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Amis des Juifs. Ces Français non-juifs qui ont porté l’étoile jaune - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Amis des Juifs. Ces Français non-juifs qui ont porté l’étoile jaune

(avec le compte-rendu du film et du débat)
mercredi 24 juin 2009

Un film de Bernard Debord et Cédric Gruat, 2007, 52 min.
Mercredi 24 juin 2009 à 14h 30, Lycée Edgar Quinet, Paris 9 ème
Compte-rendu du film par Monique Vidal et du débat par Maryvonne Braunschweig.
L’étoile jaune par Sarah Montard.

film-débat avec Bernard Debord réalisateur, Cédric Gruat historien, Suzanne Citron-Grumbach, témoin

29 mai 1942 : Une ordonnance allemande rend obligatoire en zone Nord le port de l’étoile jaune : il est interdit aux juifs, dès l’âge de six ans révolus, de paraître en public sans porter l’étoile juive. L’ordonnance est publiée le 1er juin et elle est applicable à partir du 7 juin.

 AMIS DES JUIFS, Compte-rendu par Monique Vidal

du film documentaire de Bernard Debord et Cédric Gruat (52’)
Ethan productions, 36 Bd de la Bastille 75012, ethan.prod@wanadoo.fr

Des photos, montrant la sympathie des passants envers les juifs en arborant des étoiles jaunes fantaisistes étaient connues. Ce film replace ces actes courageux dans le contexte de l’époque, à l’aide de témoignages et d’archives. Vichy veut marquer les juifs afin de faciliter les rafles et ainsi mettre en condition la population. Après le Statut des Juifs, le recensement, en septembre1941 a lieu l’exposition : « Le Juif et la France » ; la propagande antijuive est active, y compris par les chansons.

L’ordonnance allemande du 29 mai 1942, relative au port de l’étoile jaune, est publiée le 1er juin en France et applicable à partir du 7 juin. Les résistances communiste, gaulliste, juive, appellent à manifester le 7 juin par solidarité. Des étudiants résistants portent des étoiles fantaisistes sur les Champs-Elysées et le boulevard St Michel, avec à la place de « juif » : « zazou », « auvergnat », « J 3 », de même dans plusieurs villes de province.
Pourquoi le font-ils ? Les témoins mettent en avant leurs sentiments anti-nazis, "anti-Vichy", ainsi que le goût de la provocation. Certains sont chrétiens, certains politiquement à gauche et d’autres sans engagement particulier.
Cette manifestation donne lieu à des heurts et à des arrestations par des policiers français ou des soldats allemands. Il y a eu plusieurs groupes à Paris ; le plus jeune manifestant avait 15 ans et portait une étoile sur
laquelle était écrit « swing ». Cela a duré quelques jours, la répression y a mis fin. On ignore le nombre de participants, on ne connaît que l’histoire de ceux qui furent interpellés.
À Dijon un jeune homme est envoyé dans un camp de juifs où il reste plusieurs jours. À Paris, un autre témoin est interné à Drancy et il décrit de façon terrible le Drancy de cette époque. Les jeunes filles
« aryennes » vont, elles, à la prison des Tourelles à Paris, puis à Drancy. L’une d’entre elles a noté sur un cahier, à l’époque, ce qu’elle vivait : le départ de 80 juives -isolées- (en fait c’est pour Drancy puis Auschwitz) et les détenues chantent pour elles.
Le 20 juin 1942, Dannecker oblige les « amis des juifs » à porter une bande de tissu avec cette expression inscrite, en plus de l’étoile jaune. Pour les juifs qui voyaient cela « c’était un rayon de soleil ». Après la rafle du Vél’ d’Hiv’, les femmes internées aux Tourelles sont envoyées à Drancy et dispersées parmi les internées. Elles sont témoins de l’arrivée des enfants de Pithiviers, l’une d’entre elles se souvient s’en être occupée : les enfants « ne pouvaient plus pleurer ».
Le 31 août les « amis des juifs » sont libérés sur ordre de Dannecker. Certains rejoindront la résistance.

Ce film, très intéressant met ainsi en lumière une histoire mal connue, limitée, certes, mais qui a touché des personnes ordinaires, de toutes les couches de la société. Il apporte un regard plus complet sur l’opinion publique en 1942.
A recommander pour les C.D.I."
Monique Vidal, la Lettre n° 9, novembre 2008

 Compte-rendu du débat par Maryvonne Braunschweig

Conférence organisée par le Cercle d’étude de la déportation et de la Shoah – Amicale d’Auschwitz, sur « Amis des Juifs », ces Français non-juifs qui ont porté l’étoile.

