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Sabine Zlatin, "la dame d'Izieu" - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Sabine Zlatin, "la dame d’Izieu"

par Martine Giboureau
lundi 16 avril 2018

Des œuvres de secours organisent des réseaux de sauvetage pour essayer de soustraire les enfants aux persécutions antisémites. En mai 1943, Sabine et Miron Zlatin, en liaison avec l’OSE, installent des enfants à Izieu (Ain).

La déportation à travers le sort des enfants.

Sabine Zlatin
(née le 13 janvier 1907 à Varsovie ; décédée le 21 septembre 1996 à Paris)

La voix de Sabine Zlatin au procès de Barbie (qui s’est ouvert le 11 mai 1987) reste dans les mémoires :

« Barbie a toujours dit qu’il s’occupait uniquement des résistants et des maquisards, cela veut dire des ennemis de l’armée allemande. Je demande ceci : les enfants, les quarante-quatre enfants, c’était quoi ? C’étaient des résistants ? C’étaient des maquisards ? Qu’est-ce qu’ils étaient ? C’étaient des innocents … » Sabine Zlatin

Qui est Sabine Zlatin ?

  • Avant la guerre  :
    Sabine Chwast [1], fut militante du Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie.
    Emprisonnée en Pologne à seize ans puis exilée à Nancy, Sabine y fait des études artistiques et fait connaissance d’un étudiant agronome russe juif, Miron Zlatin. Ensemble ils créent un élevage de poulets dans le nord de la France, à Landas à quelques kilomètres de la frontière belge.
  • 1940 :
    L’attaque de mai 1940 les jette dans l’exode. Ils redémarrent leur élevage de poulets près de Montpellier après l’armistice.
    Sabine devient infirmière militaire à la Croix-Rouge et est engagée à l’hôpital militaire de Montpellier, alors en zone ‘’libre’’. Elle en est exclue en 1941 parce que juive.
  • Résistance, la sauvegarde d’enfants :
    Elle découvre les conditions atroces des réfugiés et devient bénévole de l’OSE (Œuvre de secours aux enfants). En 1941 – 1942 elle est assistante sociale à la préfecture de l’Hérault. Aidée par un prêtre catholique, elle transfère un grand nombre d’enfants d’Agde, puis de Rivesaltes, vers un sanatorium de Palavas-les-Flots.

À chacun de ses voyages elle doit obtenir du préfet de l’Hérault une autorisation pour emmener des enfants nommément désignés. Elle peut parfois sortir clandestinement des enfants tsiganes. Après novembre 1942 (occupation de la zone ‘’libre’’) la situation devient plus difficile.

En avril 1943 Sabine et son mari quittent Montpellier avec dix-sept enfants et quelques moniteurs et cherchent une maison en zone d’occupation italienne (autorité italienne plus ‘’tolérante’’ que l’occupant allemand). Le sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, réquisitionne une maison vide à Izieu et procure lits, couvertures, matériel de cuisine, tables, bancs …

Mémorial Maison d’Izieu
source : wikipedia

Miron se charge du ravitaillement, tâche particulièrement ardue. Les enfants dans la « Maison d’enfants réfugiés de l’Hérault » ont de quatre à dix-sept ans et viennent de camps où ils ont laissé leurs parents. Les plus grands vont à l’école d’Izieu ou au collège de Belley. Ils ont de fausses identités.
Outre les éducatrices il y avait le docteur Suzanne Levan-Reifman, l’institutrice Madame Tardy qui œuvraient à la Maison d’Izieu.

Le nombre d’enfants augmente car l’OSEdisperse ses propres maisons d’enfants et il y a jusqu’à quatre-vingts enfants à Izieu. Chaque soir Sabine passe dans les dortoirs et embrasse les enfants en leur souhaitant bonne nuit. Le 13 janvier 1944, jour d’anniversaire pour Sabine, elle est à Montpellier pour payer la pension d’enfants placés dans des familles et remettre de petites sommes à des adultes cachés ; ce jour-là elle reçoit des lettres de chaque enfant lui souhaitant de fêter son prochain anniversaire dans sa famille et dans la paix.

