Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Cécile Rol-Tanguy

Résistante, morte le 8 mai 2020
samedi 9 mai 2020

Cécile Rol-Tanguy, résistante, est décédée le 8 mai 2020, jour du 75e anniversaire de la libération, à l’âge de 101 ans.

Cécile et Rol Tanguy

Du 25 août au 13 décembre 2020, Exposition « Cécile Rol-Tanguy, une vie d’engagement (1919-2020) »
Le musée de la Libération de Paris-musée du général Leclerc-musée Jean Moulin
https://www.museeliberation-leclerc-moulin.paris.fr/exhibitions/cecile-rol-tanguy-une-vie-dengagement-1919-2020

Cécile Le Bihan rencontra Henri Tanguy à la fédération CGT de la métallurgie où elle était secrétaire. Elle devint sa femme en 1939.
Le père de Cécile, communiste de longue date, militait au Secours rouge international : Cécile avait pu rencontrer des exilés politiques tchèques, hongrois, yougoslaves, italiens et allemands qui venaient chez ses parents. Son mari a rejoint les Brigades internationales et combattit en Espagne en 1937-1938, puis fut mobilisé en 1939. Cécile était la « marraine de guerre » d’Henri avant de l’épouser, lui écrivant quand il était en Espagne.
Restée à Paris, Cécile vécut des moments difficiles : son père François Le Bihan [1] est arrêté en avril 1940, accusé d’avoir voulu reconstituer un parti dissous (PCF). Sa petite fille de sept mois, malade alors que le personnel hospitalier participait à l’exode, mourut quand les troupes allemandes entraient dans Paris.
Elle entra en résistance au sein du syndicat des métaux de la CGT : « Je n’avais plus rien. Mon père était arrêté, mon mari, je ne savais pas où il était, et j’avais perdu ma petite fille Françoise. Qu’est-ce qui me retenait ? Je rentrai [dans la Résistance]. Ça m’a aidé, ça m’a redonné autre chose. » Elle initia des comités de femmes qui distribuèrent des tracts, des feuilles d’information.
Quand Henri, revenu à Paris après juin 40, engagé auprès des comités populaires, entra dans la lutte armée en 1941, elle devint son agent de liaison malgré les risques extrêmes. Entre autres, elle dactylographia les tracts et les stencils. Elle est chargée de l’impression et acheminement du matériel. Ils plongent dans la clandestinité le 5 octobre 1940.
Cécile et Henri eurent deux autres enfants, en 1941 et 1943. Sa mère les aida en se chargeant de la poussette où étaient cachés documents et explosifs tandis que Cécile marchait à côté d’elle, bicyclette à la main.Elle faisait partie des services de liaison des premiers groupes de Francs-tireurs. Elle transportait au besoin des armes. Elle avait alors une vingtaine d’années. En mai 1943, Henri fut nommé à la tête des FTP de la région parisienne avec Joseph Epstein : Cécile fit la liaison entre eux.

En août 1944, Cécile dactylographie le texte « Ordre de mobilisation générale » Français, tous au combat ! Elle rejoint avec sa machine à écrire le PC de son mari, sous la place Denfert-Rochereau. Du 20 au 28 août 1944 le colonel Rol, chef des FFI de la région parisienne, y installe son état-major [2].
Le 27 août 1944, de Gaulle a invité une vingtaine de chefs de la Résistance parisienne au ministère de la Guerre où il avait installé son QG. Les présentations furent d’un laconisme tout militaire. Il passa en revue les personnes d’un « C’est bien, au suivant ». Une fois que furent traitées les questions du jour (retour à l’ordre et attribution de récompenses, décorations), de Gaulle se leva et dit : « Au revoir Madame, au revoir Messieurs ». La dame était Cécile, qui avait réussi à trouver une robe bleue. « J’ai trouvé que ça n’avait pas été chaleureux. C’était une toute petite réception, sans même un verre pour terminer. » De Gaulle semblait vouloir couper les ponts avec la Résistance intérieure dont il considérait le travail terminé.
Cécile raconte que lors des cérémonies organisées par Jacques Chirac, alors maire de Paris (1977-1995), « la Maréchale », veuve de Leclerc et ses fils les regardaient de haut elle et son mari.
Après le décès d’Henri, le souvenir de l’insurrection parisienne fut défendu par Cécile et par le musée de la Résistance nationale inauguré à Champigny en 1985.
Sources : Martine Giboureau et faire part de la famille.

Comment sont-ils devenus résistants ? Une nouvelle histoire de la Résistance (1940-1945), Robert Gildea, Les Arènes, 2017, 560 p.

Comment sont-ils devenus résistants ? de Robert Gildea
Des résistantes, quelques biographies
Libération de Paris : les cent documents, Colonel Henri Rol-Tanguy, Roger Bourderon, Avant-propos de Jacques Chaban-Delmas, Hachette, Pluriel, 1994, 332 p.

’Une fois de plus, nous devons dire au revoir à une grande représentante de la lutte antifasciste, Cécile Rol-Tanguy. Elle est morte le 8 mai 2020, jour du 75e anniversaire de la libération, à l’âge de 101 ans à Monteaux.

« C’est la disparition d’une des dernières figures de la Résistance française et de la libération de Paris en août 1944, qui portait les plus hautes distinctions de la République (Grand Officier de la Légion d’honneur, Grand-Croix de l’Ordre national du Mérite, Médaille de la Résistance, Croix du combattant volontaire de la Résistance) et était un symbole de la place des femmes dans la lutte contre Vichy et l’occupant nazi. Cécile Rol-Tanguy a toujours souligné qu’elle n’acceptait ces prix qu’en hommage à toutes les femmes de l’ombre, qui étaient des maillons indispensables dans la lutte secrète. Aux déportés, aux internés, à tous ceux qui ont été assassinés par l’ennemi et pourtant si souvent oubliés à l’heure de la victoire. A toutes les femmes qui, comme elles, ont simplement retrouvé leur place dans la vie quotidienne de leur famille et du pays après la fin de la guerre. »
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A 100 ans, en août 2019, elle a participé à la cérémonie commémorant le 75e anniversaire de la libération de Paris."

Dr. Ulrich Schneider, sécrétaire général FIR
Fédération internationale des résistants - association antifasciste
https://www.fir.at/
(message de Catherine Monjanel)

Jusqu’à son dernier souffle, Cécile ROL-TANGUY témoignera de sa fidélité à l’utopie généreuse du communisme, à ses engagements de jeunesse pour la justice sociale et l’émancipation des femmes.
https://www.cgt.fr/actualites/cecile-rol-tanguy-nous-quittes

https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2020/05/08/la-resistante-cecile-rol-tanguy-est-morte_6039104_3382.html

Claudine Cardon-Hamet, Triangles rouges à Auschwitz, Le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, collection mémoires, Paris 2005

[1François Le Bihan, convoi du 6 juillet 1942 est mort à Auschwitz.

[2Musée de la Libération de Paris, Musée du Général Leclerc, Musée Jean Moulin
4 Avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, 75014 Paris, (Place Denfert-Rochereau)