Elle traite de réponse antagoniste à la politique antisémite des autorités allemandes et du gouvernement de Vichy : faire acte de résistance, ou l’amplifier et la justifier par la propagande. Il ne s’agit pas de tout confondre, mais notre volonté de connaître le passé et de le faire connaître a bien sûr, pour nous, au Cercle d’étude, une finalité, celle de mieux comprendre le présent et savoir faire des choix quand il est nécessaire. Alors l’usage politique de la stigmatisation collective de groupes humains, les amalgames – en déni du droit – entre étrangers, immigrés et délinquance, ne peuvent qu’avoir d’étranges résonances avec l’actualité.
La conférence de juin était en fait un débat, après la projection du documentaire de Bernard Debord et Cédric Gruat, « Amis des Juifs », en présence des réalisateurs et de quelques témoins intervenant dans le film comme Suzanne Citron-Grumbach ou Michel Reyssat, un de ces « Ami des Juifs ».

Les « Amis des Juifs » sont ces non-Juifs qui ont porté une étoile fantaisiste en juin 1942 par solidarité, esprit de résistance, provocation, haine des « Boches », lors de l’application de l’ordonnance allemande sur le port de l’étoile jaune en zone occupée, pour tout Juif dès l’âge de six ans. Cela leur a valu d’être arrêtés, internés plusieurs semaines ou mois, en particulier à Drancy, obligés de porter une bande de tissu avec l’inscription « Ami des Juifs ». Lors du débat un autre témoin, Bertrand Herz, déporté par la suite à quatorze ans, a raconté l’attitude de ses jeunes camarades de Condorcet vis-à-vis de lui, se solidarisant par le port d’étoiles fantaisistes avec l’inscription « potache » alors qu’il avaient à peine treize ans.

Il n’a pas été possible de trancher sur les motivations profondes de ces « Amis des Juifs », car elles étaient diverses, les uns mus par leurs convictions religieuses de chrétiens quand d’autres étaient parfaitement athées, mais tous sensibles au caractère odieux de ce marquage qu’ils ne pouvaient accepter. Et, était-ce prémonitoire, Michel Reyssat, l’« Ami des Juifs » de juin 1942, a tenu ces propos : « Soixante-sept ans après, les problèmes demeurent, aujourd’hui il y a d’autres modes de marquage. Et qu’est-ce que l’on en fait ? [...], ce n’est pas glorieux. » Suzanne Citron-Grumbach, dans Mes lignes de démarcation, retrace sa vie en France sous l’Occupation. D’abord résistante, puis arrêtée, elle réussit à passer pour demi-juive, restant ainsi internée à Drancy sans être déportée.
Le livre témoignage de Françoise Siefridt, autre « Amie des Juifs » qui apparaît dans le film, récemment publié sous le titre de J’ai voulu porter l’étoile jaune, Journal de Françoise Siefridt, chrétienne et résistante, est également présenté.
Seuls quelques individualités ont su voir et avoir le courage d’agir.
Maryvonne Braunschweig

J’ai voulu porter l’étoile jaune
CR : SIEFRIDT Françoise, J’ai voulu porter l’étoile jaune, Journal de Françoise Siefridt, chrétienne et résistante [1], par Monique Vidal

Dans le film «  Ami des Juifs » de Bernard Debord et Cédric Gruat que nous avons projeté en avril 2009, l’une des intervenantes était Françoise Siefridt, qui avait écrit ce qu’elle vivait, en 1942, dans un petit cahier.
Elle vient de faire paraître son témoignage complet. Cette jeune fille chrétienne de dix-neuf ans fait partie de ceux qui ont manifesté le 7 juin 1942, contre l’ordonnance allemande portant obligation pour les Juifs d’être marqués par une étoile jaune : ils ont arboré des étoiles fantaisistes, « Papou », « Swing ».
Vite arrêtée, elle est comme d’autres femmes, enfermée à la caserne-prison des Tourelles, à Paris. Elle est ensuite envoyée à Drancy, d’où elle est relâchée le 31 août 1942. Son témoignage est précis, clair, sur la vie quotidienne et la mixité sociale qu’elle découvre aux Tourelles.
À Drancy, c’est un autre monde, dur et très éprouvant. Françoise Siefridt voit arriver les enfants des camps du Loiret, dont les parents ont déjà été déportés. Ils sont seuls, sales, malades et René Blum lui demande de s’occuper, avec d’autres jeunes filles, d’un dortoir d’enfants. C’est l’enfer pour ces enfants et son récit est poignant.
Ce témoignage est préfacé par Jacques Duquesne, journaliste, bon connaisseur de l’Église. Il replace ainsi le courage de cette jeune fille chrétienne dans le contexte de 1942. L’engagement chrétien de Françoise Siefridt n’est pas exactement le même que celui de la majorité des évêques d’alors !
Enfin, Cédric Gruat, dans la postface, fait mieux connaître la personnalité de l’auteur, qui se rapproche par la suite des résistants de Témoignage Chrétien. D’autres « Amis des Juifs » devinrent aussi des résistants.
Cet épisode de l’année 1942 mérite d’être largement connu.

