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Discours d'Yvette Lévy à l'occasion de la cérémonie du Vél’ d’Hiv’ - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Discours d’Yvette Lévy à l’occasion de la cérémonie du Vél’ d’Hiv’

square des Martyrs juifs du vélodrome d’hiver
lundi 23 juillet 2012

Discours d’Yvette Lévy, ancienne déportée, membre de la "Sixième", au sein des Éclaireurs Israélites de France, une Sixième section est ajoutée au mouvement : c’est le Service Social des Jeunes dont le nom clandestin est la « Sixième ».
Dimanche 22 juillet 2012, 9h30, cérémonie du Vél’ d’Hiv’, square des Martyrs juifs du vélodrome d’hiver, Pont Bir-Hakeim, Paris 15 ème

...Mesdames et Messieurs
Le CRIF, Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, m’a fait l’honneur de me demander de le représenter en ma qualité d’ancienne déportée à l’occasion de cette Journée nationale dédiée à la Mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites sous l’autorité de fait, dite « Gouvernement de l’État français » de 1940 à 1944.

Nous voici rassemblés comme chaque année à cette même date sur ce lieu de mémoire qui à lui seul est un symbole pour tous les juifs de France.
Cette tragédie française des 16 et 17 juillet 1942 nous conduit à une confrontation de notre Histoire commune.

L’opération appelée « Vent Printanier » avait été préparée minutieusement et méthodiquement par les autorités de Vichy avec un zèle qui en avait étonné les responsables de la Gestapo. La Préfecture de Police avait soigneusement établi des listes permettant l’arrestation massive de juifs. Le but poursuivi était de résoudre « la question juive » en France en recensant, excluant, spoliant puis regroupant et exterminant.

A Drancy où nous nous trouvons, ce fut l’antichambre de la mort : « le Seuil d’Auschwitz ».
Ce camp a été pendant trois ans le principal lieu de départ de la France vers les camps d’extermination nazis pour la majorité des convois vers Auschwitz. Dès 1941, des rafles codifiées « billet vert » eurent lieu dans les 4ème, 11ème et 12ème arrondissements de Paris. Elles regroupaient exclusivement des hommes français et étrangers de 18 à 50 ans ainsi que des notables français.
Au total 4232 personnes furent arrêtées et emprisonnées à Drancy.

A cet instant, je veux rappeler les propos du Président Chirac qui déclarait en 1995 : « Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et nos traditions. Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français ».

Durant ces 2 journées des 16 et 17 juillet 1942, 13 150 juifs furent appréhendés par la police française dont 4115 enfants. Pour la 1ère fois, des enfants avaient été raflés ; plus tard, ils seront séparés de leur mère.

Dans sa lettre du 13 juillet 1942, le Directeur de la police municipale de Paris avait demandé d’urgence au Préfet de la Seine de mettre à disposition et ce, dès 5 heures du matin à la fin du service 50 autobus. Ces véhicules devaient se rendre dans les différents centraux des commissariats d’arrondissement et à la caserne de la Cité, suivant une répartition communiquée directement à la Compagnie (du métropolitain).

Après les avoir arrêtés quelquefois brutalement, ils furent conduits dans ces autobus vers le Vél’ d’Hiv’ où les conditions étaient abjectes et dantesques : pas d’air, aucun ravitaillement, rationnement de l’eau, indignité des conditions d’hygiène, aucune intimité. Des infirmières présentes dans l’enceinte du Vél’ d’Hiv’ ont rapporté des scènes d’horreur et de désolation.
Ce lieu avait été choisi car il pouvait contenir un très grand nombre de personnes.

Dès le 19 juillet soit quelques jours après la Rafle, un convoi d’adultes, le N°7, quitte Drancy pour Auschwitz où la plupart sera exterminé. Certains sont conduits vers les camps du Loiret de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, avant d’être à leur tour déportés, puis exterminés. Là, les gendarmes français ont excellé dans l’innommable. Ils vont séparer les mères de leurs enfants souvent par la force, les abandonnant à leur propre sort, le plus souvent malades, sans hygiène, sans soins. Très rapidement, ces enfants seront convoyés vers Auschwitz via Drancy et seront gazés dès leur arrivée.

Cependant, les autorités avaient prévu 22 000 arrestations. Le compte n’y était pas. Il faut alors mentionner le courage de certains fonctionnaires qui avaient prévenu des amis et voisins. Ceux qui avaient compris le piège tendu avaient abandonné leurs appartements et étaient partis. Ces Français, qui souvent au péril de leur vie ont averti, aidé, accueilli, caché ou qui ont simplement fait preuve d’humanité et de solidarité ont sauvé l’honneur de la France. A tous c es « Justes », nous leur devons une reconnaissance infinie. Sans leur engagement, il est probable que les crimes commis par l’occupant et les complices de Vichy eussent été encore plus nombreux. Leur souvenir nous oblige à méditer sur la liberté de chacun, de sa responsabilité et de son choix.

Sur cette place où nous nous trouvons rassemblés aujourd’hui, 70 ans après, je ne peux éviter de me remémorer un certain 31 juillet 1944.
Arrêtée le 21 juillet 1944 par Alois Brunner, commandant du camp de Drancy, en guise de représailles, après avoir vécu et participé au sauvetage des enfants et adultes dont les parents avaient été arrêtés, puis déportés, pendant toute cette période noire, mon devoir est de transmettre cette mémoire vive qui a sali à jamais l’honneur de la France.

Du convoi 77, parti de Drancy le 31 juillet 1944, dont j’ai fait partie, 300 enfants des maisons de l’UGIF (Union générale des israélites de France), seront gazés dès leur arrivée à Birkenau.
Avec beaucoup d’émotion, je pense à toutes ces vies brisées, ces destins anéantis, ces sourires perdus qui avaient juste le malheur d’être nés JUIFS.

La cicatrice reste béante et cette journée de mémoire et de souvenir nous oblige tous, toutes générations confondues, à poursuivre sans relâche toutes sortes de discrimination raciste et antisémite et de rester vigilants.

Notre souffle d’anciens survivants s’épuise lentement, et sachez que notre mémoire est votre héritage.
Je vous remercie.

Yvette Lévy

Yvette Lévy

http://www.cercleshoah.org/spip.php?article155

Discours de Raphaël Esrail, président de l’UDA

N.M. septembre 2012


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