Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 378
Mariette Job, inauguration de la plaque Hélène Berr - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Mariette Job, inauguration de la plaque Hélène Berr

Discours de Mariette Job, octobre 2015
dimanche 11 octobre 2015

Dévoilement de la plaque Hélène Berr, le 2 octobre 2015, 5 avenue Élisée Reclus à Paris 7e

Immeuble où habitait la famille Berr
photo de la cérémonie : Yanosh Kaldy

C’est dans cet immeuble, le 8 mars 1944, que la police française est venue arrêter sur dénonciation Hélène Berr et ses parents, Antoinette et Raymond Berr. Le fichier de la police indique : entrée au dépôt de la préfecture de Paris à 0h30, sortie le 9 mars à 15h, motif de l’arrestation juif, destination Drancy.

Raymond Berr, Vice Président Directeur Général des établissements Kuhlmann, a joué un rôle essentiel dans l’essor de la chimie industrielle en France entre les deux guerres. Arrêté une première fois le 23 juin 1942 sous le prétexte que son étoile jaune est fixée à l’aide d’agrafes et de pression au lieu d’être cousue, il est interné au camp de Drancy, puis libéré le 22 septembre par les autorités allemandes, grâce au versement d’une caution par Kuhlmann. Toutefois, il ne sera plus autorisé à exercer ses fonctions au siège des établissements et sera contraint de remplir ses fonctions uniquement chez lui sans avoir de contacts avec le public.

Au début de la guerre, Hélène vit avec ses parents dans l’appartement familial. Sa soeur aînée Yvonne a quitté Paris avec son mari Daniel Schwartz, nommé en zone libre. Son frère, Jacques Berr après avoir achevé ses études de lettres à Clermont- Ferrand puis Strasbourg, se réfugie en Dordogne où il vivra caché jusqu’à la fin de la guerre sous une fausse identité. Seule sa soeur Denise vit auprès d’Hélène, jusqu’à son mariage avec mon père François Job, le 12 août 1943.

En 1941, Hélène obtient sa licence d’anglais à la Sorbonne puis en juin 1942, son diplôme d’études supérieures de langue et littérature anglaise qui reçoit la note de 18/20 et la mention très bien. La législation antijuive de Vichy lui interdisant de passer le concours de l’agrégation, elle dépose néanmoins en octobre de la même année un projet de thèse de doctorat de lettres consacré à l’influence de l’inspiration hellénique sur Keats.

C’est le 7 avril 1942 qu’elle commence à rédiger son Journal : La joie de vivre, l’enchantement de la nature, la passion de la littérature et de la musique, se conjuguent avec sa rencontre et sa relation de quelques mois de bonheur et d’éblouissement avec Jean Morawiecki, dédicataire du Journal. Il quittera Paris fin novembre 1942 pour rejoindre les forces françaises libres, à l’appel du Général de Gaulle.

Il écrira le 20 juin 1945 :
« J’ai un peu de lucidité que je consacre à lire et relire le journal d’Hélène. Ces notes, ces passages jetés sur le papier d’Avril 42 à Février 44 ne sont pas encore une consolation pour moi. Plus tard, peut être, et immense. Pour le moment, ils ne font par leur beauté, par leur angoisse, qu’accentuer en moi le sens de la grandeur de celle qui n’est plus, que j’ai perdue, que nous avons tous perdu. Il n’y a pas là seulement une réceptivité à la douleur, accrue par d’étranges pressentiments et une vie d’angoisses quotidiennes ; on trouve aussi une intensité de joie extraordinaire, surtout au début du journal, voilée ensuite par l’horreur de la vie, mais que l’on sent si prête à reparaître après l’orage, plus grave et comme divinisée par l’épreuve. Et tout cela n’est plus. Les êtres comme Hélène- je ne suis pas sûr qu’il y en ait- ne sont pas seulement beaux et forts en eux-mêmes. Ils propagent le sens de la beauté et donnent la force à ceux qui savent les comprendre. Que n’aurait-elle pu faire, à quelle hautes destinées n’était – elle pas promise, celle qui a pu écrire ces lignes ! Pour moi, Hélène était le symbole de la force radieuse qui est magnétisme, beauté, harmonie, persuasion, confiance et loyauté. Tout cela a sombré. Avec elle disparaît la femme que j’aimais et plus encore cette âme si proche de la mienne. De ces six mois, que mes souvenirs reviennent hanter comme un siècle et qui ont paru durer une heure, que reste-t-il ? Un parfum indéfinissable qui flotte autour de nous, un peu de lavande, je crois…. »

Face à l’étau qui se resserre autour d’elle, le port de l’étoile jaune, l’arrestation de son père en juin 1942, puis le départ de son fiancé et le mariage de sa sœur, Hélène abandonnera toutes ses passions pour se consacrer entièrement au sauvetage des enfants avec sa sœur Denise, au sein de l’Entraide temporaire et de l’UGIF. Elles placeront chez des nourrices ces enfants orphelins dont les parents ont été déportés.