Témoignage de Bertrand Herz, déporté à Buchenwald :
J’avais alors douze ans. Lorsque je suis arrivé dans la cour du petit lycée Condorcet, la première réaction d’ensemble a été que l’étoile n’existait pas...Et un jour – je ne me souviens plus si c’est dans la même journée ou quelques jours après – deux camarades, d’apparence plutôt vigoureuse, sont venus me voir et m’ont dit : « Écoute, si quelqu’un t’insulte, nous te défendrons ! », puis nous avons descendu ensemble la rue d’Amsterdam, depuis la rue de Bucarest vers la gare Saint-Lazare. De même, quelques jours après, quelques camarades – ils étaient entre quatre et six – ont confectionné des étoiles en papier jaune sur lesquelles ils n’avaient pas écrit « Zazou », mais « Potache » terme qui, à l’époque, désignait les collégiens dans leur argot. Et nous sommes descendus ainsi, assez fièrement, jusqu’à la gare Saint-Lazare. (PC n°11, p. 18)

Suzanne Grumbach-Citron
Résistante civile, Suzanne Grumbach-Citron l’a été d’abord à Paris, le 7 juin 1942 quand, « [le] premier jour du port de l’étoile, une bande de copains se donnèrent rendez vous à l’angle de la rue de l’École de médecine et du boulevard Saint-Michel. Juifs et non Juifs, bras dessus, bras dessous, les uns porteurs d’une « vraie » étoile, les autres affublés d’étoile en carton « Breton », « Zoulou », etc. Avec Anise Girard [Postel-Vinay, future résistante déportée à Ravensbrück], Claudie Collin, Paul Chaslin, les jumelles Lévy – Micheline et Geneviève – [déportées en 1943], Claude Stamm, Jeannine Touchon et quelques autres, nous réussîmes pendant un moment à perturber la circulation, jusqu’à ce que des "verts-de-gris" nous dispersent, sans violence ce jour-là ». Puis à Lyon où, après l’occupation de la zone dite « libre », l’appartement hébergea des réfugiés, des clandestins, du matériel de fabrication de faux papiers. Avec sa sœur, elles furent mises en relation avec le réseau Périclès, le mouvement Franc-Tireur, et plus encore avec la Résistance intellectuelle, protestante et catholique des Cahiers du Témoignage Chrétien.
Marie Paule Hervieu,
Citron Suzanne, Mes lignes de démarcation : croyances, utopies, engagements

Le tout est retranscrit dans un Petit Cahier : L’antisémitisme légal en France, 1940-1944 : Résister-Propager
Petit Cahier n°11/2e série (106 pages)

sommaire petit cahier antisémitisme

 Médiagraphie

GRUAT Cédric , LEBLANC Cécile, Amis des Juifs, Les résistants aux étoiles, Tirésias, 2005, 236 p.
GRUAT Cédric, Hitler à Paris, juin 1940, Paris, Tirésias, 2010, 192 p.
COUROUBLE Alice, Amie des Juifs, Introduction de Odette et Jules KLANFER, Paris, Bloud et Gay, 1946, 91 p.
Alice Courouble, s’est cousue une étoile par amitié pour Suzanne. Elle est conduite au centre d’internement des Tourelles, puis transférée à Drancy avec d’autres "amis des juifs", le 13 août 1942...in COQUIO Catherine, KALISKY Aurélia, L’Enfant et le génocide. Témoignages sur l’enfance pendant la Shoah, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2007, p.744
LEBLANC Cécile et GRUAT Cédric, Amis des Juifs – Les résistants aux étoiles, Tirésias 2005, 236 p.
PARMENTIER Roger, Un long chemin d’amitié avec les Juifs et le Judaïsme : Une réflexion critique... Une "sympathie" déçue... Un avenir catastrophique..., L’Harmattan, 2008
POLIAKOV Léon, L’Etoile jaune, éditions Grancher, 1999
SIEFRIDT Françoise, J’ai voulu porter l’étoile jaune, Robert Laffont, 2010, Postface de Cédric Gruat et préface de Jacques Duquesne

