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CNRD L’affaire du Petit Collège des Carmes. - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

CNRD L’affaire du Petit Collège des Carmes.

par Maryvonne Braunschweig
mercredi 6 mars 2019

Pour le CNRD, un exemple local, Hans-Helmut Michel, 13 ans, Maurice Schlosser, 15 ans, et Jacques Halpern, 17 ans, trois enfants juifs. Aujourd’hui, 6 mars, journée européenne à la mémoire des Justes qui agirent pour la défense de la dignité humaine, Paul Mathéry, le Père Jacques, Rémy Dumoncel, les trois Justes d’Avon.(Fontainebleau)

Répressions et déportations à Fontainebleau

L’affaire du Petit Collège des Carmes.

Janvier 1944 : La Guerre a changé de cours depuis plus d’un an, et les Allemands reculent au Sud et à l’Est de l’Europe. Au Sud…, les Alliés ont débarqué en Afrique du Nord (8 nov. 42), en Sicile (juillet 43), dans le sud de la botte italienne ; la Corse a été libérée (8 sept – 4 oct. 43). À l’Est…, les Russes ont reconquis la plus grande partie de leur territoire. Les Allemands s’attendent à un débarquement anglo-américain à l’Ouest, et le redoutent. Les problèmes militaires devraient donc être prioritaires pour les Allemands.

Et pourtant…, pour Himmler, Eichmann et les dignitaires nazis, achever la destruction des Juifs d’Europe demeure la priorité. C’est pour cela qu’Alois Brunner, envoyé à Paris par Eichmann depuis quelques mois afin d’intensifier la chasse aux Juifs, les recherche par tous les moyens et dans les moindres recoins du territoire.

 Trois enfants juifs

Avon…, le 15 janvier 1944.
Des soldats allemands investissent le Petit-Collège des Carmes. Ils arrêtent trois enfants juifs qui y étaient cachés, ainsi que le directeur, le Père Jacques. Louis Malle, élève de ce collège est témoin de cet événement qui devait le marquer profondément et lui inspirer 43 ans plus tard Au revoir les enfants.

HH Michel, M Schlosser, J Halpern

Les trois adolescents juifs s’appellent Hans-Helmut Michel, 13 ans, Maurice Schlosser, 15 ans, et Jacques Halpern, 17 ans. Ils sont arrivés à Avon en mars 1943, après de nombreuses épreuves, pourchassés depuis des mois, voire des années.

La mère de Hans-Helmut Michel a été arrêtée par la police française lors de la rafle du Vél’ d’Hiv’ du 16 juillet 1942, puis déportée ; en décembre son beau-père est arrêté chez eux, par des collaborationnistes français, arrestation durant laquelle Hans-Helmut et sa sœur aînée réussissent à s’enfuir par la porte de service. Ils se réfugient chez une amie qui prend contact avec le Père Devaux de la congrégation de Notre-Dame-de-Sion (rue Notre-Dame-des-Champs Paris 6e).

La mère de Maurice Schlosser a été arrêtée fin 1942, sans doute dans la rue, puis déportée ; ses grands-parents arrêtés à la même époque en Belgique ont été déportés ; seul son père aura la vie sauve grâce au Père Jacques qui, juste avant son arrestation, lui trouve un refuge comme ouvrier agricole dans la ferme familiale d’un de ses élèves originaire de la Côte d’Or. Pour l’histoire personnelle de Maurice Schlosser, on n’en sait guère plus.

Jacques Halpern, 16 ans, au moment de la rafle du Vél d’Hiv. Ses parents et leur second fils, Claude, qui n’a pas encore 12 ans, sont arrêtés lors de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Jacques est accueilli comme pensionnaire à l’ORT, une école professionnelle juive de la rue des Rosiers où les enfants sont en principe à l’abri d’une arrestation, ce qui ne va pas durer ; il est apprenti chapelier, le métier de son père. Ses parents et son frère sont conduits du Vél’ d’Hiv’ à Beaune-la-Rolande où ils sont internés ; les parents sont déportés début août ; le jeune Claude, laissé seul trois semaines sans parents, comme 3 000 autres enfants de 2 à 12 ans, est transféré à Drancy, et déporté fin août 1942. Jacques reste à l’école de Travail de l’ORT du 17 ( ?) juillet 1942 au 5 mars 1943, date à laquelle la direction de l’école le fait partir discrètement, après plusieurs arrestations d’adolescents dans ses locaux en février. Des responsables de l’école, nous le savons aujourd’hui, sont en contact avec la congrégation de Notre-Dame-de-Sion.

