Warning: file_get_contents(/proc/loadavg) [function.file-get-contents]: failed to open stream: Permission denied in /home/www/cercleshoah/www/config/ecran_securite.php on line 379
Ida Grinspan 1929-2018, une biographie - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Ida Grinspan 1929-2018, une biographie

mardi 25 septembre 2018

Ida, membre active, depuis l’origine, de notre Cercle d’étude, ayant participé plus d’une fois comme témoin aux conférences que nous organisons. La dernière fois c’était l’an dernier lors d’une conférence sur Charlotte Delbo dont elle avait fait connaissance et dont elle était devenue amie lors de sa convalescence d’après-guerre en Suisse. Notre prochain Petit Cahier qui retranscrira cette conférence lui sera dédié.
obsèques : mercredi 3 octobre 2018 à 11h au cimetière de Bagneux.

Histoire d’Ida Grinspan Repères biographiques, par Marie-Paule Hervieu
Ida et Ginette, juillet 2018
Photo Charles Trémil, commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv’

Une jeune française, d’ascendance juive et polonaise
Ida Fensterzab Grinspan nait à Paris, le 19 novembre 1929. Ses parents, yiddishophones, Jankiel Fensterzab, artisan tailleur, et Chaja Nysenbaum, habitent le xie arrondissement, puis rue Clavel, dans le XIXe, quartiers populaires de l’est parisien, à forte composante d’immigrés. Elle a un frère né en 1924. Ses parents sont déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau : sa mère a été arrêtée pendant la rafle dite du Vél’ d’Hiv’ par le convoi 11, du 27 juillet 1942, son père déporté par le dernier convoi parti de Drancy le 31 juillet 1944.

Une enfant mise en pension par ses parents, à la campagne, dans le Poitou
Elle fait un premier séjour à Melle, dans le hameau du Jeune-Lié (Deux-Sèvres) en septembre 1939, puis en juin 1940, et reste chez un couple de fermiers catholiques, pauvres, Emile et Alice, Paul Marché, jusqu’à son arrestation parce que juive, en 1944. Bonne élève, elle suit les cours de l’institutrice, madame Picard, à l’école de Sompt, jusqu’au certificat d’études primaires. Elle est bien intégrée mais inscrite dans un fichier par les autorités administratives françaises ; elle est la victime de l’ordre d’arrestation de tous les Juifs de quatre départements, donné par les autorités policières allemandes (Sipo-SD/RSHA) le 27 janvier 1944, relayées par les représentants de l’État français ou régime de Vichy.

Déportée seule à Auschwitz-Birkenau, à l’âge de 14 ans (1944)
Ida est arrêtée par trois gendarmes français, une nuit d’hiver, le 30 janvier 1944. Elle est conduite à Niort, puis transférée à Drancy, et déportée de la gare de Bobigny, par le convoi 68, du 10 février 1944. De ce train de déportation à Auschwitz-Birkenau, constitué de 1 500 personnes juives, hommes, femmes et enfants, seuls 210 hommes et 61 femmes entreront dans le camp, et 42 survivront. L’adolescente Ida, bien qu’âgée de moins de 15 ans échappe à la première sélection, elle est donc internée et condamnée aux travaux forcés dans des Kommandos, celui des pierres, puis des pommes de terre, enfin l’usine d’armement Union Metallwerke. À son arrivée, elle est rasée, immatriculée 75360, et mise en quarantaine. Charlotte Delbo, dans son livre Auschwitz et après. III - Mesure de nos jours paru en 1971, a consacré 21 admirables pages intitulées « Ida » [1], aux conditions d’arrestation et d’internement, puis au retour de déportation d’Ida. Elles annoncent le livre de témoignage, écrit avec Bertrand Poirot-Delpech, et publié en 2002 : J’ai pas pleuré  [2]. Ayant subi toutes les douleurs d’un camp de concentration/extermination, la jeune Ida a survécu à quinze mois d’emprisonnement, trouvant comme elle l’écrit son « salut par la fraternité » et elle rend un vibrant hommage, à ses camarades-amies déportées : Claudine Chichman, Liliane Badour, Suzanne et Léa Schwartzmann, Régine Blumen, Suzanne Birnbaum, Fanny Weglieszewski….

Évacuée vers Ravensbrück, et libérée par les Alliés (1945)
Ida fait une marche de la mort, de 70 kilomètres, qui commence le 18 janvier 1945, par un froid polaire, sans protection ni chaussures adaptées, jusqu’à Loslau (Wodzislaw), puis en train à wagons découverts, jusqu’à Ravensbrück, où elle arrive les 25/26 janvier 1945, elle est transférée, par train de voyageurs à Neustadt-Glewe, le 14 février. Elle est à bout de forces, a eu les pieds gelés et est atteinte du typhus. Elle est soignée au Revier ("infirmerie") par une infirmière polonaise, résistante déportée, Wanda Ossowska. Elle est libérée le 2 mai 1945 par les armées alliées, Américains et Soviétiques, qui viennent de faire leur jonction sur l’Elbe. Elle est rapatriée, trois semaines après, par avion militaire canadien Dakota au Bourget et retrouve son seul frère.

La vie après, la convalescence
Hospitalisée à Broussais, elle part en Suisse, en septembre 1945, pour une année de convalescence, de Crans Montana à Mont de Lausanne, en mai 1946, dans la villa Les Hortensias, où elle rencontre Charlotte Delbo. Elle se marie avec Charles Grinspan et a une fille Sophie. Elle a été et restera un témoin courageux et infatigable de la déportation, la sienne et celle de tous les siens.
Marie Paule Hervieu, septembre 2018

"C’est Geneviève de Gaulle qui organise ces séjours en Suisse [3] pour les femmes résistantes françaises et à la demande de l’assistante sociale de l’hôpital. Elle a bien voulu nous emmener d’emblée, bien que nous ne soyons pas d’anciennes résistantes et j’ajoute que ce séjour parmi ces femmes m’a été d’un grand réconfort. Nous les trois petites jeunes avions pour elles une admiration sans bornes. Cela a contribué à ma reconstitution !" Ida Grinspan, témoignage au lycée Buffon, le 17 mai 2017
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article595
A paraître dans un prochain Petit cahier du Cercle.

hommage à Ida, cimetière de Bagneux.

Au lycée Edgar Quinet :
Ida Grinspan, témoignage

[1Charlotte Delbo, Auschwitz et après. III, Mesure de nos jours, Paris, Éditions de Minuit, Coll. Documents, 1971, p. 100 et suivantes.

[2Ida Grinspan et Bertrand Poirot-Delpech, J’ai pas pleuré, Paris, Pocket, 2003,190 p. (1ère éd. Robert Laffont, 2002, 244 p.)
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article120

[3Éric Monnier et Brigitte Exchaquet-Monnier, Retour à la vie. L’accueil en Suisse romande d’anciennes déportées françaises de la Résistance (1945-1947), Alphil, 2013, 402 p.