Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

DE CIAVES Maurice

Convoi 76
jeudi 20 octobre 2022

Maurice ou Moïse DE CIAVES, 37 ans en 1944

Maurice de Ciaves possédait une fausse carte d’identité délivrée par une organisation de résistance de Lyon-Villeurbanne, selon un courrier de son épouse. Son état-civil réel, qu’elle confirme, est le suivant : Maurice De Ciaves était né à Smyrne le 10 mai 1907, fils de Elie de Ciaves, décédé, et de Régine Benghiat. Il était de nationalité hollandaise, par ses parents peut-être ou pour d’autres raisons que nous ne connaissons pas. Il était marié avec Rachel Albagli, née en 1925 à Londres. Ils ont un enfant pour lequel la mère demande qu’il soit déclaré « pupille de la nation » en 1946.

Maurice de Ciaves était marchand forain ; il semble que la famille vivait à Paris avant la guerre. En 1940, ils s’installent à Avignon, au 4, rue de l’Oriflamme. En 1942, peut-être pour rejoindre la Résistance avec laquelle il est visiblement en contact , ils se réfugient à Buis-les-Baronnies, où ils vivent dans un premier temps dans un hôtel, puis, à partir de 1943, dans un meublé, place du marché.

Le 21 mai 1944, Maurice de Ciaves se trouve avec Robert Franck et quelques pensionnaires de l’hôtel du Lion d’Or dans le café de l’hôtel, situé à proximité de leur logement. Vers midi, une dizaine de policiers en civil accompagnés d’autant de soldats allemands transportés dans un camion effectuent une opération de police à Buis-les-Baronnies. Ils cernent tous les hôtels de la localité et y contrôlent tous leurs occupants. Ils effectuent quatorze arrestations de personnes « de race juive », dit le rapport de police. Toutes sont emmenées dans un camion à la prison Sainte-Anne en Avignon. Ils sont ensuite expédiés au camp de Drancy où ils entrent le 13 juin, dans un convoi de 67 Juifs venant de Marseille. Cette rafle reste l’une des plus importantes menées dans la Drôme par les nazis.

La fiche du carnet de fouille de Maurice de Ciaves dit qu’il remet au chef de la police du camp la somme de 75 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son entrée au camp. Le 30 juin, il est conduit à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy. Le voyage qui dure quatre jours, par une chaleur torride, est particulièrement épuisant pour ces familles entassées dans des wagons à bestiaux plombés. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 223 femmes sur 495 et 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes » pour le travail. Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportés désignés pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car les camps deviennent, en 1944, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre. L’autre moitié du convoi, les malades et les enfants, dits « inaptes » au travail, sont gazés dès l’arrivée.

Maurice de Ciaves, âgé de 37 ans, et probablement en bonne santé, entre au camp d’Auschwitz III, situé à une dizaine de kilomètres d’Auschwitz près du village de Monowitz. Y était installée l’usine surnommée « Buna », d’IG Farben-Industrie destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il devient le déporté A-16610. Un témoignage très précis de Robert Franck, arrêté à Buis-les-Baronnies, résume son parcours dans une lettre, déposée à la mairie de sa commune à titre de témoignage. Ils font connaissance dans la cellule de la prison d’Avignon et ne se quittent plus jusqu’à leur arrivée au camp : « Affectés à des Kommandos différents, nous avons eu cependant l’occasion de nous voir et de nous parler plusieurs fois dans le camp. Fin septembre 1944, j’ai pu converser une dernière fois avec lui, qui se trouvait au Krankenbau ( infirmerie) dans le bloc réservé aux dysentériques ( diarrhée aigüe). Je me trouvais hospitalisé dans un bloc voisin. J’appris qu’il avait été désigné lors d’une sélection à laquelle j’avais été moi-même soumis pour être transféré à Birkenau, en raison de sa très grande faiblesse. La sélection a eu lieu un samedi d’octobre. Aucun de ceux qui nous ont quitté à cette occasion ne m’a été signalé comme vivant. Je suis donc persuadé qu’il a été victime de la chambre à gaz. » Les documents d’archives confirment ce fait. Maurice de Ciaves figure sur une liste de malades très affaiblis transférés du camp de Monowitz au camp de Birkenau le 14 octobre 1944, et probablement assassinés dans les chambres à gaz de Birkenau.

En 1946, le Président du Conseil général du Vaucluse, membre de la FNDIRP, appuie la demande de Régine De Ciaves d’accorder à son mari la mention « Mort pour le France », bien qu’étant de nationalité hollandaise, car le titre était réservé aux déportés de nationalité française ! A l’appui de sa demande, il dit que Maurice De Ciaves et sa famille étaient résistants et que son épouse allait être naturalisée.

Extrait de la liste des malades transférés de l’hôpital de Monowitz au camp de Birkenau, après une sélection, le 14 octobre 1944 :

DAVCC AC21P 436628-Mémorial de la Shoah-Mémoire Résistance des Hautes Baronnies

Chantal Dossin

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