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Denise Holstein et les enfants de Louveciennes - [Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d'Auschwitz]
Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah - Amicale d’Auschwitz

Denise Holstein et les enfants de Louveciennes

L’internement à Drancy et la déportation
lundi 2 décembre 2013

Denise, toute jeune fille, est arrêtée le 22 juillet 1944 avec des enfants de l’UGIF. Ils passent par le camp de Drancy et sont déportés à Auschwitz par le convoi 77, l’un des derniers convois.
Certains enfants sont déportés à Bergen-Belsen.

L’internement à Drancy de Denise Holstein et des enfants de Louveciennes,
le 22 juillet 1944

- Denise Holstein, une lycéenne rouennaise, arrêtée et internée

« Je suis arrêtée à Rouen, le 15 janvier 1943, avec mes parents, lors de la rafle de tous les Juifs de la ville et des environs, français et étrangers ;… tous sont arrêtés par la police française, la nuit, après le couvre-feu, conduits le lendemain par le train à Drancy et déportés ensuite à des dates différentes.
…Á Drancy, je « fête » mes seize ans avec mes parents mais, quelques jours plus tard, je tombe malade : la diphtérie. Les Allemands craignent les maladies contagieuses et m’envoient à l’hôpital Claude Bernard où je suis soignée…
 [1] »

Pendant l’hospitalisation de Denise, Madame Cohen, sa grand’mère maternelle domiciliée à Paris, entreprend des démarches auprès de l’Union Générale des Israélites de France, à la demande de ses enfants, afin que sa petite-fille ne retourne pas à Drancy. Le 30 mars 1943, Denise est « sortie » du camp de Drancy et confiée à l’UGIF. Trois jours plus tard, elle quitte l’hôpital et est conduite par une assistante sociale au centre UGIF de la rue Guy Patin qui ferme. Elle est alors hébergée au centre n° 28 de la rue Lamarck, pendant trois mois [2].

- Une enfant du centre UGIF n°56 de Louveciennes

Le 27 juillet 1943, Denise Holstein est envoyée à Louveciennes située dans le département de la Seine-et-Oise, aujourd’hui les Yvelines, au centre n°56, le « Séjour de Voisins », un ancien orphelinat agricole aménagé en maison d’enfants par l’UGIF.
C’est là que sa grand’ mère lui apprend "le départ de ses parents pour l’Allemagne", le 20 novembre 1943.
Bernard et Juliette Holstein sont déportés à Auschwitz par le convoi n° 62. Bouleversée par cette terrible nouvelle, Denise décide d’ abandonner ses études par correspondance et de devenir aide-monitice.

Après sa réquisition par les Allemands, le 1er janvier 1944, les enfants et le personnel déménagent dans une grande villa, 18, rue de la Paix [3].

La Maison de Louveciennes © D. Holstein

La villa de la rue de la Paix, où les enfants déménagent le 1er janvier 1944, et où ils sont arrêtés, le 22 juillet suivant.

Les enfants avec Denise, © D. Holstein

Denise Holstein, 17 ans, ses neuf « petits enfants » et Beyla Dyment, 16 ans [4].
Au premier rang, de gauche à droite, Jeannette Goldmann et Samuel Przemisliawski
Au deuxième rang, Régine Rein, Marie-Anne Vexler et Estelle Jakubowitz,
Claude-Renée Vexler, les jumelles Jeannette et Paulette Sklarz, Rosette Grimberg.

« On se tasse comme on peut . Dans une grande chambre, on arrive à entasser neuf lits et le mien est installé dans le placard. Je suis la plus âgée et à ce titre je deviens monitrice de ces neuf petits. Je n’ai plus qu’une idée en tête : leur donner le maximum de tendresse, tout en essayant de me faire écouter. »

- L’arrestation des enfants de la maison de Louveciennes, le 22 juillet 1944

« Le matin du 22 juillet, j’entends sonner au portail et je vois par la fenêtre un officier allemand et des civils portant l’étoile ; un autobus est garé devant la porte. (...) Il vient nous arrêter, aidé par des internés, je le saurai plus tard….
Il est très tôt, les enfants dorment. Il faut vite les réveiller, les habiller, entasser quelques malheureux vêtements dans des couvertures. L’Allemand s’énerve ; il faut partir avant que Louveciennes ne s’éveille, c’est encore le couvre-feu. Les enfants hébétés ne comprennent rien, on les rassure en leur promettant une belle promenade en autobus. (…) Le trajet se fait en chantant. »

A l’exception de Paulette Szklarz, âgée de six ans et hospitalisée à Saint-Germain-en-Laye, 41 enfants du centre, dont Michèle, la fille du directeur, Monsieur Louy, son épouse et les monitrices sont donc arrêtés avant la fin du couvre-feu, par Alois BRUNNER, l’officier SS, responsable de la section antijuive de la Gestapo de Paris [5] et commandant du camp de Drancy. Il s’est fait accompagner par des internés juifs du camp désignés par lui, afin de l’aider dans les arrestations d’enfants. La rafle a commencé la veille au soir et frappe les huit centres UGIF de la région parisienne [6], dont Vauquelin, Saint-Mandé, Louveciennes et la pouponnière de Neuilly-sur-Seine.