Les trois derniers mois avant l’arrestation, les bruits de rafles se faisant de plus en plus menaçants, les Berr vivent cachés chez plusieurs personnes qui les accueilleront au péril de leur vie. Un soir pourtant, las de ne plus pouvoir dormir dans leur lit, ils reviennent chez eux. Le lendemain, au petit matin, à 7h30 précises, ils sont arrêtés. Hélène a laissé un mot relatant l’arrestation, sur un morceau de buvard déchiré à la hâte. 
Le 2 mai 1944, quelques semaines seulement après l’arrestation, l’appartement sera occupé par un couple qui quittera les lieux à la libération de Paris, après avoir pillé et vandalisé la plupart des meubles et objets.

Hélène Berr
photo de la cérémonie : Yanosh Kaldy

Déportée avec ses parents le 27 mars 1944, jour de ses 23 ans, elle seule survivra plus d’un an. Évacuée d’Auschwitz le 31 octobre, elle arrive au camp de Bergen- Belsen le 3 novembre. Atteinte par l’épidémie de typhus qui ravage le camp, un matin, elle ne peut se lever pour l’appel. Ses camarades la retrouvent sauvagement battue par l’une des gardiennes du camp. Elle meurt début avril 1945, quelques jours seulement avant la libération du camp par l’armée britannique.

Dans une lettre datée du 6 juillet 1943, elle écrit :
« Je ne vais malheureusement plus souvent à la Sorbonne. Je m’obstine pourtant à conserver le samedi après-midi mon rôle de bibliothécaire à l’Institut d’anglais, pour rester en contact avec cette atmosphère si chère. Cette bibliothèque est ma planche de salut, de même que les rives de la Seine, les vieilles maisons des quais, le quartier latin, les vieilles pierres de Paris qui m’auront connue pendant toute cette période affreuse, et qui dans leur immobilité centenaire et si supérieure aux méchancetés humaines, me donnent l’impression qu’elles m’aiment, et qu’un lien secret nous unit ».

Son vœu est exaucé. Paris, ville à laquelle elle était profondément attachée vit de sa présence aujourd’hui : la Médiathèque Hélène Berr rue de Picpus dans le XII ème arrondissement, un amphithéâtre Hélène Berr à la Sorbonne, à présent cette plaque commémorative sur le mur de l’immeuble 5 avenue Elisée Reclus, où elle a vécu avec ses parents et ses frère et sœur. C’est ici qu’elle a écrit son Journal pour témoigner de ce qu’elle a vu, pour que le monde sache.

Mariette Job
photo de la cérémonie : Yanosh Kaldy

La perche qu’elle m’a tendue, je la tends à présent à tous les jeunes lors de rencontres dans les lycées et collèges. Le Journal est un formidable outil pédagogique qui sort de la Shoah pour atteindre l’universel. De tous âges, de toute origine sociale et culturelle, l’engagement des jeunes face à cette tragédie hors norme, leur implication, leur adhésion allant parfois jusqu’à l’identification est capitale pour la transmission. Les enseignants de littérature et d’histoire qui accompagnent leurs élèves font un travail remarquable, et je tiens à remercier Geneviève Nakkache, professeur agrégée de lettres modernes au lycée Victor Duruy avec laquelle nous avons organisé de nombreuses rencontres au lycée et aux Invalides d’avoir fait venir une de ses classes aujourd’hui. Leur présence m’est chère, c’est la plus belle des récompenses.

Plaque Hélène Berr
Crédit photo : Yanosh Kaldy

J’ose espérer que le passant, à la lecture de cette plaque, lui fera découvrir cette merveilleuse jeune fille pleine de dons et de promesses confisqués par la barbarie, mais dont l’empreinte restera pour toujours dans le cœur de chacun. Car il s’agit bien de survie et de pérennité, qui s’adresse à l’humanité toute entière.

Depuis la publication du Journal en 2008, des personnes de tous pays et de tous âges viennent s’assurer que c’est bien ici que vivait Hélène Berr. Je sais qu’un petit groupe d’Allemands est venu déposer à l’intérieur de l’immeuble au pied de l’escalier la couverture agrandie de l’édition allemande du Journal avec une bougie de neuvaine.

Le Journal est aujourd’hui présent dans le monde entier, il a été traduit dans 26 pays et sans doute, comme l’a écrit Patrick Modiano dans sa préface, Hélène Berr par la qualité de sa plume serait-elle devenue écrivain. Elle contribuera par sa présence lumineuse, à perpétuer le souvenir de toutes ces âmes qui, comme elle, continuent de scintiller pour ne jamais plus s’éteindre.

Merci à vous tous d’être là pour célébrer sa mémoire,

Pose de la plaque
Crédit photo : Yanosh Kaldy

« Passant souviens toi. »

Mariette Job

Nadine et Isabelle, déportées, à gauche sur la photo
photo de la cérémonie : Yanosh Kaldy

BERR Hélène, Journal 1942-1944, suivi de Hélène Berr, une vie confisquée par Mariette JOB, préface de Patrick Modiano, Tallandier, 2008, 304 p.
Journal de Hélène Berr
Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé, film de Jérôme Prieur, 84 min, production Mélisande-Films et la participation de France-Télévisions, en DVD.
Hélène Berr, une jeune fille dans Paris occupé

Merci à Mariette Job, Yanosh Kaldy et Dominique Dufourmontelle
Octobre 2015


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 1057 / 904366

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Informations diverses  Suivre la vie du site Publications, annonces d’évènements   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License