Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Trop noir, trop blanc, Trevor Noah

au temps de l’apartheid en Afrique du sud
jeudi 13 mai 2021

L’apartheid est reconnu comme crime contre l’humanité, 1973.

Trop noir, trop blanc. Une enfance sud africaine dans la peau d’un Métis,
Un récit mêlant l’histoire de l’Afrique du Sud et le vécu de Trevor Noah dans un pays raciste.

  Trevor Noah, Une enfance sud africaine dans la peau d’un Métis



Trevor Noah né en 1984, d’une mère Xhosa, Patricia Nombuyiselo Noah et d’un père suisse allemand Robert. Des relations interdites. Trevor est un Métis, classé par les autres coloured. Sa mère doit se promener avec lui en se tenant en retrait, comme si elle était la nounou de ce fils trop clair.

La véritable héroïne, c’est la mère de Trevor, elle se joue des interdits, ruse, trouve les failles du système. Elle essaie d’échapper aux critères de classification et refuse de vivre dans des zones spécifiques. C’est une femme forte qui, malgré ses faibles moyens financiers, donne la meilleure éducation possible à son fils, contournant les règles de l’apartheid, en particulier, celle de l’éducation séparée. Le Bantou n’a pas besoin d’apprendre pour les Afrikaners. Trevor va dans une école privée post-apartheid, qui accueille des enfants de toutes les couleurs, et là, il ne sait pas où se placer, les enfants se regroupent par couleur. Il est perdu.

Dans ce pays aux très nombreuses langues, dont onze langues officielles, Trevor Noah a un immense avantage, il en parle de nombreuses et il parle anglais, la « langue de l’argent », un truc de Blancs, ce qui lui permet d’éviter certains pièges.
« c’est la langue, bien plus encore que la couleur, qui définit ce que vous êtes aux yeux des gens. » Vu comme un coloured, lui qui parle des langues de Noirs, c’est curieux. Cela lui permet d’être comme un caméléon. Les Métis de noirs, blancs, indiens, sont obligés de se faire enregistrer coloured. Un système de classification évolutif peut leur permettre de changer de statut.

Le ghetto est un lieu de solidarité. « À Soweto, on rêvait d’ajouter une pièce à sa maison. » mais sa « mère refusait de se laisser brider par l’idée absurde que les Noirs ne devaient ou ne pouvaient pas faire tout ce qu’ils voulaient. » Elle l’emmène dans les beaux quartiers blancs où l’on ne voit que des murs d’enceinte.


Un jour, un copain champion de hip-hop, nommé Hitler (qui symbolise quelqu’un de fort pour les Noirs tenus à l’écart de l’histoire), se produit dans la rue. On ne leur a enseigné que des bases à apprendre par coeur, ils ne savaient rien du régime raciste, de l’holocauste. Quand le groupe est invité dans une école juive, cela fait scandale. Il ne comprend rien.

« Victimes de l’apartheid, victimes de violences ». Sa mère qui est dure avec lui, fait face à son beau père, un mari buveur, violent qui lui tire dessus quand elle le quitte. Le ghetto a sa propre police, mais« si une femme est frappée, les gens ne s’en mêlent pas ». La vraie police non plus.
Elle se réveille en soins intensifs. Son fils est là. Croyante, elle reconnait que c’est son fils qui l’a sauvée. Toutes ses tentatives de plaintes contre son mari n’ont pas été enregistrées, lui, il s’en est bien sorti.

« Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour. Si ce n’est pas moi qui te punis, alors le monde te punira encore plus. Le monde ne t’aime pas. la police ne t’aime pas. Quand je te mets une raclée, c’est parce que j’essaie de te sauver. Quand ils te mettent une raclée, c’est qu’ils essaient de te tuer. »

Trevor Noah speaks at Princeton University’s 2021 Class Day
https://www.youtube.com/watch?v=xwI3IW9wES0

Cette histoire, drôle par moment, permet de comprendre ce qu’est un régime d’apartheid, raciste.

