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J'avais seize ans à Pitchipoi, Denise Toros-Marter - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

J’avais seize ans à Pitchipoi, Denise Toros-Marter

Compte rendu de lecture par Marie Paule Hervieu
jeudi 5 janvier 2012

L’histoire de Denise Toros-Marter était intéressante par sa double ascendance, très représentative de ce que Renée Dray-Bensousan avait appelé « une communauté plurielle » : du côté de son père, Lucien Marter, la famille venait d’Alsace (Haguenau) et avait choisi Marseille et la France en 1870, du côté de sa mère, Marcelle Tubiana, la famille était originaire d’Afrique du Nord, et avait quitté l’Algérie, dans le contexte de violences antisémites de la fin du 19e siècle.
Article extrait du bulletin de l’UDA, Après Auschwitz, n°321, décembre 2011

J’avais seize ans à Pitchipoi, Denise Toros-Marter, Paris, Edition du Manuscrit, 2008, collection « Témoignage de la Shoah »

Lorsque nous préparions le Petit Cahier - 2e série - n°14 sur Les Juifs à Marseille, 1939-1944, Yvette Lévy avait attiré notre attention sur le livre de sa cousine Denise, édité par Le Manuscrit en 2008. L’histoire de Denise Toros-Marter était intéressante par sa double ascendance, très représentative de ce que Renée Dray-Bensousan avait appelé « une communauté plurielle » : du côté de son père, Lucien Marter, la famille venait d’Alsace (Haguenau) et avait choisi Marseille et la France en 1870, du côté de sa mère, Marcelle Tubiana, la famille était originaire d’Afrique du Nord, et avait quitté l’Algérie, dans le contexte de violences antisémites de la fin du 19e siècle. Ses grands parents : Clémentine Cohen-Tubiana et Achille Marter ayant décidé de se remarier ensemble, ils avaient, dit-elle, contracté « une nouvelle alliance ».

Très intéressantes étaient aussi les expériences de l’antisémitisme, en zone non occupée puis occupée, que fait la famille Marter jusqu’à la déportation de cinq d’entre eux en 1944 : Denise, la troisième qui forme un petit groupe très soudé avec ses amies du lycée Montgrand, puis de l’école Berlitz sera déportée à l’âge de 16 ans. Son frère aîné André, est empêché de préparer le concours d’entrée à l’Ecole Navale, puis empêché de faire son service militaire et versé dans les Chantiers de jeunesse, il en est exclu comme Juif par lettre du 9 octobre 1942 (document émanant du Ministère de l’Education nationale, Commissariat général des Chantiers de la jeunesse (page 48), il sera déporté. Leur père Lucien, en dépit de son âge, et de sa situation de famille est mobilisé, une partie de ses biens est confisquée par la Wehrmacht, il sera lui aussi déporté, avec sa femme Marcelle et sa belle-mère Clémentine, et ils seront assassinés. Seul le fils cadet René restera caché, dans le Gers, et s’engagera dans la résistance.
Le mur des noms à Marseille
La famille Marter n’est pas victime de la grande rafle des Juifs à Marseille (Quartiers Vieux-Port et Opéra), organisée par René Bousquet et le général SS Karl Oberg, les 22, 23 et 24 janvier 1943 (voir l’article de Maryvonne Braunschweig dans le Petit Cahier n°14 et le film de Jean-Pierre Carlon, Opération Sultan) mais d’arrestations ciblées le 13 avril 1944. L’itinéraire est en partie le même : ils sont transférés au siège de la Gestapo, 425 rue Paradis, puis à la prison des Baumettes et, conduits par train, via la gare de marchandises d’Arenc, au camp de Drancy. Ils sont déportés, le 20 mai 1944 à Auschwitz-Birkenau. A la descente de ce que Denise appelle « le train infernal », sa mère et sa grand-mère se voient confier un petit garçon de 7 ans, ils seront gazés.

La seconde partie du livre intitulée « Pitchipoi » a été rédigée à partir du cahier autographe écrit par Denise Marter à son retour de déportation, en juin 1945, d’où un ensemble de précisions concrètes, détaillées sur la vie quotidienne à Birkenau. Dès l’arrivée sur la troisième rampe, elle subit la séparation d’avec les hommes de sa famille, puis la sélection des personnes âgées et des femmes avec enfants (ainsi Henri Zarahia, 5 ans, et Claudie, 3ans, partis avec leur grand-mère à la chambre à gaz). D’après un témoignage écrit par son frère le 7 juin 1945, son père a été victime d’une sélection fin août 1944 et elle-même subira une sélection par le médecin-chef Mengele, contre lequel elle témoignera au procès de Francfort.

