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J’ai survécu à ma mort, film de Vojtech Jasny - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

J’ai survécu à ma mort, film de Vojtech Jasny

Notes de Jean-François Hervieu, professeur de Lettres.
dimanche 22 mai 2016

L’odyssée d’un déporté tchèque, au tournant de la guerre, en 1943 et le travail de destruction de l’homme au camp de Mauthausen.

J’ai survécu à ma mort de Vojtech Jasny, République Tchèque, 1960, Mille et Une Productions, 93 min.

Ouverture : « Je suis l’un des rares à avoir survécu à sa propre mort. Là-bas la seule sortie, c’était la cheminée du crématoire. »

Depuis Shoah, 1985, réalisé par Claude Lanzmann, la représentation du génocide est devenue l’objet d’une polémique dont les enjeux dépassent de simples choix cinématographiques. Dès 1960, Gillo Pontecorvo doit affronter une virulente charge de Jacques Rivette pour avoir voulu transformer Emmanuelle Riva, déportée juive, en Kapo, avant qu’un prisonnier russe ne vienne mélodramatiquement la racheter. Ainsi le recours à la fiction, longtemps suspect, n’a-t-il pu récemment retrouver une légitimité qu’avec Le fils de Saul, 2015, de Lazlo Nemes.

L’Amicale de Mauthausen, dans ce contexte apaisé, a eu le mérite de promouvoir l’exhumation d’un film qui fut pionnier en la matière puisqu’il présenta dès 1960, année de son tournage, l’odyssée à la fois plausible et documentée d’un déporté tchèque au tournant de la guerre, en 1943, la mention de la bataille de Koursk en faisant foi.

J’ai survécu

De Tonda, ou Tony - le jeu de l’admirable Frantisek Peterka évoquant étonnamment celui de Lino Ventura - nous saurons qu’il a d’abord été forgeron, puis boxeur amateur, sa seule erreur étant d’avoir envoyé au tapis un adversaire inféodé à la Gestapo, ce qui lui a valu d’être déporté au camp de concentration de Mauthausen.

Par simple provocation, il se déclare communiste, et mal lui en prend si l’on en juge par l’accueil qui lui est réservé. Et de tout son parcours la voix off nous rendra compte, dans la proximité d’un récit à la première personne. Risquant sa vie pour partager son pain avec les plus démunis, le personnage affronte les épreuves redoublées d’une initiation christique, confronté à l’absurdité de tâches épuisantes, à la limite de ses forces, sous la menace de gardiens cruels et implacables. Les 186 marches de la carrière de pierre de Mauthausen, le sinistre Wiener Graben, demeureront dans nos mémoires comme la reprise atroce du mythe de Sisyphe.

L’image d’un gris nocturne, les travellings qui longent les barbelés à perte de vue,
dessinent en creux l’horreur dont parviennent à s’extraire ceux qui luttent ou défient le mal à leur façon. L’exécution d’un déporté juif alors même qu’on le contraint à chanter donne à l’Ave Maria de Schubert qu’il a choisi, une portée universelle, embuant jusqu’aux yeux de certains de ses bourreaux.

Bien sûr, le film ne s’interdit pas les facilités d’un déroulement initiatique voire idéologique, puisque Tony va rejoindre la résistance communiste dont l’emblématique Joseph - incarné par l’efficace Jiri Sovak- se fait l’artisan dévoué, rappelant opportunément que « les esclaves finissent par en savoir plus que leurs maîtres ».
Mais au terme de tribulations qui réaniment ce corps en souffrance, ce n’est plus au forgeron, au boxeur, ni même au militant que nous aurons affaire mais à un homme régénéré, en charge de la survie, rien moins que symbolique de notre humanité. Et si cette survie s’explique factuellement, comme dans Le mort qu’il faut de Jorge Semprun par la substitution d’un matricule, c’est la dimension éthique de ce « combat difficile » qui a fini par l’emporter.

Épilogue : « Je suis l’un des rares à avoir survécu à sa propre mort. Beaucoup de mes camarades ont été capables de mourir. Ils étaient bien meilleurs que moi. »

Dans l’article des Cahiers du Cinéma (mai 2016) qu’il consacrait au film à l’occasion de sa sortie en DVD (Une deuxième vie pour J’ai survécu à ma mort/Mille et une productions), Ariel Schweitzer signalait l’intérêt de revoir ce film sur grand écran ; puisse-t-il trouver un écho auprès de distributeurs ambitieux. Daniel Simon, Président de l’amicale de Mauthausen aura quant à lui bien contribué à faire revivre une œuvre de premier plan. On lui doit un livret d’accompagnement qui retrace les étapes de la réception publique et institutionnelle du film, pour l’inscrire dans le sillage, légitimement fictionnel, de Nuit et Brouillard.

(Le DVD est disponible auprès de l’Amicale de Mauthausen, au prix de 23 euros /frais de port de 3 euros en sus pour la France/31 boulevard Saint-Germain -75005-PARIS).
Jean François Hervieu

« Je suis l’un des rares à avoir survécu à sa propre mort. Là-bas la seule sortie, c’était la cheminée du crématoire. »

J’ai survécu à ma mort, Thèse par Béatrice Cormier-Rodier sur le rôle du film historique
http://www.theses.fr/1986NAN21026
SEMPRUN Jorge, Le mort qu’il faut , Gallimard, 2001
COMBE Sonia, Une vie contre une autre. Échange de victime et modalités de survie dans le camp de Buchenwald, Fayard, 2014, 333 p.
Buchenwald par ses témoins, histoire et dictionnaire