Début mars 1943, le Père Jacques ramène de Paris ces trois enfants que lui confient les sœurs de Notre-Dame-de-Sion ou le Père Devaux. Arrivés à Avon, une nouvelle identité leur est donnée grâce au concours du maire, Rémy Dumoncel, du secrétaire de mairie, Paul Mathéry, du responsable du ravitaillement, Lucien Canus, à une époque où les cartes de ravitaillement individuelles sont indispensables.
Ils deviennent respectivement Jean Bonnet, Maurice Sabatier, Jacques Dupré.

Ce même 15 janvier 1944 : vers midi-midi et demi, 79 rue de France à Fontainebleau, Lucien Weil, professeur de sciences naturelles au lycée de Fontainebleau, chassé de l’Éducation nationale par le gouvernement de Vichy parce que juif, est arrêté chez lui avec sa famille, sa mère, Irma, et sa sœur, Fernande. Sans emploi, il venait ici donner quelques cours à la demande du Père Jacques ; tous les élèves de l’époque ont témoigné de sa présence, avec son étoile jaune.
Après trois jours au siège de la Gestapo à Melun (21 rue Delaunoy), la famille Weil et les trois enfants juifs sont transférés par des gendarmes français au camp de Drancy, puis déportés à Auschwitz le 3 février 1944, dans un wagon à bestiaux, Ils sont déportés par le convoi 67, pour être assassinés à l’arrivée, le 6 février, dans une chambre à gaz. Leur « crime » ? Être nés juifs.

À travers leur histoire s’incarne le génocide de six millions de Juifs.

Ce même jour du 15 janvier, Maurice Bas, autre jeune juif de 19 ans, employé dans ce collège sous une fausse identité, réussit à se cacher puis à s’échapper par le jardin.

 Les trois Justes d’Avon

Père Jacques, Paul Mathéry, Rémy Dumoncel

Le 15 janvier 1944 : le secrétaire de mairie d’Avon, Paul Mathéry et le Père Jacques, directeur du collège des Carmes, sont également arrêtés, incarcérés à la prison de Fontainebleau puis, le 6 mars, transférés dans le camp d’internement de Compiègne, enfin déportés dans le camp de Mauthausen d’où ils ne sont pas revenus. Ils étaient membres d’un réseau de résistance, le réseau Vélites-Thermopyles, comme aussi Lucien Weil ; ils ont par ailleurs aidé des Juifs pourchassés. Pour cela, ils ont été reconnus Justes parmi les Nations. En février 1944 et le 4 mai 1944, d’autres arrestations allaient suivre dans l’équipe de la municipalité d’Avon dont celle du maire, Rémy Dumoncel, lui aussi reconnu "Juste parmi les Nations".

 Poursuite des arrestations de Juifs

ex : la famille Sephiha. Plusieurs frères Sephiha sont installés à Fontainebleau, chacun avec sa femme et ses enfants (2e et 3e générations). Originaires d’Istanbul (Constantinople)
.l’aîné : Mayer, 55 ans, ferblantier (rétameur), sa femme, Fanny, 50 ans, ses deux filles Victorine-Renée 26 ans et Claire 23 ans ont déjà été arrêtés le 23 juin 1943 (à Drancy le 29 juin, convoi 58 du 31/7/43) et déportés à Auschwitz le 31 juillet 1943
(D’autres arrestations ont lieu en ville en même temps).
.Mais fin mars 1944, le plus jeune, Salomon, 38 ans, (ouvrier-peintre en bâtiment), sa femme Clara, 39 ans, et leurs sept enfants (de 16 à 3 ans), tous nés à Fontainebleau, (Albert 16 ans, Esther, 14 ans, Maurice, 11 ans, Jacques, 8 ans, Béatrice, 7 ans, Elie, 5 ans, Françoise, 3 ans) arrêtés le 30 mars 1944, (à Drancy le 31 mars 1944, convoi 71) et déportés le 13 avril 1944. (convoi de Simone Veil).

Maryvonne Braunschweig

Les déportés d’Avon, Maryvonne BRAUNSCHWEIG et Bernard GIDEL, La Découverte, 1989, 174 p.

Le père Jacques, 1900-1945, carme à Avon
Ils ont sauvé des étoiles à Avon ! film des élèves de CE2 à Avon

CNRD 2019 : Répressions et déportations en France et en Europe