Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Famille BENSIGNOR

dimanche 11 avril 2021

BENSIGNOR Maurice, 51 ans, et ses deux filles, Reine, 20 ans et Jeanine, 17 ans.

Seule Reine a survécu.
Maurice Bensignor est né le 25 juillet 1893 à Aydin en Turquie. Il a épousé Rachel Houly. Ils ont eu trois enfants, Sam, Reine née à Versailles le 3 juillet 1923, et Jeanine, née le 17 octobre 1926 dans la même ville, Ils y résident au 12 boulevard de la République.
Maurice Bensignor était venu en France dans les années 20 rejoindre son frère Isaac arrivé en France en 1910.Ils gagnent leur vie comme marchands forains dans le textile aux Puces de Clignancourt et sur les marchés en banlieue. Puis, ils ouvrent un magasin de bonnetterie au 104 rue d’Aboukir à Paris, dans le 2ème arrondissement. En 1944, Maurice Bensignor était devenu grossiste. Le 27 mai, il est arrêté avec ses deux filles Jeanine et Reine, à son domicile, sur dénonciation. Rachel, femme de Maurice, partie chercher du pain, et se faisant passer pour une voisine, échappe à l’arrestation, de même que Sam. La Gestapo de Maisons-Laffite avait organisé une rafle dans le secteur de Versailles. Ainsi une dizaine de personnes juives originaires de Versailles sont arrêtées et internées au camp de Drancy le 29 mai 1944. Trop tard pour les emmener dans le convoi du 30 mai ! Maurice Bensignor retrouve à Drancy plusieurs membres de sa famille dont il ignorait l’arrestation, ses neveux Moïse et Sadia Benyacar, avec leur femme et leur fils, Jacqueline et Marcelle Houly, ses nièces, ainsi que plusieurs cousins. Ils passent donc un mois dans le camp où ils réussissent à se voir assez souvent. La présence de Maurice Bensignor est rassurante pour ses neveux et nièces. Il écrit à sa famille qu’ils espèrent éviter la déportation , « maintenant que la fin est proche » ,dit-il. La fiche de son carnet de fouille dit qu’il remet au chef de la police du camp la somme de 17505 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp.

Le 30 juin, il est conduit à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours est insupportable du fait de la chaleur de l’été. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz ». Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés« aptes » (expression des nazis) pour le travail forcé. Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportés choisis pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car les camps deviennent, la dernière année de la guerre, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre. Ainsi Maurice Bensignor entre au camp d’Auschwitz III situé à une dizaine de kilomètres d’Auschwitz près du village de Monowitz. Y était installée l’usine surnommée « Buna », d’IG Farben-Industrie destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il devient le déporté A-16567.

Nous savons par le témoignage de Jacqueline Houly, leur cousine, déportée dans ce convoi, que sur la rampe de Birkenau, Jeanine Bensignor est séparée de sa sœur et dirigée vers la chambre à gaz. Ainsi Jeanine est assassinée dès l’arrivée du convoi le 4 juillet. Reine Bensignor entre, elle, dans le camp de femmes de Birkenau, avec sa cousine Jacqueline. Le numéro matricule de Reine n’est pas connu.

Maurice Bensignor, atteint d’une pleurésie, meurt peu avant la libération du camp de Monowitz, le 3 janvier 1945, selon le témoignage de Moïse Benyacar, son neveu.
Reine, elle, est transférée en novembre 1944 de Birkenau, au camp de Bergen-Belsen, où elle reste jusqu’au 28 février, puis elle connait plusieurs évacuations, tout d’abord vers deux Kommandos du camp de Neuengamme, Beendorf, et Braunschweig du 1er mars au 15 avril. Elle est enfin libérée dans le nord de l’Allemagne le 5 mai 1945.

Malgré ces multiples évacuations à la suite desquelles elle est hospitalisée à Hambourg, Reine Bensignor survit et est rapatriée en France le 22 juin 1945. Atteinte de tuberculose, elle est soignée dans un sanatorium situé sur le plateau d’Assy. Elle y fait la connaissance de son futur mari, Henri Gerson. Ils se sont mariés à Versailles en 1946. Ils ont eu deux fils et en 1950, ils sont partis à New-York rejoindre la famille Gerson. Ils ont fini leur vie à Los Angeles. Reine Bensignor est décédée à 84 ans.


Photographie de Reine Bensignor-Gerson, apposée en 1958 sur sa carte de déportée.
Sources : DAVCC- AC 21P 614543-Mémorial de la Shoah-Témoignages de Jacqueline Houly et Moïse Benyacar


Photographie des années 30. Au 1er rang, au centre, Reine et sa soeur Janine, encadrées par Sam, leur frère et leur mère, Rachel Houly.
Sources : Fonds privé.

Chantal Dossin

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