossin

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