Les problèmes de ravitaillement deviennent critiques à la toute fin 1943 mais Miron a noué des liens avec les maquis environnants : le colonel Romans-Petit, chef du maquis de l’Ain, fournit de fausses cartes d’alimentation, du ravitaillement, une aide financière au tout début 1944.

  • 6 avril 1944, la rafle :
    Des enfants (les aînés) peuvent partir vers la Suisse, des plus jeunes rejoignent des institutions catholiques et protestantes grâce au Père Chaillet, fondateur de Témoignage chrétien. Le 6 avril 1944 il restait quarante-quatre enfants que Sabine et son mari voulaient disperser. Sabine pour cela prend contact avec l’abbé Prévost [2] lors d’un voyage à Montpellier : celui-ci, directeur de l’institution Saint-François-Régis accepte de prendre une vingtaine de garçons. Sabine a prévu de prendre le train le 6 avril au soir pour retourner à Izieu mais un télégramme arrive chez son amie Berthe Weber à midi : « Famille malade. Maladie contagieuse. »

En effet, ce jeudi 6 avril 1944, Klaus Barbie [3] et ses hommes de la Gestapo raflent les quarante-quatre enfants et les six adultes, membres du personnel, Léa [4], Lucie, Mina/Marie (accompagnée de sa petite fille Lucienne) les monitrices, Sarah-Suzanne, la doctoresse avec son fils Claude et ses parents, Moïse et Mova/Eva ainsi que le directeur, Miron. [l’orthographe des noms et prénoms varie selon les sources]

Sabine le soir du 6 avril part à Vichy pour alerter les services gouvernementaux. On lui répond : « Pourquoi vous occupez-vous de ces sales youpins ? Adressez-vous au chef de la milice ». À la Milice, on la menace de l’arrêter si elle insiste.

Les enfants, le personnel d’encadrement [5] sont transférés à Montluc puis Drancy. Miron, Arnold Hirsch et Théo Reiss/Théodore Reis (dix-sept et seize ans) sont déportés le 15 mai 1944 par le convoi n° 73 vers les Pays Baltes et sont fusillés le 31 juillet 1944 à Reval (aujourd’hui Tallinn) [6] alors que les Soviétiques approchent.
http://www.memorializieu.eu/la-colonie-1943-1944/

Les quarante-deux autres enfants et cinq adultes arrivent à Auschwitz [7] et y sont exterminés à l’exception de Léa (voir note 3). La liste des victimes est consultable sur la plaque  [8]. Cliquer pour agrandir

Plaque avec les noms des enfants
Source : wikipedia

Certains, toujours prompts à juger a posteriori, ont pu se demander pourquoi ce home d’enfants était resté ouvert légalement, ‘’officiellement’’. Georges Garel [9] explique : « Lorsque des institutions sont installées, […] lorsqu’on arrive à faire ravitailler les enfants, il faut, pour faire éclater ces institutions, à la fois une certaine dose d’imagination et une possibilité d’exercer sur elle une pression assez brutale. » Une politique volontariste et planifiée de dispersion se heurte à la difficulté de trouver de nouveaux lieux de refuge et d’organiser le voyage de dizaines d’enfants.

  • Après la rafle :
    Après avril 1944, Sabine a continué de résister. À la suite d’une tentative de libération de résistants emprisonnés à Rouen, elle a été arrêtée et battue par la Gestapo mais est parvenue à s’échapper.
    Après la guerre elle rend hommage aux enfants d’Izieuchaque année. « Deux fois par an nous allons nous recueillir à Izieu, déposer des fleurs devant la plaque où figurent les noms des quarante-quatre enfants, des personnels d’encadrement et de mon mari. Fleurir aussi le monument élevé en 1946 à Brégnier-Cordon grâce à une souscription nationale placée sous l’égide du Général de Gaulle. Le docteur Léon Reifman, seul moniteur rescapé de la rafle, et moi-même sommes accompagnés de quelques amis » raconte Sabine en 1989.
Monument aux morts à Brégnier-Cordon