L’apartheid est un crime contre l’humanité en droit international, dans la convention de 1973 et par le statut de Rome de 2002 instituant une Cour pénale internationale (CPI), convention et statut ratifié par de nombreux États.
Le crime contre l’humanité, Pierre Truche

Trop noir, trop blanc. Une enfance sud africaine dans la peau d’un Métis, Trevor Noah, traduit de l’anglais (États Unis) par Michael Belano et Marie Hermann, Marseille, Hors d’atteinte, 2021.

https://drive.google.com/drive/folders/

Les mémoires de Trevor Noah seront adaptées en film avec Lupita Nyong’o dans le rôle de Patricia, la mère de Noah, réalisation Liesl Tommy, Paramount Players.

https://www.liberation.fr/culture/livres/trevor-noah-matez-ce-metis-

  Apartheid

« apartheid » du français, « à part », séparation, séparation avec les non-Blancs. Une politique de ségrégation raciale mise en place en 1948 en Afrique du Sud par le Parti national et le parti afrikaner, en fonction de critères ethniques et linguistiques, pour la défense des Blancs.
Les colons néerlandais, ont imposé leur système, une politique de développement séparé des populations, dans des zones géographiques choisies, les Blancs dans les villes, les autres dans les townships, des quartiers pauvres et sous-équipés réservés aux non-Blancs, des ghettos, et les Noirs, dans des réserves ethniques en fonction de leur langue, les Bantoustans (homeland en anglais, « foyer national »). Le pays comprend quatre provinces et dix bantoustans.
Les unions interraciales sont interdites, l’habitat est séparé, la circulation des personnes est limitée, un système de pass intérieur est nécessaire, et les droits civiques sont inexistants pour la majorité noire de la population. Seuls les Blancs avaient des droits.

South Africa’s population was divided up in 1948 as follows :

69% African des Zoulous et Xhosas
21% White Afrikaners (ou Boers), huguenots, européens
8 % Coloured
2 % Indian

Apartheid : des actes inhumains (meurtres, extermination, réduction en esclavage, déportation, persécution, emprisonnement, esclavage sexuel etc…) commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé afin de réduire un groupe racial dit Pierre Truche, dans une conférence au lycée Edgar Quinet, le 24 mai 2001.

« Ce crime contre l’humanité — puisque la ségrégation raciale a été reconnue comme telle — équivaudra sans doute, dans les annales de la honte du XXe siècle, à ceux perpétrés par l’Allemagne nazie... »
Des recherches secrètes étaient faites sur une guerre biologique et chimique contre les Noirs.
https://www.monde-diplomatique.fr/1998/12/BRITTAIN/4206

  • Résistance :

Nelson Mandela écrit dans ses Mémoires, « C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence ».

. En 1960 Massacre de Sharpeville. Le 21 mars 1960, à Sharpeville, en Afrique du Sud, 69 personnes avaient été tuées lors d’une manifestation pacifique contre l’apartheid.
Interdiction de l’African National Congress (ANC) de Mandela et du Congrès panafricain.
Les Nations unies condamnent la politique d’apartheid.
. Émeutes de Soweto en 1976, contre l’enseignement obligatoire en afrikaans.
. Steve Biko, martyr de la lutte anti-apartheid, 1946-1977
. 1985, Révolte des townships.

- Lutte contre l’apartheid. Boycott international.
En 1990, Nelson Mandela, condamné à la prison à vie, est libéré après 27 ans de prison.
Ce système de ségrégation raciale est aboli le 30 juin 1991.
Mandela devient président de l’Afrique du Sud en mai 1994.

Aujourd’hui, c’est une « nation arc-en-ciel », avec de nouvelles frontières provinciales.
Le pays connait des difficultés, des tensions entre les riches et les pauvres.

https://www.sahistory.org.za/article/1970s-black-consciousness-movement-south-africa

  • Pour aller plus loin

Savuka, groupe fondé par Johnny Clegg en 1985.

Born a Crime : Stories from a South African Childhood, John Murray Press, 2016
Trevor Noah, Trop noir, trop blanc. Une enfance sud-africaine dans la peau d’un métis. Hors d’atteinte, 2021
Cry Freedom, 1987, film de Richard Attenborough
Classified People (1988), documentaire réalisé clandestinement en Afrique du Sud par Yolande Zauberman
Une saison blanche et sèche d’Euzhan Palcy, 1989, sur la manifestation des lycéens de Soweto et sa répression, d’après un roman d’André Brink, Paris, Éditions Stock, 1980
Pleure ô pays bien aimé, 1997, Darrell James Root, d’après le roman d’Alan Paton de 1948, sur un pasteur noir à la recherche de son fils accusé du meurtre d’un blanc.

Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?, Presses de Sciences Po, 2017

Le Dérangeur, Piment, Petit lexique en voie de décolonisation

Journée de la mémoire des génocides, 27 janvier

NM