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Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand

CR Maryvonne Braunschweig
dimanche 4 juillet 2010

Les juifs ont toujours été des communautés religieuses ; pas un "ethnos" porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au cours d’une errance et d’un exil permanents.
Shlomo Sand est un historien israélien né en 1946. Il enseigne l’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv depuis 1985.

Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand [1]

Dans son ouvrage, Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand indique d’entrée de jeu que son propos est avant tout politique : montrer que le concept de "peuple juif" a été inventé par des historiens sionistes du XIXe siècle. Il estime paradoxal qu’autrefois "affirmer qu’en Europe les juifs constituaient un peuple étranger du fait de leur origine" était considéré comme antisémite et qu’a contrario aujourd’hui "déclarer que les juifs dans le monde ne forment pas un peuple distinct ou une nation en tant que telle" est se déclarer ennemi d’Israël. Sa thèse est que les juifs ont toujours été des communautés religieuses mais pas un "ethnos" porteur d’une même origine unique et qui se serait déplacé au cours d’une errance et d’un exil permanents.

Il définit d’abord les concepts de "peuple", "nation", "race", ce dernier terme étant rejeté après l’usage qui en fut fait au XXe siècle et remplacé par celui d’"ethnie" plus respectable. Il appuie ses définitions sur celles données depuis le XIXe siècle par les Européens et distingue le sens donné en Europe occidentale (en France, en Angleterre : conscience d’appartenance volontaire), et en Europe orientale (notions liées aux origines ethniques, hors de la volonté des individus). Il estime que la notion de "peuple juif" a été fondée au XIXe siècle par des historiens juifs allemands -avant tout Heinrich Graetz- marqués par l’esprit national allemand en réaction à la poussée de l’antisémitisme. Ces premiers travaux furent validés après 1930 par le professeur Salo Baron, premier détenteur d’une chaire d’histoire juive dans le monde (aux États-Unis). Ces différents auteurs retracent une histoire du peuple juif à partir d’Abraham, en se fondant sur la Bible, puis de la diaspora [2] à partir de l’exil des juifs de Judée dans le monde, en 70 après JC, suite à la destruction du Second Temple de Jérusalem.

C’est ce que tente de réfuter Schlomo Sand dans les chapitres qui suivent. Il cherche d’abord à remettre en cause un certain nombre de mythes. Il avance ainsi que le concept "d’Eretz Israël" (la terre d’Israël) est apparu dans la littérature juive seulement au IIe siècle ap. J.-C., alors que l’Ancien Testament emploie le terme de Canaan et qu’à l’époque du Second temple la région est plus couramment appelée Judée. Il s’appuie sur les découvertes archéologiques depuis 1980 -tout en les contestant partiellement- telles celles d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman [3], qui font remonter au VIIe siècle av. J.-C. l’écriture de la Bible - Sand retient, lui, le VIIIe siècle av. J.-C.- et la création du judaïsme dans le royaume de Juda seul.

Il soutient ensuite que l’exil de 70 est pure invention et que par conséquent les juifs de diaspora ne peuvent être les descendants des Judéens. Il indique, par contre, que le monothéisme juif est devenue une religion dynamique et prosélyte à partir de l’époque hellénistique (à partir de la fin du IVe siècle av. J.-C. et jusqu’au IIe siècle ap. J.-C., entraînant des conversions nombreuses dans toutes les parties de l’Empire romain. Au plan religieux, c’est au IVe siècle ap. J.-C. que se fixe la religion du judaïsme actuel. Le triomphe du christianisme dans l’Empire romain au IVe siècle, puis celui de l’Islam au VIIe siècle entraînent le rejet des conversions au judaïsme en périphérie de ces deux empires. Ainsi seraient apparu successivement, par conversion, des États juifs ou peuples de religion juive situés : au sud de l’Arabie, au Yémen (à partir de 370), en Afrique du Nord avec la conversion de tribus berbères dont celle de la fameuse Kahina (au VIIe siècle), enfin le royaume des Khazars (royaume juif entre Volga et Don, du VIIIe au XIIIe siècle, avec apogée au Xe siècle), peuple descendant en partie des Scythes. Il explique la présence importante des juifs en Espagne au Moyen Age par l’invasion des convertis berbères (ou leurs descendants), avec les musulmans, au VIIe siècle.
Quant au "Yiddishland", ce vaste espace peuplé de juifs -les ashkénazes- dans l’Europe centrale et orientale -jusqu’à sa disparition du fait des nazis- Shlomo Sand est convaincu que ce sont avant tout les descendants des Khazars qui ont migré après destruction de leur État et que cette histoire seule peut y expliquer le grand nombre de juifs. Pourquoi parlent-ils une langue à 80% germanique ? Parce que, à la suite de la conquête de l’Est européen par les Allemands aux XIVe-XVe siècles, l’allemand est devenue la langue des classes dirigeantes et les juifs, devenant classe intermédiaire entre la noblesse et le peuple, auraient assimilé la langue dominante (mais des mots d’origine turque parsèmeraient le yiddish).