À la mémoire des 44 enfants de la maison d’Izieu, de leur directeur et de leurs 5 éducateurs, arrêtés par le criminel nazi Klaus Barbie, le 6 avril 1944, déportés et exterminés dans les camps ou fusillés parce qu’ils étaient juifs. Klaus Barbie responsable de la déportation a été condamné à perpétuité par la cour d’assises de Lyon le 3-7-1987
Passant, recueille-toi !
et n’oublie pas le martyre de ces innocents.
Que les lieux où ils ont vécu te soient sacrés pour toujours

Tout homme est un morceau de continent, une part du tout, la mort de tout homme me diminue, parce que je fais partie du genre humain.

http://www.memoire-deportation-ain.fr/le-monument-de-nantua.aspx

https://monumentsmorts.univ-lille.fr/monument/42230/bregniercordon-place/

Biographie réalisée à partir de trois ouvrages :
Rolande CAUSSE, Les enfants d’Izieu , collection Petit Point, Le Seuil, novembre 1989 (les sept premières pages sont consacrées au témoignage de Sabine Zlatin)
Jacques SEMELIN, Persécutions et entraides dans la France occupée, Les Arènes – Seuil, mars 2013
Robert GILDEA, Comment sont-ils devenus résistants ?, Les Arènes, avril 2017

Martine Giboureau

Compléments

"Le certificat de baptême était le meilleur des Ausweis, ce n’est pas un hasard. ... Ayant l’honneur considérable de présider le Musée Mémorial des enfants d’Izieu : le 6 avril 1944, à deux mois du débarquement, quel est le but de guerre numéro un de Barbie et des autres nazis ? C’est d’aller chercher quarante-quatre gosses, dans le fin fond du Bugey, parce qu’ils étaient juifs ; et quand ils redescendent d’Izieu, une personne du village a fait la remarque qu’un des enfants était un petit catholique ; les gardes l’ont fait descendre du camion dans la seconde ; les autres, on ne les a jamais revus.
Ces quarante-quatre enfants ont été suppliciés, détruits, uniquement parce qu’ils étaient juifs" Bertrand Poirot-Delpech

De l’eugénisme à la Shoah

BISCARAT Pierre-Jérome, Dans la tourmente de la Shoah : Les enfants d’Izieu, Michel Lafon, Paris, 2008.
https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2010-2-page-385.htm
NIEDERMANN Paul, Un enfant juif, un homme libre. Mémoires, Bibliothèque Lindemann, 2012, 160 p.
http://www.lettresderivesaltes.fr/lettres/087.pdf

Les enfants, victimes emblématiques des génocides des juifs et des tsiganes
Le sauvetage des enfants cachés durant la dernière guerre
Les Justes : Chambon sur Lignon, Dieulefit, St Christophe des bois

[3Barbie, deux fois condamné en 1946 et 1948, parce qu’il était le bourreau de Jean Moulin, a pu être jugé à Lyon, pour la rafle et la déportation des enfants d’Izieu en avril 1944 (sauf celui qui n’était pas juif), crime imprescriptible car crime contre l’humanité. Le crime contre l’humanité, Pierre Truche

[4Léa Feldblum, matricule 78620, a survécu à la déportation et est décédée en 1989. Elle portait comme nom d’emprunt « Marie-Louise Decostes »

[5Seul Léon Reifman échappe à la rafle en sautant par la fenêtre du premier étage de la maison d’Izieu

[6Autre source : Le 15 mai 1944, Miron est déporté, avec Théo Reiss et un autre adolescent d’Izieu, Arnold Hirsch, depuis la gare de Bobigny dans le convoi n° 73 jusqu’à Reval (nom allemand de l’époque) en Prusse orientale, aujourd’hui Tallinn en Estonie. Il est détenu à la prison Paterei et travaille dans une carrière. Il est fusillé par les S.S fin juillet 1944, avant l’arrivée des troupes soviétiques.https://fr.wikipedia.org/wiki/Miron_Zlatin

[7Trente-quatre enfants et quatre adultes partent de Drancy le 13 avril (convoi 71 qui arrive à Auschwitz le 15 avril), deux enfants et leur mère sont dans le convoi 74, trois enfants dans le convoi 75, trois enfants et la monitrice Mina dans leconvoi 76.

[8On peut noter la faute d’orthographe à Auschwitz