- Leur internement à Drancy

« …Tous les centres de la région parisienne sont là. Tous les internés nous regardent, ils sont inquiets : pourquoi toutes ces arrestations ? Le débarquement en Normandie a eu lieu, et on espère qu’il n’y aura plus de départs. On nous installe dans les chambrées ; des internées nous proposent leur aide, mais les plus petits sont perdus. Ils s’accrochent plus que jamais à nous, je n’ai plus une minute à moi : il faut les rassurer, les faire manger, les laver, les coucher. Je n’ai pas le temps de m’inquiéter, il y a tant à faire. Je retrouve des personnes qui ont connu mes parents, je sens qu’ils sont inquiets... »

Denise Holstein connaît Drancy, où elle a déjà été internée avec ses parents, Bernard, ancien combattant des deux guerres, et Juliette Holstein. Ils étaient à ses côtés, la protégeaient et la rassuraient, quand un convoi était en préparation et quand elle vit partir avec tristesse ses amis de Rouen. [7]
En découvrant tous ces enfants arrêtés, et en percevant la grande inquiétude des internés, elle s’interroge. Mais depuis janvier 1944, Denise est aide-monitrice, responsable de neuf enfants ; maintenant, c’est elle qui protège et console.
A Drancy, avec l’aide de Beila Dyment, son amie de Louveciennes, elle continue de s’occuper de nombreux enfants du centre, qui logent dans sa chambrée et comptent sur elle. Quant aux plus petits, les plus désemparés, ils ont besoin d’être rassurés sans cesse. Elle a tant à faire pour eux qu’elle n’a plus le temps de s’inquiéter et ne se plaint pas.
Le 29 juillet, Denise apprend que les 241 enfants des centres UGIF, dont elle fait partie, sont déportables ; le lendemain, elle prépare les affaires des enfants et les siennes, mais en espérant, jusqu’au départ du convoi, l’arrivée des Alliés à Paris.

- La déportation des enfants de Louveciennes, le 31 juillet 1944

« …On nous conduit dans la petite gare de Bobigny. Les autobus s’arrêtent devant les wagons à bestiaux ; on a déjà entassé des victuailles, des matelas, des seaux. Les wagons sont déjà à moitié pleins, il ne reste que peu de place et il faut s’entasser à soixante. Nous étions 48 enfants et 12 grandes personnes. Je suis la seule monitrice que les enfants connaissent. Tout de suite, les pleurs commencent, ils ont peur. J’essaie de les faire asseoir et de les calmer mais on verrouille les portes et de suite nous sommes dans le noir. Peu de temps après, le train s’ébranle et le calvaire commence, les petits ont peur, ils ont soif, ils ont chaud (…) Des cuves ont été installées pour les besoins naturels mais bien vite elles sont trop petites et tout déborde dans le wagon, ce sont des cris de toutes parts. ( ) Seul, le sommeil pourrait un peu arranger les choses, mais comment dormir quand on n’a pas de place pour s’étendre, que la température est intenable et que nous avons tous si soif ?... »

Le miracle n’a pas eu lieu, les Alliés ne sont pas arrivés à Paris et 18 jours avant la libération du camp de Drancy, le convoi est parti, emportant plus de 1300 personnes, dont 300 enfants de moins de 18 ans vers l’inconnu.

Sur les 41 pensionnaires de Louveciennes arrêtés, Michèle, la fille du directeur, non juive, est libérée le jour de son arrestation ainsi que ses parents ; six enfants dont le père est prisonnier de guerre, sont déportés dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, par le convoi n°80 D, du 23 juillet 1944 et sont vivants à la Libération : les enfants Nelson : François, 8 ans, Josette,10 ans, et Pierre 13 ans ; les deux frères et leur sœur Przemisliawski : Maurice, 11 ans, Régine, 7ans, et Samuel, 6 ans.

Sur les 34 autres enfants déportés par le convoi n°77, le dernier grand convoi au départ de la gare de Bobigny, 33 sont assassinés dès leur arrivée. Seule, Denise Holstein, âgée de 17 ans, est entrée dans le camp de d’Auschwitz-Birkenau et est revenue, après sa libération à Bergen-Belsen, le 15 avril 1945.
Françoise Bottois, 2décembre 2013

Le document en pdf :

Internement à Drancy des enfants de Louveciennes

Près de 12 000 enfants juifs ont été déportés de France, voir les lieux :
http://tetrade.huma-num.fr/Tetrademap_Enfant_France/

[1Denise HOLSTEIN, « Louveciennes, été 1944 », inédit 1996, toutes les citations sont extraites de ce témoignage écrit et déposé au CDJC.

[2Denise HOLSTEIN, Le Manuscrit de Cayeux-sur-Mer, éditions Le Manuscrit 2008.

[3Denise HOLSTEIN, Je ne vous oublierai jamais mes enfants d’Auschwitz…, 1995, diffusé actuellement par Calmann-Lévy.

[4Cette photo est prise par Christiane Le Rouxel , une amie rouennaise de Denise, quelques jours avant l’arrestation des enfants.

[5chargée par Eichmann de la déportation des Juifs de France

[6Jean LALOUM, La maison de Saint-Mandé, éditions Polyglottes 1994.

[7Françoise BOTTOIS, « La Maison d’enfants de Louveciennes, centre UGIF n°56 1943-1944 », dans le Petit Cahier /2è Série- mars 2009, p. 46 à 67, CEDS-AA.


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