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Une enfance dans la gueule du loup, Monique Lévi-Strauss - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Une enfance dans la gueule du loup, Monique Lévi-Strauss

CR par Claude Dumond
mercredi 20 mai 2015

Une autobiographie qui se lit comme un roman d’aventures, un témoignage d’un point de vue inédit sur la vie quotidienne en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, un livre passionnant.

Une enfance dans la gueule du loup

Monique Lévi-Strauss naquit en 1926 d’un père, Jules Roman, de nationalité belge. Celui-ci ingénieur et diplômé de Harvard, rencontra aux États-Unis, Emmy Rie qui devint son épouse. De nationalité américaine, juive, éduquée en France, elle entretenait des liens très étroits avec toutes les branches de sa famille, dont celle autrichienne qui comptait des proches de Freud.

Monique vécut jusqu’à huit ans à Passy entourée de domestiques, dont une nounou anglaise, puis dans un château acheté par son père dans le Berry. Elle fréquenta alors pour la première fois une école, le lycée de jeune fille de Bourges.

En 1939, son père qui avait signé un contrat avantageux avec une firme allemande imposa à sa femme, juive, et à ses deux enfants de s’installer en Rhénanie. Inconscience jamais pardonnée !
Piégée par la déclaration de guerre de septembre 1939 et par l’invasion de la Belgique en mai 1940, avec une mère américaine et juive (les employeurs du père le savaient mais ils ne l’ont jamais dénoncée), un père belge ressortissant d’un pays ennemi, disposant de faibles ressources, surveillée par la Gestapo, la famille vécut "Dans la gueule du loup", jusqu’en 1945.

Le récit de la vie de Monique et de ses parents est aussi celui de l’existence des civils allemands qu’ils côtoyaient, camarades de classe, professeurs, collègues de la mère, hôtes d’une pension de famille, logeurs, voisins ... Jusqu’en 1944, inscrite dans divers lycées où elle était la seule étrangère, Monique soutenue par la sympathie de professeurs, réussit à triompher de toutes les difficultés et même à s’imprégner de ce que la culture allemande avait de plus riche avant le nazisme. Elle obtint son Abitur, l’équivalent allemand du baccalauréat et commença ensuite des études de médecine.

La vie quotidienne fut très vite troublée par les bombardements des Anglais et des Américains qui allèrent en s’intensifiant au cours des trois années, jusqu’à devenir si terrifiants, que la famille quitta en 1945 la vallée du Rhin pour y échapper.

Monique témoigne du grand choc et de la démoralisation que provoqua la multiplication des annonces de décès au front après Stalingrad. Si aucune opinion sur le régime ou l’évolution de la guerre ne pouvaient s’exprimer, Monique et ses parents n’ont rencontré d’hostilité que rarement. Au contraire, bien que fille d’étrangers de pays ennemis, Monique a pu nouer des amitiés très sincères avec des camarades dont les parents ont fait preuve de beaucoup de générosité à l’égard de sa famille.
Lorsqu’en 1945, les Américains atteignirent enfin le village où la famille s’était réfugiée pendant les derniers combats, la nationalité américaine de sa mère et ses compétences valurent à Monique d’être immédiatement recrutée par un officier supérieur pour servir d’interprète.

À Paris sa mère retrouva une grand-tante qui habitait un immeuble cossu du 16e et fit appel à son frère aîné qui les invita aux États-Unis.
Suivent deux années étourdissantes, d’abord à New-York chez son oncle qui menait grand train, puis à Chicago où elle joua, jusqu’à en être dégoûtée, "la femme au foyer", en gardant de jeunes cousins. Admise en septembre 1946 dans un College Girl très chic de Boston, elle s’adaptera mal aux us et coutumes de la vie des étudiants américains, le décalage culturel était trop important. Après avoir obtenu un diplôme de "Bachelor of science", elle décida de retourner en France.

De nouveau à Paris, les relations de sa mère lui permirent de fréquenter l’intelligentsia parisienne de la fin des années quarante. Faute de pouvoir devenir médecin (elle était belge et on lui refusa la nationalité française), elle se consacra aux traductions et devint la traductrice de Jacques Lacan qui lui fit rencontrer Lévi-Strauss en 1949 ...

Invitée par deux professeurs qui savaient qu’elle avait passé la guerre en Allemagne, à venir parler de "la mentalité des Boches" devant leurs élèves, Monique expliqua que tous les humains sont des êtres particuliers .... et elle ne fut jamais plus sollicitée et se tut.

Ce livre a été rédigé pour ses petits-enfants.

Monique Lévi-Strauss, Une enfance dans la gueule du loup, Seuil, 2014

CR Claude Dumond, mai 2015

Sütterlin, Fraktur, "gothique", Antiqua ?
Écritures sous le nazisme


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