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Je me souviens…, Boris Cyrulnik - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah

Je me souviens…, Boris Cyrulnik

Compte rendu de lecture par Brigitte Vinatier
samedi 8 juin 2013

Boris Cyrulnik est parti sur les traces de son passé, celui d’un enfant juif, qui a vécu et souffert sous l’Occupation.

Je me souviens…

Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2012

Boris Cyrulnik est un célèbre neuropsychiatre dont les nombreux ouvrages connaissent un succès toujours renouvelé. Je me souviens… est un livre très personnel, dans lequel, pour la première fois, il évoque son passé pendant la guerre. Je me souviens…, ce titre, agrémenté de points de suspension, fait référence à l’ouvrage de Georges Perec, Je me souviens, qui donne à lire une succession d’instantanés, des bribes de quotidien, remontant à la mémoire par on ne sait quel phénomène magique, qui dessinent l’époque de l’après-guerre. Peut-être Boris Cyrulnik a-t-il voulu rendre hommage à cet autre enfant juif de son âge, comme lui séparé de sa mère, et qui, comme lui, a souffert dans la tourmente de la guerre.

L’auteur est parti sur les traces de son passé, celui d’un enfant juif, qui a vécu et souffert sous l’Occupation. Il fait le récit de son retour en Aquitaine, en septembre 2008, en compagnie de Philippe B., un ami médecin, qui a rédigé une présentation de son livre. Le fil d’Ariane de l’ouvrage est la recherche d’une ferme, située dans un village de la région bordelaise, Pondaurat [1], où l’enfant a vécu caché sous une fausse identité pendant deux ans au cours de la guerre. Le petit Boris, né en 1937, de parents juifs polonais, n’a pas connu son père, engagé dans la Légion, puis arrêté et déporté à Auschwitz. Sa mère, résistante, subit le même sort, mais elle a le temps, avant son arrestation, de confier son petit garçon à l ’Assistance Publique, en 1942. Traumatisme initial et fondateur de la vie d’un enfant qui se retrouve seul au monde, à cinq ans, et sera désormais ballotté dans plusieurs familles d’accueil. Son ouvrage, au fil de courts chapitres dotés d’un titre, évoque des souvenirs, ce que l’auteur appelle « un patchwork d’où émergent des images très précises. » Une fois la ferme retrouvée, il se rappelle les lieux, les enfants, comme lui de l’Assistance, les fermiers, les ouvriers, et sa « chambre » enfin, le hangar où il dormait sur des bottes de paille. Submergé par les images, il dit ne pas l’être par les émotions, car faire revivre le passé implique de faire ressurgir « l’émotion enfouie ». Et c’est difficile, et c’est troublant. Mieux vaut se protéger en faisant une enquête sur cet enfant qui n’est pas tout à fait soi, « un peu d’archéologie sur soi-même » somme toute. Longtemps l’auteur reconnaît qu’il a renié son histoire, tournant le dos au passé, s’obligeant à « penser en avant ». Le changement des mentalités, dans les années 80, où l’on commence à écouter tous ces porteurs de mémoire aux récits si dérangeants, l’a incité à sortir du silence, aidé en cela par une émission de télévision. Ainsi est-il allé à la rencontre des témoins de son histoire, ceux qui l’ont connu, qui se sont occupés de lui, qui le reconnaissent, et qui lui parlent de l’enfant qu’il était. Il rend hommage à tous ces Justes, qui ont sauvé des milliers d’enfants. C’est ainsi qu’il retrouve madame Descoubès qui lui a sauvé la vie, en l’aidant à s’évader.

Boris Cyrulnik consacre plusieurs chapitres à l’évocation de cet événement, en janvier 1944. Arrêté par la police, il est conduit à la synagogue où sont regroupés de nombreuses personnes. L’enfant de 6 ans, sans savoir rien de précis, comprend très vite que la situation est grave et qu’il doit s’enfuir. Au moment du départ, il se cache avec agilité dans les toilettes, puis, après avoir attendu que le calme revienne, il ose sortir. Il y a foule sur la place, on peut le voir. Une infirmière de la Croix Rouge, madame Descoubès, le remarque, lui fait signe et le dissimule sous une civière. Pour l’auteur le tempérament des individus est très important. Il explique sa survie par sa nature qui le porte à l’insoumission, dans ce cas à la loi des adultes. Il n’a pas voulu rejoindre les autres enfants que l’on attirait et regroupait en leur distribuant des boîtes de lait Nestlé. Il s’est tenu à l’écart, ce qui l’a sauvé.

Cette réussite a permis à l’auteur de se construire grâce aux sentiments de victoire et de liberté qui ont joué un rôle majeur. Et le travail de résilience, concept que Boris Cyrulnik a découvert et développé, a pu s’opérer. La représentation après-coup des événements passés permet de mettre l’émotion à distance, de la maîtriser, et ainsi d’accepter son passé. L’auteur explique aussi sa vocation de psychiatre, qui s’est éveillée lorsqu’il était très jeune. De son « enfance fracassée » il a « fait quelque chose ».

Je me souviens… présente un double retour, retour de l’auteur sur les lieux de son enfance pendant la guerre, et retour sur ce passé qu’il avait renié et tu pendant soixante-quatre ans. Cet ouvrage offre un parfait exemple d’une résilience accomplie et réussie.

Brigitte Vinatier

A la fin de son dernier livre Boris Cyrulnik raconte l’histoire de Michel Schouker, 5 ans lors de son arrestation à Bordeaux en même temps que lui, transféré à Drancy, où il est reconnu par un ouvrier du bâtiment, un Turc qui avait travaillé pour son père, appelé pour faire des aménagements dans la prison du camp. Il s’adresse aux autorités du camp en disant : "Vous avez arrêté mon fils, c’est un musulman, pas un Juif, et il l’emmène.
Ce survivant a rencontré Cyrulnik il y a quelques mois.

[1Pont Daurat en gascon est situé près de Langon.


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