Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

BACH Germaine

convoi 76
dimanche 11 avril 2021

BACH Germaine,19 ans en 1944, survivante

Germaine Bach est née le 21 novembre 1925 à Paris, dans le 11ème arrondissement. Le père de Germaine Bach, Tana, était né en Russie, à Damaczevo, le 17 mai 1892. Avec sa mère, Léa née Blaser, d’origine polonaise, ils sont tricoteurs et habitent au 141, avenue Ledru-Rollin, dans le 11e arrondissement. Dans l’entre-deux-guerres, le père de Germaine, attaché à la culture yiddish, l’incite à prendre contact avec le groupe de langues yiddish de la MOI, Main d’œuvre immigrée, organisation créée par le Parti communiste dans les années 1920. Germaine Bach fait alors partie de ce groupe de langues, ainsi que du club sportif correspondant, le Yask ( Yiddisher Arbeter Klub) qui organise des sections de natation, de basket et autres. Elle connait là un groupe de jeunes de la rue des Immeubles industriels, dans le 11e arrondissement. Dès 1941, ils lui demandent de venir donner un coup de main pour coller des papillons ou distribuer des tracts. Au cours d’une de ces distributions, Germaine Bach est arrêtée en décembre 1941. Elle déclare à son retour de déportation : « Je m’en souviens comme si c’était hier, c’étaient des flics à bicyclette on les appelait des Hirondelles (donc des policiers français) et je collais des papillons sur lesquels était écrit : « Chassons l’envahisseur ». J’avais 15 ans à l’époque et l’air parfaitement candide. Je me suis quand même retrouvée à la Petite Roquette, puis à Fresnes où je suis restée à peu près deux mois et ils ont fini par me relâcher. » Elle est en effet consignée à la prison de Fresnes du 3 au 23 février 194 , date à laquelle il est dit qu’ elle est radiée et mise en liberté ".
Son jeune âge, elle avait alors 16 ans, joua probablement en faveur de sa libération.

En 1942, elle poursuit ces actions de propagande dans le cadre de l’UJJ (Union de la Jeunesse juive) ; à Paris d’abord, puis à Lyon à partir du printemps 1943. Germaine Bach transmet le journal clandestin de l’UJJ, Jeune combat, accompagne des militants dans les grandes villes de la zone sud, Marseille et Toulouse notamment. Avec la création des groupes armés, elle transporte également des explosifs et des armes pour les opérations exécutées par des groupes de combat de Lyon. Au printemps 1944, elle est envoyée à Marseille, où, pendant plusieurs semaines, elle est l’agent de liaison de Charles Lederman, membre de la direction de l’UJRE. Le 6 juin 1944, elle est rappelée par son chef à Lyon pour être affectée au service de liaisons dans le département du Rhône. Arrivée à Lyon après le couvre-feu, elle se rend au domicile de ses parents à Villeurbanne. Le lendemain matin, elle et son père sont arrêtés. Son père est fusillé le 12 juin avec 22 otages de la prison, dans une clairière près du village de Dagneux. Quant à elle, après avoir subi des interrogatoires musclés au siège de la Gestapo, place Bellecour, elle est transférée 8 jours plus tard au camp de Drancy où elle entre avec 129 Juifs transférés de la région lyonnaise. La fiche de son carnet de fouille dit qu’elle remet au chef de la police du camp la somme de 750 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp. Le 30 juin, elle est conduite à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours est insupportable du fait de la chaleur de l’été. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz ». Germaine Bach reçoit le numéro matricule A-8528. Un jour, elle croise dans le camp Paulette Shlivka qu’elle a connue dans le club sportif de la MOI. Elles se reconnaissent, ce qui n’était pas évident compte tenu des transformations physiques subies. Évacuées le 18 janvier 1945, elles feront ensemble, avec cinq autres Françaises, une « marche de la mort » puis seront emmenées sur des plateformes découvertes au camp de Ravensbrück. Horreur indescriptible : toutes les femmes de l’Est étaient rassemblées sous une tente immense. Huit jours plus tard, elles seront encore évacuées en train dans un camp annexe, à Neustadt- Glewe. Germaine Bach travaille dans le Scheiss Kommando qui vidangeait les latrines. Le 3 mai elles sont libérées par les Soviétiques, puis rapatriées en France par Lille le 22 mai 1945.

Germaine Bach apprend alors que son père a été arrêté et fusillé à Lyon, lorsqu’elle s’était réfugiée chez lui. Elle se sent responsable de son arrestation et de sa mort. Une culpabilité qui, selon ses amis et ses médecins l’a longtemps traumatisée. Cependant ses amis gardent d’elle le souvenir d’un être lumineux qui attirait la sympathie et l’affection.
Germaine Bach se marie en 1949 avec le professeur Lucien Israël. Elle a eu trois enfants. Elle est décédée en 2012, à l’âge de 87 ans.

Photographie apposée sur sa carte de déportée
Source : DAVCC Caen
DAVCC Caen 21P574793- Archives du val de Marne, prison de Fresnes, 2742W103,128,- Mémorial de la Shoah- Témoignage oral d’Aline Kott et témoignage écrit de Jacques Kott.

Chantal Dossin

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