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André Ulmann, résistant, déporté à Mauthausen - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

André Ulmann, résistant, déporté à Mauthausen

par Marie-Paule Hervieu
samedi 4 mars 2017

Après l’Anschluss annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en mars 1938, le camp de Mauthausen est ouvert pour les antifascites autrichiens. Puis, des détenus venus d’une quarantaine de pays travaillent pour l’industrie de guerre nazie dans des conditions inhumaines dans tout un réseau de camps annexes.

André Ulmann, résistant déporté à Mauthausen

André Ulmann est né le 29 septembre 1912, de parents juifs alsaciens : Mathias Ulmann remarié avec Jane Sarah Bernheim. Il a cinq demi frères et sœurs. Deux de ses frères s’engagent dans l’armée française, en 1914 et 1918 . Il fait ses études au lycée Pasteur, adhère aux Éclaireurs unionistes de France et obtient deux baccalauréats scientifique et littéraire et commence des études de droit.

Journaliste et écrivain engagé
Il prépare une licence de lettres, devient, journaliste à « L’œuvre » et fréquente les fondateurs de la revue « Esprit » (Jacques Maritain, Emmanuel Mounier), il y écrit de 1932 à 1936 et publie « Police, 4ème pouvoir  ». Antifasciste, il couvre la guerre d’Espagne pour « Le peuple », et participe à la fondation du Journal « Vendredi » (Chamson, Guéhenno, Wurmser, Martin-Chauffier ) et restera solidaire des Républicains espagnols. En 1937, il épouse Suzanne Tenand et a deux enfants, Fabrice et Caroline, née après guerre devenue secrétaire générale de l’amicale de Mauthausen.

Prisonnier de guerre, résistant déporté
En 1939, il est mobilisé dans l’infanterie, fait prisonnier en juin 1940 et interné au Stalag XIB, deux de ses frères, sont internés dans le camp de Compiègne. Lui-même tente de s’évader et aide à l’évasion de prisonniers, c’est en août 1942 que sont jetées les bases du futur Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. Rapatrié sanitaire, le 1er mars 1943, il est démobilisé et entre dans la Résistance clandestine, sous le pseudonyme d’Antonin Pichon, dans un réseau dénommé « Charrette » dirigé par un neveu du Général de Gaulle, Michel Cailliau. Sa femme et son fils vivent cachés dans l’Ain, puis à Dieulefit, avec Clara Malraux. Arrêté par la police politique allemande, alors qu’il s’apprête à rejoindre le Général de Gaulle et Alger, le 1er septembre 1943, il est emprisonné à Montluc, torturé et condamné à mort. Il échappe à l’exécution par le biais d’un officier de la Wehrmacht qui l’ajoute à un convoi, en direction du camp de Compiègne, pour être déporté à Mauthausen, camp disciplinaire de l’Autriche annexée ( Jusqu’à 200000 déportés de 25 nationalités), le 25 mars 1944. André Ulmann est titulaire de la croix de guerre, de la médaille de la Résistance avec rosette, et de la Légion d’honneur, à titre militaire.

Déporté à Mauthausen, dans les camps annexes de Melk et Ebensee
Transféré, dans le Kommando extérieur de Melk, en avril 1944, affecté, au secrétariat, il travaille dans le cadre de la résistance internationale, dirigée par Auguste Havez, cadre communiste, résistant de la première heure : Pierre Saint-Macary témoigne  [1] : « Contre tout cela (le froid, la faim, l’absence de soins et d’hygiène, les lubies sadiques, les brutalités constantes, la déshumanisation) Pichon luttait sans relâche, aidant l’un, déplaçant l’autre, écartant celui-ci du travail pour quelques jours, utilisant la connaissance de l’allemand de tel autre, écoutant avec patience les demandes de tous, affable, souvent ironique, un peu mystérieux…curieux de tout mais toujours renseigné, il est au centre des souvenirs de tous.

