Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Famille KICHELEWSKI

vendredi 1er avril 2022

Famille Kichelewski, Julien-Salomon, 21 ans, Madeleine, 19 ans, Jeanine, 15 ans, survivants

Aron Kichelewski est né à Sierpc en Pologne en 1895, et Chaia, dite aussi Sonia, ou Sarah est née à Bogeslaw en Russie le 30 novembre 1896. Aron est arrivé en France en 1911. Engagé volontaire dans l’armée française, il a été détaché en 1917 comme interprète auprès de l’Attaché militaire en Russie, à Petrograd. Il a été gazé durant les combats, blessé, et évacué deux fois et décoré de la Croix de guerre.

Photographie des trois enfants Kichelewski, après la remise des prix de fin d’année à l’école des Hospitalières-Saint-Gervais, 4ème arrondissement.


Après la guerre, il est naturalisé en 1922. Sa pension militaire lui permet d’acheter une boucherie dans le 13ème arrondissement de Paris, puis en 1930, au 7, rue Charlemagne dans le 4ème arrondissement où la famille habite alors. Après-guerre, sont nés leurs quatre enfants, Marcel, l’aîné, Salomon, dit Julien, né le 30 septembre 1922, Jeanne, dite Madeleine, née le 28 novembre 1924, et Jeanine, née le 25 décembre 1928, tous nés à Paris. Julien Kichelewski dit dans son témoignage que lui et ses frères et sœurs ont mené une enfance heureuse dans le respect des traditions juives. Lui-même est boucher, comme son père, Madeleine est dite couturière et est fiancée à Yvon Sallaud.

L’exode conduit la famille en juin 1940 à Cluis, dans l’Indre, petit village près de Châteauroux. En juillet, tous retournent à Paris et reprennent leurs activités. Les mesures antisémites, inquiètent la famille. Les deux fils aînés, Marcel et Julien partent en reconnaissance en juillet 1942 en zone sud et s’installent à Pau, au 29, rue de la République. Ils sont rejoints rapidement par leurs sœurs Madeleine et Jeanine. En août, les parents tentent également de les rejoindre. Ils sont arrêtés à Vierzon, alors qu’ils tentaient de passer la ligne de démarcation. Internés à Pithiviers le 13 septembre, ils sont déportés le 21 septembre 1942 par le dernier convoi parti de Pithiviers pour Auschwitz. Aucune femme de ce convoi n’a survécu et seulement 23 hommes.

Les quatre enfants, eux, envisagent de rejoindre le Général de Gaulle, à Londres. De Pau, le plus simple était de passer par l’Espagne et l’Afrique du Nord.

Marcel part le premier, en 1943. Il réussit à passer la frontière espagnole, gagne l’Afrique du Nord et s’engage dans les FFL. Avec l’armée de de Lattre de Tassigny, il débarque à Toulon le 15 août 1944, fait toute la campagne de France et participe aux combats en Allemagne.

En mai 1944, Julien et Yvon Sallaud, le fiancé de Madeleine, décident de suivre l’exemple de leur aîné. Ils contactent un organisme basque, spécialisé dans le passage de la frontière espagnole. Le départ est fixé au 16 mai. Il n’était pas question de laisser Madeleine et Jeanine. Malgré leur jeune âge, elles feront partie du groupe composé de résistants, de civils, et d’officiers français. Ils sont regroupés à Oloron-Sainte-Marie au pays basque. Le lieu de passage se trouvait à Sainte-Engrâce, à 1900 mètres d’altitude. Un parcours difficile et surveillé par les Allemands. Ils marchaient la nuit et se reposaient le jour dans des granges. Le passeur leur apprend qu’ils devront passer la crête en courant, car c’est la dernière étape. Mais des coups de feu éclatent dans la nuit. Julien et Yvon tombent dans le vide côté espagnol. A priori libres. Au petit matin, ne connaissant pas le sort de Madeleine et Jeanine, ils décident de remonter au sommet. Ils sont immédiatement entourés par les Allemands qui ont arrêté tout le groupe. Dénonciation, ou trahison du passeur ? Ils sont détenus à la prison Saint-Michel, puis à la prison Cafarelli à Toulouse. Ils sont ensuite emmenés à Drancy où ils entrent le 19 juin avec 128 Juifs arrêtés dans la région de Toulouse. Leurs numéros au camp sont le 24098, 24099 et 24100. Le 30 juin, ils sont conduits à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Après un voyage de 4 jours, par une chaleur torride, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes »pour le travail. Le reste du convoi est immédiatement gazé. Jeunes, Julien et ses deux sœurs entrent au camp.

Madeleine et Jeanine sont affectées au bloc 30 du camp de femmes de Birkenau, matricules A-8620 et A- 8621 et travaillent dans un Kommando de terrassement où les conditions sont «  épouvantablement dures, un travail de forçat  ». Elles survivent jusqu’à l’évacuation le 18 janvier 1945. Après plusieurs marches de la mort, elles aboutissent au camp de femmes de Ravensbrück, puis sont encore évacuées, à pied, à Malchow, un Kommando de Ravensbrück. Elles y sont libérées par l’Armée rouge le 19 mai 1945 et sont rapatriées à Paris le 30 mai.

Julien est entré au camp d’Auschwitz III situé à une dizaine de kilomètres d’Auschwitz près du village de Monowitz. Y était installée l’usine surnommée « Buna », d’IG Farben-Industrie destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il devient le déporté A- 16712. Durant sa détention, il est opéré d’un ulcère à l’estomac à l’hôpital du camp par des médecins juifs internés, le professeur Grossman et le professeur Waitz. Il reste 15 jours au KB ( Krankenbau ou « hôpital »)), puis est affecté par ces médecins dans un Kommando d’électricien, considéré comme un Kommando « pas trop dur ». Il survit ainsi jusqu’à l’évacuation du camp. Le 18 janvier 1945, il fait partie des 250 à 300 déportés du convoi 76 évacués du camp de Monovitz. Il effectue la première marche de la mort, une marche de 60 kilomètres sur des routes enneigées, en plein hiver, jusqu’à la ville de Gleiwitz, un Kommando du camp d’Auschwitz. Là, il échappe, en se cachant dans un bâtiment de malades du camp, au transport en wagons découverts qui emmènent les déportés évacués vers d’autres camps. Mais les SS reviennent vider le bâtiment de ses malades, tous tués à coups de gourdin, Julien Kichelewski, est le seul à survivre. Il se cache alors dans un faux plafond du bâtiment, attendant l’arrivée des troupes russes. Miraculé, il erre de camps en hôpitaux, fait savoir à sa famille par Radio Londres qu’il est vivant. Ramené par les Russes à Berlin, puis en Russie, il est finalement rapatrié en train à Paris le 21 juillet 1945. Il retrouve ses deux sœurs, son frère Marcel et Yvon Sallaud, tous rescapés.

Aron et Sonia Kichelewski, déportés en 1942, font partie des disparus assassinés ou morts d’épuisement à Auschwitz.

Sources : DAVCC AC21P579862,468808,468809-Témoignage vidéo Spielberg de Julien Kichelewski ͧ- Témoignage de Madeleine Kichelewski et Yvon Sallaud, dans « Les coquelicots de la liberté » . témoignages de leurs enfants et petits-enfants- Mémorial de la Shoah-Yad Vashem.

Les coquelicots de la liberté, Yvon Sallaud et Madeleine Kichelewski, Société des Écrivains, 2006

Chantal Dossin

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