Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

BOLOTINSKY Jacques

Convoi 76
samedi 10 avril 2021

Jacques Bolotinsky, 30 ans en 1944, survivant

Jacques Bolotinsky naît Yakov Bolotinski le 12 décembre 1913 à Gadiatz en Ukraine. Son père, Isaac, est commerçant, sa mère, Evgenia Solomonik, est une intellectuelle sans profession. Son frère, Samson (Simon en France) naît le 12 octobre 1916 à Poltava en Ukraine.

La mère de Jacques Bolotinsky quitte la Russie en 1920 avec ses 2 enfants alors âgés de 7 et 4 ans. Ils vivent à Dantzig pendant environ 2 ans où les enfants auraient été scolarisés et auraient appris l’allemand. On les retrouve à Paris vers 1926. Jacques intègre une école de commerce, mais doit travailler pour subvenir aux besoins de sa mère et de son frère. Dans les années 1930, au mouvement sportif de jeunesse Le Maccabi, Jacques rencontre Louise Boudine dont les parents sont des émigrés juifs lituaniens et lettons. Ils se marient en 1935 à la mairie du 18e arrondissement. En 1937, Jacques Bolotinsky a été naturalisé, quelques jours avant la naissance de D., leur premier enfant.

À la déclaration de guerre il se bat dans l’est et est fait prisonnier dans un camp à Charleville-Mézières d’où il s’évade juste avant l’armistice de 1940. Il rejoint la famille qui s’est réfugiée, dès 1939 à Thiers, dans le Puy-de-Dôme. Il travaille alors dans l’usine de son beau-frère. E., leur deuxième enfant, naît le 30 octobre 1942.

Dès ce moment, cette famille est déjà sur la voie de la Résistance. Elle obtient de faux certificats de baptême pour leurs deux enfants. Puis, en janvier 1943, Jacques Bolotinsky entre dans le réseau Alliance, important service de renseignements français, dirigé par Marie-Hélène Fourcade. Il appartient plus spécialement au sous-réseau Druides, dont il est informateur, étant en liaison avec un maquis de la région de Thiers. Le 29 janvier 1944, il est dénoncé suite à une infiltration du réseau par un milicien. A ce sujet, il dit : « J’ai été arrêté par des miliciens se faisant passer pour des résistants cherchant à rejoindre le maquis ». Le lendemain, il est interné au Petit Casino, puis à la Villa Portugal de Vichy.

À partir du 5 février, il est détenu et torturé à la prison de Moulins dite de la Mal coiffée. Louise va le voir tous les 15 jours et revient avec du linge souillé de sang. Il gardera de ces interrogatoires des cicatrices importantes dans le dos et, bien sûr, des traumatismes. À partir du 1er avril, il est interné au camp de Compiègne, lieu de départ des convois de résistants. Mais début mai, lorsqu’Alois Brunner s’acharne à former les derniers convois de déportation vers Auschwitz, Jacques Bolotinsky est transféré au camp de Drancy. Sa condition de Juif a primé alors sur celle de résistant.

Le 30 juin, il est conduit à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours, en plein été, est particulièrement épuisant pour ces familles entassées dans des wagons à bestiaux plombés. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes » pour le travail. Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportés désignés pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car les camps deviennent, en 1944, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre. L’autre moitié du convoi, les malades et les enfants, dits « inaptes » au travail, sont gazés dès l’arrivée.

Jacques Bolotinsky entre au camp d’Auschwitz III situé à une dizaine de kilomètres d’Auschwitz près du village de Monowitz. Y était installée l’usine surnommée « Buna », d’I.G. Farbenindustrie destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il devient le déporté A-16591. Il se dit électricien, ce qui lui a peut-être permis de travailler à l’intérieur.

Le 18 janvier 1945, il fait partie des 250 à 300 déportés du convoi 76 évacués du camp de Monovitz. Il effectue la première marche de la mort, une marche de 60 kilomètres sur des routes enneigées, en plein hiver, jusqu’à la ville de Gleiwitz, un Kommando du camp d’Auschwitz. Le 20 ou le 21 janvier, 2451 déportés sont entassés dans des wagons à charbon que les hommes rentrés dénommaient « wagons découverts », car sans toit, donc ouverts à tous les vents, à la neige et au froid, sans recevoir de nourriture. Après six jours de transport, il arrive vivant avec 100 hommes du convoi 7, le 26 janvier 1945, au camp de Buchenwald. Il est détenu au Petit camp, filtre obligatoire par où passait tout détenu arrivant à Buchenwald. Mais, lorsque arrivent les déportés évacués des camps nazis, à partir de janvier 1945, il est surpeuplé et devient vite un enfer.

Jacques Bolotinsky survit, malgré ces conditions presque pires qu’à Monowitz, et est libéré le 11 avril 1945 par les Américains et rapatrié le 29 avril 1945. Il arrive au Bourget, Gare d’Orsay puis passe par l’Hôtel Lutetia et rejoint Thiers par ses propres moyens. Il a perdu 36 kg et pèse 35 kg.


Photo au retour ( Lutetia) Fonds privé
Le 27 avril 1946, naît P., leur troisième et dernier enfant. La famille se réinstalle à Paris, Jacques Bolotinsky travaille toujours pour son beau-frère mais comme commercial jusqu’en 1958. Après 1958, il travaille comme représentant de commerce pour différentes entreprises.

Attestation du chef de réseau Alliance délivrée à Jacques Bolotinsky

Conséquence de ce parcours, Jacques Bolotinsky obtient la médaille de la Résistance le 13 octobre 1946 et, quelques années plus tard, le titre de déporté résistant.
Sa famille dit de lui : « Avant-guerre, il semblerait que Jacques était plutôt joyeux et sportif. À son retour de déportation, il n’a plus jamais été le même. Il était assez sombre, en retrait, solitaire, discret mais souriant. Il souffrait, entre autres, de violentes céphalées et devait rester dans le noir et le silence. »

Jacques Bolotinsky est décédé d’une rupture d’anévrisme le 16 février 1978.


Jacques Bolotinsky années 1960 Fonds privé

Chantal Dossin
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