Marie-Jo Chombart de Lauwe, Ernest Vinurel, Pierre Saint-Macary
Photo Maryvonne Braunschweig, voyage à Mauthausen : Amicale de Mauthausen et l’APHG, 2001

Il luttait, mais pas seulement au bénéfice des Français, car il était partie prenante du groupe international, clandestin et informel, mais efficace, qui a gouverné Melk pour faire échec à l’oppression des SS relayés par les « Verts » (droits communs) et les « Noirs » (asociaux) ». Il écrit des « Poèmes de camp dont certains seront repris et publiés par Pierre Seghers dans son anthologie « La Résistance et ses poètes ». Blessé dans un bombardement, il ne cesse d’agir, de développer toutes les formes d’aide à ses camarades déportés. Dans le livre publié par sa femme, Suzanne et son ami Michel Goldschmidt, intitulé «  André Ulmann ou le juste combat  » beaucoup de déportés témoignent de ce qu’ils lui doivent : d’avoir été épargnés, sauvés et, de sa profonde humanité. Blessé par un bombardement allié, il est transféré en avril 1945, à Ebensee, le camp-mouroir : jusqu’à 3 000 morts par jour, il continue d’agir et participe à la libération du camp, juste avant l’arrivée des armées américaines, du général Patton, le 6 mai. Il ne rentre à Paris que le 25 mai, ayant continué à s’occuper de la prise en charge des malades, des problèmes de ravitaillement, de l’organisation des rapatriements.

Rentré
Délégué à l’assemblée nationale constituante, fondateur de l’Amicale de déportés à Mauthausen, en 1945, dont il devient le premier président, il reprend son métier de journaliste et d’écrivain. Il meurt le 5 septembre 1970. Il a laissé des livres publiés en 1946 : «  La Conjuration des habiles  », et son témoignage sur l’univers concentrationnaire intitulé « Souvenir de voyage », puis « L’Humanisme au XXe siècle », des articles dans « La Tribune des nations » dont il est le rédacteur en chef, des poèmes , lui qui dans le « Face à face, le monde SS opprimant les sous-hommes », incarna « l’appareil clandestin cherchant à sauver des hommes », c’est-à-dire, face à la force aveugle, l’esprit de résistance.
Marie-Paule Hervieu, mars 2017.

L’Amicale de Mauthausen :
http://www.campmauthausen.org/
KZ-Gedenkstätte Mauthausen :
https://www.mauthausen-memorial.org/
Amical de Mauthausen y otros campos y de todas las víctimas del nazismo
http://www.amical-mauthausen.org/

Daniel Letouzey (Cercle d’étude) :
http://clioweb.canalblog.com/archives/2015/05/04/31999855.html

Le camp de Melk :
http://www.geheimprojekte.at/lager_melk.html

Raketenrüstung à Ebensee :
https://www.memorial-ebensee.at/

Gusen : Gusen est ouvert en mai 1940 :
http://www.gusen.org/de/
Loiblpass :
Un Tunnel pour le Reich, documentaire d’Anice Clément et Jacques Merlaud (2010), les camps de travail forcé situés des deux côtés du Col Loibl (Loiblpass, 1360m d’altitude), entre l’Autriche et la Slovénie :
https://jsegalavienne.wordpress.com/2010/11/12/un-film-qui-en-dit-long/

Bilan
40 nationalités
190 000 détenus
90 000 morts
une soixantaine de camps annexes.

[1Ernest Vinurel(1926-2017), né en 1926 à Oradea, en Roumanie dans une famille de négociants en grain, de langue hongroise, un territoire annexé par la Hongrie. L’entreprise familiale est aryannisé, est déporté à Auschwitz, puis Mauthausen, les camps annexes. Il y est protégé par le réseau d’entraide communiste, du côté français par André Ulmann (Pichon).
VINUREL Ernest, Rive de cendre, Transylvanie, Auschwitz, Mauthausen, L’Harmattan, 2003, 356 p.