Films :
Amis des Juifs, DEBORD Bernard, GRUAT Cédric, documentaire 52 min, Ethan Productions, 2007, avec la participation de Planète, du CNC, de la Procirep / Angoa et le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
L’engagement, un film de Michèle Massé, 52 min, 2010, sur sa mère Josèphe Cardin.
Le 8 juin 1942, Josèphe Cardin, adolescente catholique, porte l’étoile jaune par solidarité pour son amie Pearl. Elle est arrêtée par la police française et incarcérée aux camps des Tourelles, puis de Drancy au motif d’être "amie des Juifs".
Un sac de billes, 1975, de Jacques Doillon, à partir du roman de Joseph Joffo

Un site internet avec "les étoiles" swing auvergnat
http://assoc.pagespro-orange.fr/d-d.natanson/protestation.htm

 Adélaïde Hautval « Amie des Juifs »

Adélaïde Hautval est intervenue pour prendre la défense d’une famille juive maltraitée par des soldats allemands. Non juive, elle a été déportée.
« Puisque vous les défendez, vous partagerez leur sort ». Elle est alors internée
dans les camps de Pithiviers, Beaune-la-Rolande, dans la prison d’Orléans, au fort de Romainville, puis dans les camps d’Auschwitz avec le convoi dit des « 31000 » du 24 janvier 1943), à Ravensbrück.
Adélaïde Hautval par Georges Hauptmann

 Le port de l’étoile jaune

Le témoignage sur le port de l’étoile jaune de Sarah Lichtsztejn-Montard, membre de l’U.D.A.
Deux personnes m’ont manifesté leur sympathie à cet égard :
1°) Le premier jour où j’ai porté l’étoile ( 7 juin 1942) je suis montée dans l’autobus 26 pour aller au Lycée de jeunes filles du Cours de Vincennes, situé au 1, rue des Pyrénées, alors que nous habitions au 306. Je me tenais debout à la barre, un peu gênée par rapport aux autres d’être ainsi
marquée comme une bête. Tout à coup, une dame assise dans le fond de l’autobus s’est levée et est venue vers moi. J’avais peur de ce qu’elle pourrait me dire ou me faire ; elle m’a simplement serré la main en me disant : « Je tiens à vous féliciter pour votre courage ». Puis, elle est repartie s’asseoir. Je ne savais pas trop quoi en penser. Ce n’est qu’un peu plus tard que j’ai compris que cette femme tenait à manifester sa solidarité avec la minorité juive. Ce n’est certainement pas elle qui aura dénoncé des
juifs cachés, au contraire, je l’imagine cacher elle-même des persécutés et entrer dans la Résistance.
2°) La Directrice de ce même lycée (baptisé le Lycée Hélène Boucher en 1944) a interdit toute manifestation hostile à l’égard des élèves portant l’étoile et tout le monde lui a obéi, tellement se dégageait d’elle une aura d’autorité et de justice. C’est ainsi qu’une fille qui était au CM2 avec moi
l’année 1938-39, et qui m’avait dit que c’était à cause de moi (j’étais née à Dantzig) et des juifs que la guerre aurait lieu, n’a plus osé rien me dire. Elle se contentait de me fusiller des yeux.
Après mon arrestation et mon évasion du Vél’ d’Hiv’ le 16 juillet 1942, notre même Directrice, Mademoiselle Fontaine, m’a prise à part à la rentrée d’octobre, me disant : « Sarah, je peux vous assurer que l’on ne vous arrêtera jamais au lycée » ; pourtant, toute une aile était occupée par des soldats allemands. Je ne portais plus l’étoile et vivais avec de faux papiers, et pendant les deux ans jusqu’à mon arrestation et ma déportation à Auschwitz, je n’étais tranquille qu’au lycée. C’était mon seul havre
de paix. Partout ailleurs, nous étions traqués.

N.M. 2010

En Allemagne, ceux qui ont aidé des juifs avant 1939, Judenfreund (Amis des juifs), perdent leur emploi. Par la suite, ils peuvent être envoyés en camps de concentration et perdre la vie

[1Siefridt Françoise, J’ai voulu porter l’étoile jaune, Journal de Françoise Siefridt, chrétienne et résistante, préface de Jacques Duquesne, postface de Cédric Gruat, Paris, Robert Laffont, 2009, 213 p.


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