Immatriculée A 5556, douchée et habillée de « vêtements grotesques », elle arrive épuisée, au terme de seize heures de voyage et d’attente, à plus de minuit, dans le block 31, block de quarantaine. Puis à 4 heures, c’est le premier réveil et le premier appel, à midi la première soupe sera faite de flocons d’avoine et de farine « immangeable ». Denise aura alterné les Kommando de travail en tous genres : transporter des briques et des pierres, décharger des camions de sable et de gravier, scier du bois, être affectée à la Weberei ou au Kommando "de la merde" (Scheisskommando), les mises en quarantaine liées aux maladies infectieuses ou parasitaires (scarlatine, gale), et les périodes à l’infirmerie (Revier) ou au Block chirurgical, elle a les pieds gelés. Elle décrit sobrement le mode de fonctionnement des blocks, les violences subies, les camaraderies et les inimitiés entre déportées, les trafics de survie à la faim et au froid. Inlassablement, elle noue des contacts, avec des infirmières déportées, dont elle devient l’auxiliaire, avec les ouvrières de l’Union par l’intermédiaire desquelles, elle obtient des nouvelles écrites de son père et de son frère, elle retrouve des amies de Marseille (Maud Bloch, Lili David). Elle est un temps dans le « Camp des Tsiganes », après leur disparition.

Fiévreuse, les pieds atteints de gangrène, pesant 33 kilos, elle assiste à l’évacuation du camp, avec les incendies volontaires et le manque d’eau et de nourriture, jusqu’à l’arrivée de l’armée rouge et de la Croix-Rouge polonaise. Les malades sont alors transférés dans le camp d’Auschwitz I et pris en charge par des médecins et infirmière-chef soviétiques et des religieuses infirmières et médecins polonais. La vie reprend avec ses sorties, ses retrouvailles. Elle est rapatriée début juin, par train, à travers la Pologne et la Tchécoslovaquie, jusqu’à Pilsen, où elle passe en zone américaine et prend un avion pour Paris, et l’hôtel Lutetia, puis de nouveau un train de voyageurs pour Marseille - St Charles. Elle retrouve son frère René et ses tantes, côté maternel, son frère André qui a fait les marches de la mort, n’est pas encore rentré.

La troisième partie fait état des responsabilités et engagements de Denise Marter devenue Toros, après son mariage en 1955. La famille de son mari, d’origine juive grecque, a été en grande partie détruite. Membre de l’UJRE, présidente régionale du MRAP, présidente de l’Amicale d’Auschwitz - Marseille-Provence, elle a multiplié les témoignages dans les établissements scolaires, les relations avec « nos ami(e)s les professeurs », du secondaire à l’université (Robert Menchérini) et les conservateurs du Patrimoine, dont Christian Oppetit qui a écrit la préface. Elle a aussi participé à la pose de multiples plaques, celle en mémoire des trente enfants du château de la Verdière, âgés de 6 mois à 17 ans, arrêtés avec 9 mères, et la directrice de cette Maison de l’UGIF, Alice Salomon, le 20 octobre 1943, par les Allemands, et tous morts en déportation. Elle s’est aussi investie dans la préfiguration de la transformation du camp d’internement des Milles en lieu de mémoire. Denise Toros-Marter, toujours militante, a écrit des articles, des poèmes et ce livre pour que ses lecteurs soient « davantage armés dans leur combat pour la vigilance, la tolérance et la mémoire, et par voie de conséquence pour la paix ».

Marie-Paule Hervieu
Article extrait du bulletin de l’UDA, Après Auschwitz, n°321, décembre 2011
À la mémoire d’un ange

Conférence de Renée Dray Bensousan :
Les Juifs à Marseille (1939-1942), du refuge au piège ; la rafle de Marseille en 1943 et la destruction du vieux port.

Petit Cahier n°14, Les Juifs à Marseille 1939-1944, avec la transcription de la conférence de Renée Dray-Bensousan et des témoignages, Les Juifs à Marseille, 1939-1942 : du refuge au piège, des articles sur Un Juste à Marseille : Varian Fry, août 1940-septembre 1941, la Journée d’étude organisée par Ciné-Histoire, le 25 octobre 2007, de nombreux documents avec des compléments sur la rafle de Marseille en 1943 et la destruction du vieux port.

mise en ligne NM janvier 2012


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