Après avoir démontré que selon lui le peuple juif n’a donc pas de réalité ethnique, et que les juifs sont une communauté de culte mais pas une communauté d’origine, l’auteur revient dans sa dernière partie aux propos de son premier chapitre. Il montre que l’ensemble de mythes qu’il a énuméré a été (et est encore) utilisé par les sionistes pour justifier le fonctionnement de l’État d’Israël, dont il ne remet d’ailleurs jamais en cause l’existence. Enfin il critique la politique identitaire en Israël. Ainsi estime-t-il que les sionistes dont les premiers furent des ashkénazes (donc, à ses yeux, des descendants de Khazars) ont eu une attitude ambiguë vis-à-vis de ces questions, utilisant la religion pour prouver l’unicité du peuple juif, faute d’autres points communs incontestables entre les juifs. Il signale au passage la recherche encore actuelle de certains biologistes israéliens pour démontrer que les juifs forment un peuple au plan génétique. Devant l’impossibilité à établir la définition d’une identité juive laïque, les fondateurs de l’État d’Israël, pourtant non religieux, voire athées, ont eu besoin de la pression religieuse. Il n’y a donc pas de séparation entre l’État et le rabbinat, non à cause du poids de la religion mais parce que l’idée nationale est faible, sans fondement réel. Alors qu’est-ce que la nation israélienne ? En 1950 le Parlement israélien a voté "la Loi du retour" qui fait de tout juif dans le monde automatiquement un citoyen israélien. Mais qui est juif ? Depuis 1970, la loi, modifiée, définit comme juif "celui qui est né de mère juive ou s’est converti et n’est plus rattaché à une autre religion". La nationalité indiquée sur les cartes d’identité, n’est pourtant pas "israélienne" mais "juive" (ou "arabe"), si bien que 30% des immigrés de Russie (300 000 personnes) ne sont pas inscrits comme "juifs". Israël se veut un État juif mais la législation ne précise pas ce qui rend "juif" un État dont 20% de citoyens sont des Arabes. Il constate que malgré la Loi du retour les masses juives ne sont pas pressées de venir vivre en Israël qui d’ailleurs ne le souhaite pas et a besoin de la diaspora. Il pense qu’il existe par ailleurs une culture israélienne qui n’est pas la culture juive. Il estime donc urgent pour l’avenir d’Israël de changer en séparant le rabbinat de l’État, en abrogeant la Loi du retour, en donnant l’égalité des droits à ses citoyens non juifs afin de constituer une république laïque appartenant à l’ensemble de ses citoyens.

Un livre qui laisse perplexe, mais fait réfléchir...

MB, 2009

Shlomo SAND, Comment le peuple juif fut inventé, de la Bible au sionisme, Fayard, Paris 2008, 446 p., Poche Flammarion, 2010.

Jules ISAAC, dans L’Enseignement du mépris, montrait que l’exil du peuple juif en 70 ap. J.-C. était uniquement une invention des premiers chrétiens des IIe- IIIe-IVe s par antijudaïsme (la punition du peuple "déicide") et parce que les juifs étaient des rivaux dans le prosélytisme.

Avraham B. YEHOSHUA, Israël : un examen moral, Paris, Calmann-Lévy, 2004 Il déplore le fait que L’État d’Israël n’ait pas « essayé de rompre le noeud gordien entre l’identité nationale et l’identité reli­gieuse »

Alain DIECKHOFF (dir.) : L’État d’Israël, Fayard, 2008
L’État d’Israël peut-il « accepter la césure entre un peuple juif en diaspora (défini par le lien religieux) et un peuple israélien (compre­nant des citoyens de religion juive, ou chrétienne, ou musulmane, et aussi des citoyens sans religion) ».

Avner BEN AMOS, Israël, la Fabrique de l’identité nationale, éd. du CNRS, 2010
La fabrique de l’identité nationale se fait à l’école, par le biais de commémorations, par l’utilisation de l’image et des médias. La construction d’un sentiment d’appartenance national est récente

Pierre STAMBUL, Le Sionisme en questions, Acratie, 2004

[1Shlomo Sand, né en 1946, arrivé en provenance d’un camp de réfugiés en Autriche avec ses parents à l’âge de deux ans, est professeur d’histoire contemporaine, à l’Université de Tel Aviv, spécialiste de Georges Sorel., Fayard, 2008, 446 p.

[2VII. Si la Dispersion d’Israël est bien antérieure à la date de 70 (après J.-C.), peut-on dire qu’elle s’est achevée à cette date ? Non, la vérité ne le permet pas. Jules Isaac, L’Enseignement du mépris

[3Cf. La Bible dévoilée, Bayard 2002 pour la version française


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