Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

STERENBERG Guenady

lundi 9 mai 2022

Guenady Sterenberg, 34 ans, survivant

Guenady Sterenberg est né le 16 août 1909 à Odessa, en Russie. Ses parents, Osip et Esther Sterenberg avaient trois enfants, Malvina, née le 23 juin 1906, Guenady, et Gregory, né en 1911. Osip était secrétaire à la cour impériale d’Odessa. Il perd son poste lors de la révolution russe pour devenir concierge dans un hôtel d’Odessa et meurt à l’âge de 45 ans. Peu après, Esther et ses trois enfants quittent la Russie. Ils restent deux ans en Turquie avant de rejoindre la France au cours de l’année 1923. Ils s’installent à Paris.

Quelques années plus tard, Guenady rencontre Sarah, Symcha, dite Simone Hanower, née à Radom en Pologne avec qui il se marie le 13 février 1934 à la mairie du 20ème arrondissement. Ils ont trois enfants, Ernestina née en 1934, Monique, née en 1935 et Jacques né en 1936. Ils habitent alors au 24, Passage Saint-Bernard, dans le 11ème arrondissement. La famille a peu de moyens, mais Monique, dans son témoignage dit qu’elle a une enfance heureuse. Elle ignorait être juive, car la famille « était peu religieuse », dit-elle.

Très vite, la traque des Juifs commence à Paris. La première victime est le frère de Guenady, Gregory, arrêté le 14 mai 1941, alors qu’il tentait de passer en zone sud, interné au camp de Beaune-la Rolande et déporté à Auschwitz sans retour par le convoi n°5 du 28 juin 1942.

Sarah et ses trois enfants sont arrêtés lors de la rafle du Vél’ d’Hiv’, le 16 juillet 1942. Guénady est absent. Selon certains membres de la famille, il aurait été prévenu par un ami, commissaire de police, qu’une rafle de Juifs parisiens était imminente et se serait caché, ou bien aurait-il été déjà au travail dans son atelier. Cette rafle, pour la première fois, arrête les femmes étrangères et leurs enfants. Sarah est alors enceinte, et quatre jours après leur arrivée au Vél’ d’Hiv’, il semble qu’elle fasse une fausse couche. Elle est alors emmenée, le 21 juillet 1942, à l’hôpital Rotschild, seul hôpital où les Juifs pouvaient se faire soigner. Elle y reste 6 mois et est reinternée le 19 janvier 1943. Les 3 enfants sont alors sortis du Vél’ d’Hiv’ et conduits dans le foyer de l’UGIF de la rue Lamarck. Quelques jours plus tard, à la demande de leur mère, leur tante réussit à les récupérer ; ils seront ensuite cachés par des associations dans des familles françaises, en zone non occupée. L’OSE, notamment, leur trouvera une famille résistante dans l’Indre. Sarah, elle, est internée, entre deux séjours à l’hôpital, à Drancy. Une première fois, le 07 août 1942 ; puis à nouveau le 19 janvier 1943. Elle est déportée sans retour le 11 février 1943 par le convoi 47 à Auschwitz.

Guenady, lui, se cache pendant deux ans, jusqu’au 5 juin 1944, dans un atelier fournisseur de vêtements, géré par l’organisation Todt. Ce jour-là, peut-être trop confiant, il sort de sa cachette et entre dans un café. Reconnu par une connaissance, il semble qu’il soit dénoncé à la Gestapo et arrêté. Il entre le jour même au camp de Drancy. La fiche de son carnet de fouille dit qu’il remet au chef de la police du camp la somme de 5 francs, puisque chaque interné devait remettre argent et objets de valeur à son arrivée au camp. Le 30 juin, il est conduit à la gare de Bobigny avec 1153 internés destinés à être déportés vers le centre de mise à mort d’Auschwitz-Birkenau. C’est le 76ème convoi de déportés juifs parti de Drancy.

Le voyage qui dure quatre jours, par une chaleur torride, est particulièrement épuisant pour ces familles entassées dans des wagons à bestiaux plombés. Le 4 juillet, le convoi entre à l’intérieur du camp de Birkenau sur la « rampe d’Auschwitz » où a lieu la sélection. Les travaux de Serge Klarsfeld ont permis d’apprendre que 398 hommes sur 654 sont déclarés « aptes » pour le travail. Ce sont généralement les plus jeunes. Le nombre de déportés désignés pour ce travail d’esclave, plus de la moitié, est beaucoup plus élevé que celui des transports précédents car les camps deviennent, en 1944, un vivier de travailleurs pour l’industrie de guerre. L’autre moitié du convoi, les malades et les enfants, dits « inaptes » au travail, sont gazés dès l’arrivée. Guenady entre, au camp d’Auschwitz III situé à une dizaine de kilomètres d’Auschwitz près du village de Monowitz. Y était installée l’usine surnommée « Buna », d’IG Farben-Industrie destinée à fabriquer du caoutchouc synthétique. Il devient le déporté A-16882. Il dit avoir échappé aux chambres à gaz par hasard car l’officier allemand chargé du tri, né à la même date que lui, l’aurait alors épargné. Il survit jusqu’à l’évacuation du camp.

Le 18 janvier 1945, il fait partie des 250 à 300 déportés du convoi 76 évacués du camp de Monovitz. Il effectue la première Marche de la mort, une marche de 60 kilomètres sur des routes enneigées, en plein hiver, jusqu’à la ville de Gleiwitz, un Kommando du camp d’Auschwitz. Le 20 ou le 21 janvier, 2451 déportés sont entassés dans des wagons à charbon que les hommes rentrés dénommaient « wagons découverts », car sans toit, donc ouverts à tous les vents, à la neige et au froid, sans recevoir de nourriture. Après six jours de transport, il arrive vivant avec 100 hommes du convoi 76, le 26 janvier 1945 au camp de Buchenwald.

Une semaine plus tard, les 9 et 10 février 1945, il est affecté au Kommando de Langestein, situé dans une vallée isolée, à quelques kilomètres de la ville de Halberstadt, Kommando très dur dont il est revenu cependant. Guenady Sterenberg, libéré le 11 avril 1945 par l’armée américaine, est rapatrié en France le 4 mai 1945.


Photographie de Guenady Sterenberg

Sa fille Monique se souvient de son retour, squelettique, il pesait alors 43 kilos, il avait toujours faim, il mangeait quatre fois par jour et se levait toutes les nuits pour manger. Il restait allongé toute la journée et a dû être soigné pendant 6 à 8 mois. Il marchait avec des béquilles, suite aux coups portés à ses jambes par un SS lors de « la Marche de la mort » vers Gleiwitz. Par la suite, il a repris une vie professionnelle, il était représentant en tissu. Il s’est marié le 28 novembre 1964 avec Suzanne Verba. Ils ont eu une enfant, Catherine, et un petit-fils, Sébastien.


Carte établie à l ‘entrée de Guenady, ici dénommé Jean Sterenberg au camp de Buchenwald
Date d’arrivée ; 26 janvier 194, venant du camp d’Auschwitz, numéros matricule à Auschwitz et à Buchenwald sont inscrits sur la carte.

Sources : DAVCC Caen - témoignages familiaux- Mémorial de la Shoah en ligne - Archives Arolsen en ligne

Chantal Dossin

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